dimanche 27 septembre 2020

355 - Je vous aimerais tant !

 Trois chansons à la marche au menu de cette semaine : la première et la deuxième sont indubitablement des marches de noces ; la troisième vient du répertoire de conscrits. Nous avons là deux des occasions où le chant accompagnait les déplacements à pieds. Cortèges de noces et conseils de révision sont des événements marquants qui justifient un répertoire approprié. Cela n'empêche pas que ces chansons aient pu être utilisés lors de circonstances plus banales. Chanter en marchant a pour effet de faciliter la marche et réduire non pas les distances mais la perception de leur longueur.

Pour écouter les chansons et lire la suite :

Nous avons déjà abondamment commenté le principe de la chanson « à la marche » dans ce blog. C'est un genre qui utilise à la fois des textes complets sous forme de laisse, c'est à dire de reprise du dernier vers du couplet précédent, et des chansons à décompter. Très majoritairement de sont les nombres décroissants qui sont utilisés de 10 à 1. Dans le répertoire ces dizaines se comptent...par centaines aussi bien pour la marche que pour la danse.

Les chansons à la dizaine égrènent habituellement les heures :

Voilà dix heures que nous marchons, pas à pas nous arrivons...

les années, comme dans le second exemple :

Y'a bien dix ans que ça dure...

beaucoup plus rarement les minutes :

C'est dans dix minutes, la belle va dire oui...

Voilà pour celles qui donnent la mesure du temps.

Ce n'est donc pratiquement jamais la distance parcourue qui constitue la référence. Si les kilomètres à pied usent les souliers c'est dans le folklore militaire ou celui des jolies colonies de vacances.

La chanson collectée par Fernand Gueriff est donc tout à fait originale avec cette notion de lieue, complètement surannée depuis l'adoption du système métrique et l'apparition des bornes sur le bord des routes. La demoiselle Jacobert, qui lui a appris cette dizaine, avait bien pris soin de préciser qu'on la chantait à l'occasion des noces. Il en va de même pour notre deuxième dizaine. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette chanson à la marche fait appel à un autre mode de déplacement. C'est de voiture hippomobile qu'il est question. On peut supposer que la mariée puisse se rendre à l'église et à la mairie dans un moyen de locomotion qui lui évite les fatigues de la marche et les risques de salir sa robe. Si les deux amants attendent le mariage depuis trop longtemps, l'appel à se faire enmener en voiture est donc bien justifié.

La troisième dizaine n'a sans doute pas grand chose à faire dans un cortège de noces. Ou alors en toute fin de soirée, par dérision. En revanche elle nous plonge dans l'univers bien particulier des réunions de conscrits, appelés au conseil de révision. Celui-ci se tenant généralement au chef lieu de canton impliquait un déplacement qui s'effectuait dans une toute autre ambiance sur le chemin du retour pour les garçons déclarés bons pour le service.


interprètes : Liliane Berthe, Christine Dufourmantelle, Armelle Petit

sources : 1 - Melle Jacobert, de Puceul, en 1940, publiée Fernand Guériff sous le titre « Cueillette Musicale au Pays de la Mée » dans Nantes et le Pays de la Mée – cahier 1984 de l'Académie de Bretagne. 2 et 3 – collectes d'Hervé Dréan chez Paul Le Rouzic, de Férel (2) Edouard Sébilot d' Herbignac (3)


Je vous aimerais tant !


Y’a cor 10 lieues à faire à pied, je commence à m’ennuyer (bis)

Ah ! Si j’étais rendu vraiment, je vous aim’rais t’y, je vous aim’rais tant,

Ah ! Si j’étais rendu vraiment, je vous aim’rais tendrement


Y'a bien dix ans que ça dure


Y'a bien dix ans que ça dure

Emmène moi z'en voiture


Emmène moi z'en voiture, mon bel aimant

Emmène moi z'en voiture bien doucement


Y'a bien dix heures sans doute


Y'a bien dix heures sans doute

que nous marchons sur la route


Si nous avons bu un petit coup

Il ne faut pas dire du mal de nous


dimanche 20 septembre 2020

354 - Le marché aux hommes

 Sur le marché on fait de bonnes affaires : cette semaine nous vous livrons deux chansons pour le prix d'une. Deux thèmes imbriqués dans une mélodie mais un seul sujet : méfiez vous des hommes les filles. On n'est pas loin de la dénonciation des violences conjugales. La chanson prend le parti de s'en moquer en relevant que les hommes ne valent pas le prix qu'on peut y mettre. Les comparaisons animalières ne manquent pas pour expliquer que la méchanceté est dans la nature des mâles. Encore une fois la chanson aborde un sujet sérieux sous la forme de moquerie plutôt que sous la forme d'une dénonciation brutale.

pour écouter la chanson et lire la suite :


En écoutant ou en interprétant cette chanson on ressent comme un malaise quand elle se fait hésitante, au sixième couplet. Passé ce moment de flou, le couplet suivant donne l'impression qu'on a changé de chanson. C'est probablement ce qui s'est passé. Le thème ainsi que la structure constante des vers de sept pieds assurent une certaine cohérence à l'ensemble. Mais nous sommes une fois de plus en présence d'une forme composite.

