vendredi 21 février 2020

328 - Le départ pour la guerre


Du même secteur que notre chanson de la semaine passée, voici un autre histoire d'amours avec une happy end, comme on dit en breton (1). Autre similitude avec la chanson précédente: la rareté (2); il n'existe que peu de versions, sous cette forme, de ce qui fait pourtant un bon scénario. En effet, dans la catégorie des retours de guerre tellement différés que le revenant est méconnaissable, l'anneau brisé est utilisé comme signe de reconnaissance. Notre chanson pourrait tout aussi bien s'intituler le retour que le départ. L'anneau est brisé mais la boucle est bouclée.
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vendredi 14 février 2020

327 - Tiens, bonjour ma cousine


La Limouzinière est un petit bourg du Pays de Retz, proche du lac de Grand-Lieu. C'est là qu'a été collectée notre chanson de la semaine. C'est une chanson rare, en ce sens que son thème est peu répandu dans la tradition. Ce dialogue entre deux jeunes femmes vante les joies du mariage. Une exception, si on considère le nombre de textes et de mélodies qui en détaillent tous les inconvénients. Le mariage est-il le tombeau de l'amour ? Et la réponse à cette question peut-elle se chanter ?
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samedi 8 février 2020

326 - Viens donc !

Pas d’ambiguïté: la chanson que nous vous présentons cette semaine n'est pas une chanson de tradition orale. C'est une chanson d'auteur. Mais celui ci est vraiment un personnage clé dans la transmission de ces répertoires. A la fois conteur, chanteur et musicien, passeur d'une tradition familiale et collecteur du patrimoine des autres, tel était Stéphane Glotin. Nous avons choisi de lui rendre hommage en chantant ces quelques couplets dont la version originale a été livrée au micro de collecteuses parmi une quantité de pièces d'un riche répertoire.
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samedi 1 février 2020

325 – En revenant de Saint-Nazaire


Après la bergère, il était logique que nous nous intéressions à un autre personnage récurent de la chanson: le loup. Pratiquement disparu du paysage malgré quelques tentatives de réintroduction, ce grand dévoreur de moutons était la terreur des petits enfants. Mais, dans cette histoire, l'ennemi public n° 1 joue un rôle à contre-emploi. Se faisant l'émule du père fouettard, il prêche la morale aux petits turbulents. Pas étonnant quand on connait l'auteur du scénario ! Un folkloriste dont nous avons déjà pu admirer le talent d'auteur-compositeur (1).
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vendredi 24 janvier 2020