Les premiers couplets, qui donnent à la chanson son titre, présentent une certaine originalité. C'est un thème qu'on trouve rarement dans les collectes. En revanche, les derniers couplets apparaissent fréquemment dans d'autres chansons sous cette forme de dispute sur le caractère supposé des hommes, des femmes et des jeunes filles, avec des arguments réversibles. Celle ci est à sens unique ; c'est bien du fichu caractère des hommes changeant après le mariage qu'il est question.

La chanson vient du cahier du ménétrier Poiraud où nous avons déjà puisé quelques belles pièces. Nous savons peu de choses sur ce violoneux qui nous a livré un répertoire de quatre vingt chansons, transcrites vers la fin du dix neuvième siècle dans le Pays de Retz et plusieurs fois recopiées. Dans ce même secteur, autour de Pornic, cette chanson a été notée par le docteur Bellanger, l'un des informateurs d'Armand Guéraud aux temps de la fameuse enquête Ampère-Fortoul. En compilant les recueils de Poiraud et de Bellanger on peut sans doute avoir une bonne idée de ce qui se chantait dans cette région à cette époque. On trouve parmi ces chansons des thèmes immuables, mais aussi des chansons comme celle ci qui ont disparu des collectes plus récentes. Il est donc particulièrement intéressant de pouvoir disposer de ces témoignages anciens.

Deux autres versions sont signalées par Guéraud, venant toutes deux de Vendée (Montaigu et Fontenay le Comte). Mais l'histoire la plus complète de cet homme acheté au marché c'est en Wallonie qu'on la trouve (1). L'acheteuse se fait dérober son achat et regrette de ne pas avoir investi plutôt ses cinq sous dans des rubans !.

Dans le nord de la Mayenne (2) la transaction se résume à un seul couplet mais très explicite :

A deux liards sont les garçons

A cent écus les filles

et l'argument principal reste le même :

jamais souris n'a pris de chat

Jamais fille n'a fait de mal

L'argument constant dans toutes les chansons est celui de ce sixième couplet. Un message qui n'est pas particulier à cette chanson mais devient ici l'élément pivot entre la transaction du début et la morale de la fin. L'assonance en « euse » donne ailleurs des mains plus « outrageuses » que « vigoureuses » et sert d'avertissement à la jeune fille :

Tu te repentiras de ta jeunesse heureuse

Après cela, y-a-t-il encore des candidates au mariage ???


notes

1 – recueil d'airs de cramignons et de chansons populaires à Liège – Léonard Terry et Léopold Chaumont (1889)

2 – Ecoutez gens de la Mayenne (Mayenne culture/Aedam musicae – 2016) – reprise de « chansons traditionnelles de la Mayenne » - François Redhon (1983)


interprète : Armelle Petit

source : Quatre vingt chansons du Pays de Retz, cahier du violoneux Poiraud, (fin 19è siècle) compilé par Michel Gautier

catalogue P. Coirault : Les hommes ne sont bons que par aventure (2412- moqueries) et le galant acheté au marché (2413 - moqueries)



Au marché je suis allé

Au marché je suis allé

C'est pour un homme acheter

C'est de bonne grâce

Tout le monde fait l'amour

Et moi je m'en passe


C'est pour un homme acheter

C'est pour un homme acheter

On me l'a fait six deniers

C'est de bonne grâce

Tout le monde fait l'amour

Et moi je m'en passe


Six deniers sont pas assez

Six deniers sont pas assez

Car les hommes à marier

C'est de bonne grâce

Tout le monde fait l'amour

Et moi je m'en passe


Car les hommes à marier

Car les hommes à marier

Complaisants ils sont assez

C'est de bonne grâce

Tout le monde fait l'amour

Et moi je m'en passe


Mais quand ils sont mariés

Mais quand ils sont mariés

Sont des diables déchainés

C'est de bonne grâce

Tout le monde fait l'amour

Et moi je m'en passe


Ils disent je veux ceci

Ils disent je veux cela

Et tu passeras par là

Pauvre malheureuse

Et tu sentiras sur toi

sa main vigoureuse


Quand les hommes seront bons

les poules deviendront chapons (bis)

C'est contre nature

Jamais n'a rien fait de bien

Que par aventure


Quand les femmes feront mal

Les rats mont'ront à cheval (bis)

Drôle de nature

Jamais femme n'a fait de mal

Que par aventure


Quand les garçons feront bien

Les lièvres attrap'ront les chiens (bis)

C'est contre nature

Jamais garçon n'a fait bien

Que par aventure


Les filles sont toujours gaies (bis)

Comme roses dans les rosiers

Gai, gai, gai les filles

Les filles sont toujours gaies

Et toujours gentilles


jeudi 10 septembre 2020

353 - La ceinture


La jeune fille qui s'exprime dans cette chanson ne sait pas trop quel est son sentiment dominant. Son amant lui fait un cadeau qu'elle sait sans équivoque. Elle ne sait pas encore si elle doit s'en réjouir ou s'en inquiéter. Elle nous fait partager ses hésitations, ses craintes et, finalement, son contentement. Cette chanson recueillie au milieu du 19è siècle n'est plus chantée de nos jours. Dommage, car son aspect suranné fait tout son charme, mais nécessite quand même quelques explications.
pour écouter la chanson et lire la suite :

jeudi 27 août 2020

352 Ne vous y fiez pas


Parmi toutes les chansons qui mettent en garde les jeunes filles sur l'attitude des hommes celle ci n'est pas la plus courante. Et pas la moins intéressante non plus. Recueillie dans le Pays de Retz au milieu du 19è siècle, elle a pratiquement disparu des écrans radar depuis. On ne la retrouve plus dans les collectes plus récentes. Est-ce parce que le sujet qu'elle aborde n'est plus (ou moins) d'actualité ? Est ce parce qu'à cette époque elle n'était pas suffisamment répandue pour que la tradition orale la conserve ?
pour écouter la chanson et lire la suite :

dimanche 9 août 2020

351 - L'anguille dans la gerbe de blé


Marie-Margoton 2 : le retour. Ce refrain entêtant vous rappelle sans doute une chanson publiée récemment (1). Nous vous avions alors promis d'y revenir. C'est fait.
Certes l'été est propice aux rediffusions, mais cette Marie-Margoton n'a rien à voir avec Angélique marquise des anges ou la Septième compagnie au clair de lune. C'est une tout autre chanson que nous vous proposons cette semaine. Un thème que vous avez déjà probablement entendu, mais avec un parfum très local, et, en vedette principale, une habituée des chansons traditionnelles : l'anguille.
Pour écouter la chanson et lire la suite :

dimanche 2 août 2020

350 - Complainte de Jules Grand (3)


Voici donc la suite et la fin de notre feuilleton de l'été. Déjà ? Ce n'est pas qu'on regrette de quitter la compagnie du grand Jules, un personnage qui n'inspire aucune sympathie. Mais on commençait à peine à s'habituer à l'évocation de cette vie en raccourci.
Raccourci est le terme le plus juste, car, tuant prématurément le suspense, nous avons suggéré la semaine passée le rôle joué par monsieur l'exécuteur des hautes œuvres dans cette affaire. Auparavant de couper court à notre histoire, il nous reste à évoquer les derniers soubresauts de l'aventure du criminel; des faits qui n'ajoutent plus rien à une vie déjà bien ternie.
Pour écouter la chanson et lire la suite:

dimanche 26 juillet 2020

349 - Complainte de Jules Grand (2)


Voici la suite de notre grand feuilleton de l'été. Vous l'attendiez avec impatience, alors ne vous faisons pas languir.
Résumé de l'épisode précédent: Jules Grand, “scélérat” dès son plus jeune âge, s'est rendu coupable de vols et d'assassinat dans sa région natale. Condamné à mort par contumace, il est toujours en fuite et en cet hiver 1909-1910. C'est dans notre région que nous allons retrouver sa trace. Avant que la justice ne s'empare de lui, il va allonger la liste de ses méfaits et de ses victimes. La complainte est là pour en témoigner.
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Nous avions laissé Jules Grand en cavale du coté de Bordeaux. Après quelques vols dans cette ville, fasciné par la guillotine, il assiste à une exécution à Saintes en novembre 1909. Puis nous le retrouvons dans notre région où ses méfaits vont s’enchaîner. Au Pouliguen il squatte des villas, désertes hors saison. Il vit de vols mais ce sont d'autres forfaits qui lui vaudront d'être connu comme “le satyre du Pouliguen”. Le 27 décembre 1909, il y viole et assassine une jeune fille de 15 ans, Clémentine Fouché.
Dès lors Grand est traqué, mais des papiers volés et abandonnés au Pouliguen orientent sur une fausse piste, celle de Giuseppe Enrici. Dans sa cavale Grand, se livre à plusieurs cambriolages, dans des villas et châteaux. L'un des couplets prend des libertés avec la chronologie. Nous ne sommes pas encore à Orvault. Mais, comme de nombreux chateaux de la région portent le nom de “Plessis” peut-être y-a-t'il eu confusion. L'énumération des lieux-dits permet de suivre l'itinéraire du criminel, qui s'éloigne de la côte: La Turballe, la gare de Pintré à Saint Joachim (depuis longtemps désaffectée), Donges où, cambriolant la chapelle Bonne-Nouvelle le “scélérat” se rase sur l'autel en s'essuyant avec les linges sacerdotaux ! La prochaine étape sera Savenay. Mais gardons cela pour le troisième épisode.
Nous sommes dans le département qui s'appelait encore Loire-Inférieure, c'est à dire cours inférieur de la Loire. Les années 50 lui vaudront d'être rebaptisé Loire-Atlantique, tout comme la Seine ou la Charente “maritimes”. Le secteur où Jules Grand a le plus sévi est celui de la presqu’île guérandaise et de la Brière. Voilà pourquoi son souvenir s'y est perpétué et plusieurs complaintes y ont été collectées. Un extrait de celle ci a d'ailleurs été chanté par Raphael Garcia sur une K7 du Cercle Breton de Nantes dans les années 80 (1).
Malgré cette profusion de complaintes, l'affaire du satyre du Pouliguen n'est pas celle qui a suscité le plus de chansons en Loire-Atlantique. Deux ans plus tard, la tuerie du Landreau la dépassera en horreur et en nombre de complaintes publiées (2). Il faut dire que le massacre d'une famille entière par un jeune apprenti avait de quoi provoquer l'émotion populaire. Ce genre particulier de la complainte criminelle a connu un franc succès tout au long du 19è siècle et jusqu'à la première guerre mondiale. Sa diffusion sur des feuilles volantes, chantées sur les places de marchés, compensait l'absence de média audio-visuels tout en complétant la relation des faits donnée par les journaux ou hebdomadaires locaux. Le déclin des complaintes criminelles semble aller de pair avec l'arrivée de la radio-diffusion puis des infos télévisées. Les timbres utilisés par les compositeurs ont en commun une simplicité qui permet à tout un chacun de les fredonner. Que ce soit le juif errant, comme ici, l'air de Fualdès ou le dialogue de l'eau et du vin, entre autres, point n'est besoin d'être un grand chanteur pour pouvoir entonner la complainte. La remarque vaut aussi bien pour la fameuse Paimpolaise, air simple et extrêmement populaire qui prit la suite des timbres anciens au hit parade des criminelles dans la première moitié du vingtième siècle.
Amateurs du genre vous pouvez retrouver sur ce blog d'autres complaintes composées à propos d'affaires locales: les mystères de l'Erdre (n° 79 – nov. 2014 ) la complainte du Bois vert (n°118 – sept. 2015) le crime du Pont du Cens (226 – nov. 2017) le crime de St Lumine de Coutais (269 – oct. 2018) le crime de la Chapelle des Marais (275 - nov. 2018). Pour une étude complète du sujet, une seule adresse: le remarquable site Criminocorpus.
La semaine prochaine vous pourrez suivre le troisième épisode de ce passionnant feuilleton d'aventures criminelles et de châtiment judiciaire. Jules Grand y fera la connaissance (brève) de monsieur Deibler !