324 - Il était une bergère


Une bergère, un chat, un fromage...et ri et ron petit patapon. Que de souvenirs d'enfance nous reviennent avec cette contine ! Mais est-ce bien une chanson enfantine ? Plusieurs interprètes en ont souligné son caractère grivois (1). Le double sens est toujours présent dans ce type de chansons. Mais ce n'est pas son seul intérêt.
Si, d'une version à l'autre, l'histoire se déroule souvent d'une manière analogue, sa conclusion et ses refrains font preuve d'une grande diversité. Pour en savoir plus, partons donc sur les chemins et de bon matin, à bicyclette.
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Certains d'entre vous font comme une espèce d'allergie aux chansons de bergères. Ils les jugent passéistes, représentant les souvenirs lointains d'une France pastorale, archaïque et rétrograde. Ceci, bien sur, à condition de tout prendre au premier degré et de ne pas chercher plus loin que le bout de son nez. Reste que la bergère, héroïne de bien des chansons traditionnelles, est un symbole de la classe sociale la plus défavorisée. Emploi tenu par de (très) jeunes filles dont la seule distraction était de rêver au prince charmant. Est-ce que cette attitude a bien changé ou serait-elle encore d'actualité ?
Bref, ce qui a bien changé c'est la fabrication du fromage. Il n'est plus guère produit à la maison. C'est du domaine d'un petit agriculteur bio du canton, ou d'une grosse laiterie, propriété d'un consortium multinational, selon vos goûts ou vos habitudes ! Le fromage n'est cependant pas l'ingrédient principal de toutes les versions de cette chanson. Nous en avons trouvé un certain nombre qui débutent par:
Il était une bonne femme,
Qui faisait de la bouillie,
Dans un vieux chaudron
Comme d'habitude avec les chansons tombées dans le domaine enfantin, la littérature spécialisée a imposé le seul refrain avec lequel nous avons entamé cet article: petit patapon! Ce refrain est certes bien connu et bien implanté. La version répertoriée en 1860 par Armand Guéraud est bâtie sur cet air et ce refrain. Mais ce n'est pas le seul, loin de là. Parmi ceux qu'on retrouve le plus souvent dans nos contrées de l'ouest de la France en voici quelques uns:
falaridaine, falaridon ou la faridondaine, la faridondon
Lariti tonton lariton ou la riponpon lurette, finalement pas si éloignés du petit patapon,
Ma petit' mominette... mon petit mominon;
Dans la baratte... dans le baraton
Petits bonnets, grands bonnets tout ronds;
Vive l'amour ma brunette
...que nous avons rencontrés à plusieurs reprises.
Plus original est ce refrain qui nous entraîne à bicyclette, bien avant que Montand n'aille par les chemins avec Paulette. Ce refrain est témoin d'une évolution plus moderne de la chanson. Dans son ouvrage “la danse traditionnelle en France”, Yves Guilcher a bien souligné l'influence de ce moyen de transport individuel sur l'évolution des traditions (2). C'est l'instrument de la modernité et de la libération des contraintes de la société rurale renfermée sur la vie du village, du hameau. Ce qui est valable pour la danse se traduit aussi jusque dans les paroles de la chanson. C'est une célébration du progrès, sur un air de la tradition !
Ce refrain vélocipédique a été collecté plusieurs fois dans le même secteur par Hervé Dréan, Raphael Garcia, Albert Poulain...ainsi qu'ailleurs en Haute-Bretagne, comme vous le constaterez en recherchant sur la base Dastumedia.
Enfin, au risque de nous fâcher avec les défenseurs des animaux, il faut bien évoquer les mésaventures du chat et sa triste fin. Vraiment coléreuse la fermière qui tue son chat pour une simple broutille. Sauf si cet acte sauvage nous cache autre chose ? Docteur Freud, si vous nous lisez, on attend vos explications ! Et encore, notre chanson se contente de mentionner le décès du chat quand d'autres versions vont bien plus loin. Il est souvent question d'utiliser la peau du chat pour s'en faire des vêtements:
De la peau des chatons,
Elle fit un manchon,
Puis des gants tout blancs,
Et aussi un plastron
Une version québécoise propose également de faire des cordes de violon avec les tripes du chaton !
Il est aussi parfois envisagé de boulotter minet:
Pour votre pénitence
Vous mangerez votre chaton,
A la sauce piquante,
Au poivre et aux oignons
Voilà qui nous rappelle qu'une autre chanson traditionnelle fait déguster, à un curé, un pâté dans lequel il retrouve des poils de chat ! (3)
Mais la conclusion nous entraîne dans un tout autre domaine que celui de la chanson pour enfants. Nous voici encore en présence d'un confesseur qui abuse de la situation. La réputation des ecclésiastiques n'est plus à faire, en tous cas pas dans les chansons. Embrassons nous ma chère et si ça vous plait recommençons. A défaut de prince charmant, n'est-ce pas !!!
Sauf que plusieurs versions font tout pour conserver un semblant de morale:
Je n'embrasse point les moines
J' n'embrasse que mon mignon
Avec cette histoire on en a vraiment pour tous les goûts.

Notes
1 – voyez par exemple Colette Renard – chansons gaillardes (disques Vogue ‎– LD 615.30, 1959) réédité en CD
2 – Y. Guilcher cite en particulier l'étude de Daniel Halévy : Visites aux paysans du Centre (Grasset-1934) - “Mais quels sont les nouveaux plaisirs ? La bicyclette. Tout jeune homme veut avoir la sienne; le dimanche il va chercher au loin les bals. Il y danse, il y fait le coquet”.
3 - Le meunier qui met son chat en pâté (référence du catalogue Coirault 00307) sous la forme de notre chanson n°162 “Martin s'en revient du marché” (juillet 2016)

interprète: Dominique Juteau – réponses: Jean-Louis Auneau et Francis Boissard
source: enregistrement d'un groupe de chanteurs de Nivillac (56) par Hervé Dréan en octobre 1977 – publié dans “Instants de mémoire” éd. Musique Sauvage (2011) volume 3, page 101
catalogue P. Coirault: la bonne femme qui a tué son chaton (satiriques et plaisantes – 11325)
catalogue C. Laforte: Il était une bergère (I, J-04)

Il était une bergère, à bicyclette
Il était une bergère, à bicyclette,
Qui gardait ses moutons,
Entre les deux roues qui tournent,
Qui gardait ses moutons,
Entre la selle et l'guidon.

Elle faisait un fromage
Du lait de ses moutons.

Son chat qui la regarde,
D'un air-e si fripon

Si tu y mets la patte,
Tu auras du bâton,

Il n'a pas mis la patte,
Il a mis le menton,

La bergère en colère
Elle a pris son bâton,

Elle a frappé si fort
Qu'elle a tué son chaton

Elle s'en fut à confesse
Au curé du canton

Mais mon père je m'accuse
D'avoir tué Riton

Ma fille pour pénitence
Nous nous embrasserons

La pénitence est douce
Nous recommencerons.


samedi 18 janvier 2020

323 - Monsieur de la Giraudé


Nous avons tout essayé pour parler d'amour en ce début d'année. Mais l'actualité résonne de bruits de conflits. Alors suivons le mouvement avec une chanson qui évoque un retour de guerre. Laquelle ? Peu importe, même si on l'imagine d'un autre âge, avec des armes qui nous paraissent aujourd'hui bien dépassées.
C'est une chanson énigmatique. Nous n'avons que des interrogations sur son origine et peu de réponses concrètes à vous apporter. C'est une chanson rare et quelque peu oubliée. Mais elle est là, dans nos archives, et ne demande qu'à resurgir, tant son thème, lui, n'est ni rare ni surprenant.
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vendredi 10 janvier 2020