notes
1 - “Gueule de serpent” par les chantous et sonnous du pays nantais – cassette audio publiée par le Cercle Breton de Nantes en 1984
2 – un exemple est à écouter sur le CD “Nantes en chanson” (Dastum - 1998)

interprète: Jean-Louis Auneau
sources: Gisèle Bourreau enregistrée le 21 mars 2003 à Oudon par Hugo Arribart - Lucie Rastel enregistrée le 29 mai 1981 par Raphael Garcia à Kerbourg en St Lyphard – Texte communiqué par Vincent Morel d'après M. Piquet, enregistré à la Meilleraye de Bretagne par Patrick Bardoul – autre collecte: François Baholet, enregistré en Brière par Joseph Gervot

suite: couplets 13 à 24

Ce sinistre malfaiteur
Demanda logement
Dans la Loire-Inférieure
Il y fit un campement
Dans un gracieux chalet
Sans payer de loyer

Non loin de la demeure
De ce faux Enrici
Une bergère, par malheur
Qui gardait ses brebis
Sur elle, ce vagabond
Porta son intention

Le bandit l'assassine
Sans remords, sans pitié
La petite Clémentine
Il laissa étranglée
Aussitôt le bandit
Courut dans le maquis

Partout il cambriole
Chez Teilleur, chez Cousin
Dans les maisons il vole
On signale ses larcins
A la Turballe aussi
De près on le poursuit

Le bandit sans retard
Veut boire et puis manger
Il vole dans une gare
De quoi se rassasier
Il abandonne ici
Le livret d'Enrici

Ces papiers militaires
Lui appartenaient pas
Mauvaise était l'affaire
Et beaucoup d'embarras
Pour de bien pauvres gens
Qui étaient innocents

Jules grand cassa la croûte
Au château du Plessis
Près d'Orvault, là sans doute
Il abandonne aussi
Des papiers, un livret
Pris chez monsieur Rousset

Puis il réquisitionne
Au château de Krouzerat
Pas de peine il se donne
Tranquillement il quitta
Ce lieu la pour entrer
A la gare de Pintré

Puis il prit à son aise
Quelque chose, un louis d'or
Sur lequel Alphonse XIII
Y figurait encore
Cette pièce témoignera
Contre le scélérat

En passant près de Donges
Armé de son fusil
Une femme ne songe
Que c'est lui le bandit
Un peu plus loin bientôt
Laisse un chien, un vélo

Grand ne s'étonne guère
Pour vivre, le bandit
Chez une garde-barrière
Il entre comme chez lui
C'est pour dévaliser
Le fond du poulailler

Voyez cette canaille
Rentre à la Lissonnais
Fait rôtir des volailles
Pour les manger après
Caché dans un fournil
Sans quitter son fusil


dimanche 19 juillet 2020

348 - Complainte de Jules Grand (1)

Voilà plus d'un siècle la population locale se passionnait pour les aventures d'un criminel hors du commun. On en a fait des complaintes selon la mode de l'époque, relatant les faits et méfaits du bandit Jules Grand: comment sa vie l'a fait basculer dans le crime, comment il échappait aux recherches, jusqu'au châtiment final. Pour la seconde fois nous faisons le choix de ne pas vous présenter une chanson d'un seul bloc. La complainte de Jules Grand fait quand même 36 couplets! Ce sera notre feuilleton de l'été.
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Les 3 épisodes correspondent à trois parties de la complainte. D'abord ses faits et gestes dans le sud de la France; puis son périple à travers l'ouest; enfin ses derniers forfaits en pays nantais et son arrestation.
Un peu d'histoire: Jules Grand avait 26 ans quand a été écrite la complainte. Né en 1885 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), c'est comme soldat déserteur qu'on le situe à Grasse, où ses parents sont commerçants. Le premier couplet passe rapidement sur son enfance dont, à vrai dire, on ne sait pas grand chose. On le dépeint déjà comme une brute cherchant querelle. “Scélérat” est le terme qui revient le plus souvent dans le texte. L'énumération de ses méfaits nous donne, en effet, le portrait d'un individu peu recommandable.
Déjà condamné à 17 ans à la prison avec sursis pour des blessures par arme à feu, il est incorporé dans un régiment de chasseurs alpins. Deux ans plus tard il est surpris à cambrioler la cantine du régiment. En s'enfuyant, il tue le caporal Ferminier, d’un coup de fusil. Traduit devant le conseil de guerre, il simule la folie, et s’échappe de l’hôpital militaire. S’arrêtant dans un café de Peymeinade pour voler la caisse, il poignarde une employée, Valentine Giraud. Sa cavale se poursuit dans le sud de la France: Marseille, Martigues, Bordeaux. En mai 1909, pour ces crimes d’assassinat, tentative d’assassinat et vol, le conseil de guerre le condamne, par contumace, à la peine de mort. C'est la première de trois condamnations ! Mais Jules Grand est toujours en fuite. Dans les prochains épisodes nous le retrouverons dans l'Ouest.
Le timbre sur lequel elle se chante est l'un des plus utilisés pour ce type de complainte: “le juif errant”. Pas autant qu'ont pu l'être l'air de Fualdès au 19è ou la Paimpolaise depuis sa création par Botrel. Mais avec une constance qui s'explique sans doute par la popularité de la chanson originelle. Non seulement l'air du juif errant a servi de base à des complaintes criminelles, mais il a aussi influencé les mélodies de plusieurs autres chansons traditionnelles.
La chanson que nous avons choisi d'interpréter n'est pas la seule composée sur ce fait divers. Elle est la plus complète, donnant à peu près fidèlement un aperçu des tribulations du criminel depuis son premier forfait jusqu'à ses derniers jours. Pour découvrir les autres chansons sur ce thème, il faut, bien sur, rechercher la base de données des complaintes criminelles sur Criminocorpus, un site remarquable que nous vous encourageons à consulter. Voici la liste des complaintes recensées par “Maxou” Heintzen:
- Complainte en souvenir des victimes: sur l'air de Béranger à l'académie (4 couplets)
- Ce que disent les victimes : également sur l'air du juif errant (13 couplets et une morale)
- une Complainte, sur l'air de Fualdès, signée Daran (8 couplets)
- La condamnation à mort du bandit Jules Grand
- Le satyre du Pouliguen : complainte collectée par Guy Belliot chez Marie-Edith Rialland qui la tenait de sa grand-mère Marie Loyer 
- Chant dramatique sur la troisième condamnation à mort de Jules Grand : sur l'air de Ça vous coupe la gueule à quinze pas (7 couplets)
- Chanson sur Jules Grand : sur l'air des Les Pioupious d'Auvergne (4 couplets et 2 refrains)
Comme on le voit, l'affaire Jules Grand a eu un tel retentissement que ce sont 8 complaintes, au moins, qui ont été écrites sur le sujet. Peu de criminels ont eu droit à une telle notoriété chantée.
Notre interprétation se réfère a plusieurs sources, dont certaines collectées en Brière; nous verrons pourquoi la semaine prochaine. Le texte le plus complet nous a été communiqué par Vincent Morel, dans son étude sur Le phénomène de la complainte criminelle locale en Haute-Bretagne, (maîtrise d'histoire inédite, Rennes, 1995).
Les illustrations et portraits de Jules Grand sont extraits de journaux d'époque disponibles sur Gallica, le site de la BnF.

interprète: Jean-Louis Auneau
sources: Gisèle Bourreau enregistrée le 21 mars 2003 à Oudon par Hugo Arribart - Lucie Rastel enregistrée le 29 mai 1981 par Raphael Garcia à Kerbourg en St Lyphard – Texte communiqué par Vincent Morel d'après M. Piquet, enregistré à la Meilleraye de Bretagne par Patrick Bardoul – autre collecte: François Baholet, enregistré en Brière par Joseph Gervot

les douze premiers couplets...