322 - Parlons d’aimer


Encore un peu de douceur dans ce monde de brutes, en parlant d'aimer ! Voilà qui nous changera des affres de l'actualité: catastrophes, conflits, scandales et drames, affrontements et polémiques en tous genres.
Notre chanson est la suite logique du sujet abordé la semaine dernière. Quand on a trouvé un filon, il faut l'exploiter, même si on ne peut pas vraiment parler de pépite pour ces quelques réflexions supplémentaires sur le thème du choix d'un(e) futur(e) moitié.
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vendredi 3 janvier 2020

321 - Rossignolet du bois qui chante


C'est la période de l'année où on échange ses meilleurs vœux. C'est aussi le moment où de nombreux magazines comblent le vide de leurs pages avec des horoscopes. Sans doute parce qu'un tour de compteur est propice aux interrogations sur l'avenir, les perspectives professionnelles, le besoin de se rassurer sur sa santé et la réussite sentimentale.
La chanson traditionnelle fait rarement référence aux astres (à l'exception de la lune) mais s'interroge en permanence sur les chances de la vie de couple. Souvent sollicité par les amoureux, c'est encore une fois le rossignol qui tient la vedette ; et assume ici le rôle de Madame Soleil.
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L'interrogation du siffleur professionnel, habituel messager des amoureux, n'a pas grand chose à voir avec la consultations des augures ou de la position des planètes. Elle fait plutôt appel à l'expérience, en la matière, de l'oiseau emblématique. A la limite, on pourrait fort bien se passer de son avis, si ce n'est qu'il personnifie idéalement le bon sens populaire qui manque si souvent aux amoureux. S'il est vrai que le cœur a ses raisons que la raison ignore, la chanson que nous vous proposons pour débuter l'année est beaucoup plus proche du mariage de raison que du mariage d'amour.
Le choix reste limité à une alternative entre un beau-père plein aux as et un autre de condition plus modeste. D'autres chansons ouvrent plus largement l'éventail du choix avec l'intérêt de choisir une femme plus ou moins belle. Mais c'est là un autre sujet sur lequel nous reviendrons le moment venu.
Si notre chanson envisage le mariage d'un point de vue masculin, on trouve aussi bien des versions où c'est la future épousée qui s'inquiète de s'entendre reprocher :
Tu n'étais qu'une simple servante
A présent tu t'y fais servir
La présence de ce thème dans les collectes ou les recueils anciens fait que nous n'avons eu que l'embarras du choix d'une version. Celle-ci vient du pays de Coislin, avec une mélodie un peu différente de celle la plus couramment entendue. Elle est souvent décrite par les informateurs comme une chanson à la marche ; pour les noces, probablement. En revanche, la consultation du répertoire de Patrice Coirault indique qu'en dehors de sources anciennes, cette chanson ne serait guère connue que dans le pays nantais et ses environs.
Bien souvent le texte de cette chanson ne semble là que pour éviter aux amoureux de rêver d'une ascension sociale par le mariage :
Tu n'avais rien et moi aussi...
La morale prend vite le pas sur le plaisir :
Travaillons, gagnons notre vie
A défaut de fortune, la communauté d'infortune serait-elle le gage de la réussite du couple ? Pour conclure, la morale religieuse ne peut s'empêcher de pointer le bout de son nez en faisant sentir au ménage modeste que :
Si j'avons d'la peine en ce monde
J'aurons des joies en paradis
couplet présent dans les versions recueillies au 19è siècle, tant par Armand Guéraud qu'Abel Soreau.
Quel que soit votre choix, que vous deviez convoler en 2020 ou que ce soit déjà fait, nous vous souhaitons à toutes et à tous une très bonne année.

interprète : Janig Juteau
source : Pierre Orain, de Campbon (44) enregistré le 24 août 1999 par Janig Juteau et Florence Grondin
catalogue P. Coirault : Le pauvre préféré au riche (avant le mariage - 04929)

Rossignolet du bois qui chante (bis)
Enseigne-moi un doux profit, rossignolet du bois joli

Si je dois me mettre en ménage (bis)
Ou bien rester comme je suis, rossignolet du bois joli

Si tu prends la fille d’un riche homme (bis)
Tu n’auras jamais de plaisir, rossignolet du bois joli

Elle te dira d’un jour à l’autre (bis)
Tu n’avais rien quand je t’ai pris, rossignolet du bois joli

Hier tu couchais sur la paille (bis)
Aujourd’hui tu as un bon lit, rossignolet du bois joli

Si tu prends la fille d’un pauvre homme (bis)
Tu auras toujours tes plaisirs, rossignolet du bois joli

Elle te dira d’un jour à l’autre (bis)
Travaillons, gagnons notre vie, rossignolet du bois joli.