Jules Grand dans sa jeunesse
N'était qu'un polisson
Brutalisant sans cesse
D'autres jeunes garçons
Il était tapageur
Brutal et querelleur

Jules Grand étant à Grasse
Dans les chasseurs alpins
Il y marqua ses traces
Par de nombreux larcins
Une nuit il fut surpris
Par le sergent de nuit

Chez une cantinière
Un courageux sapeur
Voulut, sans plus de manières
Arrêter le malfaiteur
Jules Grand, le scélérat
Fit feu sur le soldat

Il fit une blessure grave
Au courageux sergent
Féminier, autre brave
Fut blessé mortellement
Pour ces crimes sanglants
On emprisonna Grand

Grand, conduit à Marseille
Pour y être jugé
Par devant le conseil
De guerre sans tarder
Mais Grand en vint à bout
Qu'on le soupçonne fou

Trompant la surveillance
De ses gardiens la nuit
Grand part sans prévenance
Par la rue de Lodi
Ses traces furent perdues
On ne le revit plus

Mais le conseil de guerre
Condamna Grand à mort
Depuis l'année dernière
On n'trouva pas d'abord
Les traces du brigand
On réclame Jules Grand

Jules Grand eut une maîtresse
Plus tard, le scélérat
Un enfant il lui laisse
Un jour de sur les bras
Car un gosse à nourrir
Vaut mieux le laisser mourir

Tout près de Peymeinade
Dans le café Cauvin
Il marqua sa passade
Il demanda du vin
On lui sert à manger
Comme à tout étranger

Il finit sa chopine
Et puis le scélérat
Sur la bonne Valentine
Sans raisons il frappa
La blessant sans égard
A grands coups de poignard

Quittant cette contrée
Grand, précipitamment
Il vola le livret
De gens biens innocents
A Gabriel Demay
L'un même appartenait

Du coté de l'Espagne
Aussi du Bordelais
Jules Grand dans les campagnes
Commit quelques méfaits
Il y sema partout
Des traces de mauvais coups


dimanche 12 juillet 2020

347 - Mariez-me donc


Avec un titre pareil on pourrait croire à une nouvelle supplique d'une jeune fille pressée de se marier. Pourtant, dès le troisième couplet, il parait évident que la belle va se passer de l'autorisation des parents pour s'offrir un avant goût de nuit de noces. Hélas ses espoirs seront déçus par la faute d'un galant qui tombe de sommeil. D'après certains informateurs, cette chanson moqueuse aurait eu un certain succès dans les repas de noces, à un moment ou la morale officielle s'estompe dans les plaisirs de la fête et les vapeurs de l'alcool !
Pour écouter la chanson et lire la suite :

dimanche 5 juillet 2020

346 – l'infanticide


Changement de décor: la semaine dernière nous fredonnions une chanson qui parlait d'un enfant jeté dans une rivière, sur un mode facétieux et avec une fin heureuse. Cette semaine nous allons chanter l'histoire d'un enfant jeté dans une rivière, en abandonnant le ton guilleret pour celui du drame. La conclusion n'est heureuse pour personne dans cette complainte qui aborde d'une toute autre façon, plus réaliste, le thème de l'infanticide. Nous quittons le monde fabuleux des grenouilles et des petits poissons pour l'atmosphère pesante et moralisatrice d'une justice expéditive.
Pour écouter la chanson et lire la suite:

dimanche 28 juin 2020

345 - Le gueurnouillon


Chanson idiote ou chanson sérieuse ? Texte superficiel ou message caché ? Nous vous laissons le soin de faire votre propre opinion. A la première écoute cette histoire d'une ruralité marécageuse à tendance batracienne ne retient pas particulièrement l'attention. Si ce n'était sa mélodie simpliste et entêtante on n'en retiendrait pas grand chose. Mais elle mérite sans doute mieux que d'être classée dans les facéties et divertissements pour enfants.
Pour écouter la chanson et lire la suite:

dimanche 21 juin 2020

344 - La bigueurnoise


Vous reprendrez bien un peu de cresson ?! On ne va pas vous raconter de salades, c'est un thème qui est souvent au menu des chanteurs et chanteuses de traditions. La preuve: nous vous en avons déjà présenté une version (1). Comme pour beaucoup de chansons très répandues, les différences peuvent être importantes de l'une à l'autre. Si pour le fonds de l'histoire on reste dans les nuances, ce sont les musiques et les refrains qui font toute la richesse de ce répertoire.
Pour écouter la chanson et lire la suite:

dimanche 14 juin 2020

Malades et médecins


Chaque mois une session de chants, à l'heure de l'apéro, est organisée à Nantes par Dastum 44. C'est le plus souvent le troisième mardi du mois que nous sommes accueillis chez “Mon Oncle” bistrot-grignotte situé 16 rue d'Alger. Un thème est généralement proposé aux participants sans que cela soit contraignant. Ainsi, la session du 16 juin 2020 est annoncée sur le thème “malades et médecins”, actualité oblige. Voici quelques suggestions de chansons sur ce thème:
pour lire la suite:

vendredi 12 juin 2020

343 - Sur le pont d'Avignon


Il suffit de passer le pont c'est tout de suite l'aventure (1) que ce soit à Nantes, Lyon ou Avignon. Nous avons déjà abondamment commenté la présence des ponts dans les chansons traditionnelles; passons à autre chose. Cette chanson accumule les poncifs des amourettes dont on ne sait jusqu'où elles peuvent aller: un objet perdu que le galant restitue à sa mie, un baiser volé qui en entraîne d'autres, et des aventures qui peuvent aller si loin qu'on a besoin de symboles forts pour en fixer les limites
Pour écouter la chanson et lire la suite:

dimanche 31 mai 2020

342 - la fille du chaudronnier

Ce n'est pas la première fois, dans la chanson comme dans la vraie vie, qu'une jeune fille est repoussée non pas tant à cause de son état qu'en raison de la profession de son père. Il est des métiers méprisés parce que trop salissants, ne rapportant rien ou exercés par des groupes vivant pratiquement en marge de la société. La chanson s'en moque souvent, mais l'amour est parfois plus fort que les convenances sociales. Heureusement !
Autre sujet d'intérêt, vous noterez à nouveau un phénomène qu'on observe encore assez souvent dans la tradition: la contamination d'une chanson par une autre. Les derniers couplets de celle ci ont comme un air de “déjà entendu”.
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dimanche 24 mai 2020

341 Le roi a tout vendu


Situation courante dans la tradition orale: un vieux beau plus ou moins riche cherche à s'attirer les grâces d'une fille, belle mais sans le sou. Nouvel épisode de la lutte des classes ou simple exemple de drague hasardeuse ? Le Monsieur et la Bergère, personnages ordinaires de ces chansons, sont ici remplacés par un roi sur le déclin et une jeune fille qui a bien la tête sur les épaules.
Cette chanson, assez peu répandue, a été collectée, entre autres (1) par Raphael Garcia, à qui nous devons un fonds impressionnant de chansons de la Brière et du Pays Nantais.
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dimanche 17 mai 2020

340 - J'avais une belle mère


Cette chanson, publiée par Fernand Guériff, fait partie du fonds recueilli par Gustave Clétiez au 19è siècle en pays guérandais. Une histoire gentillette si on n'y cherche pas un sens caché. Mais comme elle est assez répandue sur tout le territoire, ce que ces quelques couplets n'osent pas nous avouer apparaît beaucoup plus nettement ailleurs.
Toutes les versions de cette chanson que nous avons pu consulter ont au moins un point commun: elle ont servi de support à une danse ou en ont gardé la structure, même quand l'interprétation – comme ici – en parait éloignée.
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dimanche 10 mai 2020

339 - la Perdriole


Si vous deviez offrir un cadeau à votre bonne amie pour vous conformer à l'antique tradition du mois de mai ce n'est probablement pas dans la liste de cette chanson que vous puiseriez votre inspiration. A commencer par cette sacrée perdriole, dont la population est en forte diminution, au point qu'on a plus de chances d'en voir aujourd'hui dans des élevages que sur le terrain. La chanson ne date pas d'hier et, si on en juge par son abondante diffusion tant géographique que patrimoniale, est un des grands classiques du répertoire traditionnel.
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dimanche 3 mai 2020

338 - Turlututu


Il n'y a pas de chapeau pointu dans cette chanson. Le turlututu y est un moyen de défense pour une bergère contre un “monsieur” trop entreprenant. Peut on le traduire par l'expression “bas les pattes”? C'est tout comme.
La version que nous vous proposons est celle collectée en juillet 1949 par Claudie Marcel-Dubois et sa collaboratrice Maguy Pichonnet-Andral pour le Musée national des arts et traditions populaires. Après une visite rapide en Basse Bretagne, les deux chercheuses se sont intéressées aux vanniers du village de Mayun (La Chapelle des Marais). Les enregistrements ont été effectués du 27 au 29 juillet de cette année là. Un séjour bien court pour découvrir les traditions locales mais qui a néanmoins laissé quelques belles traces sonores.
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dimanche 26 avril 2020

337 - Quand j'étais chez mon père


Ce type de chanson est tellement répandu dans les répertoires traditionnels que nous l'avons déjà rencontré, sous une autre forme (1). Ce n'est pas une raison pour se priver du plaisir d'y revenir. Pour échapper à un galant un peu lourdingue les jeunes filles utilisent, dans les chansons, des stratagèmes qui sèment le doute chez le gêneur. On en a vu se vanter d'une origine sociale un peu douteuse ou d'un risque sanitaire (2) pour écarter l'importun. Plus simplement, celle ci joue sur la corde sensible en se mettant à faire la pleureuse.
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dimanche 19 avril 2020

336 - Saint Alexandre


Pour une fois nous serons en accord avec le calendrier. Voilà qui nous change un peu de nos mauvaises habitudes de vanter le charme de nos stations balnéaires au mois de janvier et d'entonner des chants de Noël en plein mois de juillet. La Saint Alexandre tombe le 22 avril, mais il n'y a pas de saison pour chanter cette prière très profane. Elle est associée aux mariages et le plus souvent réservée aux repas de noces; plutôt vers la fin. Elle semble surtout connue dans l'ouest de la France.
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Le calendrier ne manque pas de saint patrons. Chaque profession a le sien ou la sienne. Il est aussi des saints qui étendent leur protection à toute une catégorie sociale. Le marketing a même fait de Saint Valentin un bienfaiteur des fleuristes, et accessoirement des amoureux (ou l'inverse). Dans ce domaine, il a damé le pion à Sainte Agnès, dont la clientèle se limite aux fiancé(e)s, ou à Saint Amour. Les jeunes filles à marier restent très attachées à Sainte Catherine. Saint Nicolas, protecteur multi-cartes (1), compte dans son portefeuille les vieux garçons. Rien d'officiel, en revanche, pour les vieilles filles. Il reste, bien sur, la possibilité d'aller brûler des cierges ou piquer des épingles dans le pied de la statue de tel ou telle élu(e) à la renommée locale, dans l'obscurité rassurante d'une chapelle.
La chanson de Saint Alexandre aborde le sujet sous un tout autre aspect: celui de la moquerie. Pourquoi Saint Alexandre ? Officiellement celui ci n'a aucune profession sous sa coupe. Si l'on en croit certains, c'est peut être dans l'étymologie qu'il faudrait rechercher. Alexandre a une origine grecque basée sur Andros: homme et Alexein, avec un double sens: qui protège ou qui repousse. Alexandre qui repousse les hommes ? Est ce la raison de son invocation dans la chanson ?
Nous n'avons pas trouvé beaucoup de traces de celle ci dans les collectes. Elle est absente des recueils anciens, y compris ceux consacrés au folklore du mariage. Mais elle a été notée en 1968 par Louisette Radioyes à Saint Congard (2) sous une forme identique à celle que nous vous proposons. Elle a aussi été entendue à plusieurs reprises dans le pays d'Ancenis (voir texte joint) ainsi qu'à la limite nord du département de Vendée.
Dans la tradition, plusieurs chansons donnent la vedette aux “vieilles filles”, soit pour regretter d'avoir trop fait la difficile et refusé des propositions, soit pour railler le comportement de cougar en recherche de chair fraîche. Apparemment, cette supplique à Saint Alexandre aurait une origine plus récente. Mais ce que nous appelons “tradition orale” n'est pas un bloc monolithique. Elle est faite de composantes issues d'âges, de milieux, d'histoires, de sociétés...à la fois complémentaires et différentes. Que ces sources variées se retrouvent aujourd'hui amalgamées dans nos archives pourrait nous faire croire à l'existence d'une tradition uniforme que d'aucuns qualifient un peu vite de “bon vieux temps”. Il n'en est rien. C'est ce qui nous permet de passer d'une semaine à l'autre de complaintes très anciennes à des expressions beaucoup plus modernes. Rien n'est figé dans notre patrimoine immatériel et tout évolue dans le temps. C'est très bien comme ça et ce n'est pas fini !
Après la fête, adieu le saint. La semaine prochaine nous aborderons donc un tout autre sujet.

notes
1 – nous en avons déjà parlé avec la légende de St Nicolas (chanson n° 276 en décembre 2018) – Nicolas s'occupe aussi, entre autres, des bouchers, des marins, des voyageurs, des écoliers, des étudiants, des kinés ou des marchands de vin...!
2 – Traditions et chansons de haute-Bretagne, tome 2 – Louisette Radioyes (GCBPV 1997) – chanson 132, page 171

interprète: Jean Ruaud
source: version chantée par Félix Ruaud, de Guenrouet (44)
non reprise dans les catalogues

Refrain:
Saint Alexandre,
Priez pour nous
Nous n'pouvons plus attendre
Donnez nous des époux

1.
Ayez pitié de tant de vieilles filles,
Qui sous le fard cachent leur vieille peau
Elles ont été beaucoup trop difficiles
Et maintenant elles sont sur le carreau
2.
Depuis le temps qu'elles font la vaisselle
Elles voudraient bien embrasser un mari
Sécher des couches sur deux rangs de ficelle
Y-a pas de bébé pour y faire pipi

Seront-elles donc des tantes à héritage
Pour imiter ces dames aux chapeaux verts
Et puis toujours attendant le partage
Elles traîneront le chien-chien à sa mémère

Une autre version, chantée en janvier 2000 par Marie-Louise Fourrier, de Riaillé (Loire-Atlantique) à Elisabeth Carroget et Marie-Thérèse Renouard

Saint-Alexandre priez pour nous
Nous n’voulons plus attendre, donnez-nous des époux (bis)

Pitié, mon dieu, pour tant de vieilles filles
Qui sous leurs fronts, cachent de vieilles peaux
Elles ont sans doute été trop difficiles
Et les voilà restées sur le carreau

Qu’il s’appelle Jules, Oscar ou Honoré
Qu’il soit barbu, joufflu ou édenté
Qu’il soit ministre, maçon ou chiffonnier
Tel qu’il sera, je saurai bien l’aimer

Saint-Valentin, faites que demain, il vienne
Ce cher amour, se mettre à mes genoux
Saint-Valentin, faites que demain matin
Par le courrier, il me soit annoncé

Et que surtout, il ait des qualités nombreuses
Pour compenser tous mes défauts charmants
Et que surtout, il rende sa femme heureuse
Ça vaut bien ça d’puis le temps que je l’attends

Nous désirons (quand) même, un mari modèle
Berçant les p’tits, quand ils pleurent la nuit
Moulant l’café, essuyant la vaisselle
Cirant l’parquet, préparant la cuisine.

dimanche 12 avril 2020

335 - C'était un petit mercelot


Rapt, enlèvement ou départ volontaire ? On peut voir de plusieurs façons l'aventure de ce garçon qui profite de son activité pour emmener avec lui une fille du village, au grand dam du galant qui le somme de rendre la fille.
On retrouve cette chanson un peu partout dans le répertoire traditionnel. Elle fait systématiquement référence à la Normandie, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle y ait son origine. Avant que la bicyclette puis la voiture ne viennent changer les habitudes de consommation, le petit métier de marchand ambulant était présent partout.
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