dimanche 12 juillet 2020

347 - Mariez-me donc


Avec un titre pareil on pourrait croire à une nouvelle supplique d'une jeune fille pressée de se marier. Pourtant, dès le troisième couplet, il parait évident que la belle va se passer de l'autorisation des parents pour s'offrir un avant goût de nuit de noces. Hélas ses espoirs seront déçus par la faute d'un galant qui tombe de sommeil. D'après certains informateurs, cette chanson moqueuse aurait eu un certain succès dans les repas de noces, à un moment ou la morale officielle s'estompe dans les plaisirs de la fête et les vapeurs de l'alcool !
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dimanche 5 juillet 2020

346 – l'infanticide


Changement de décor: la semaine dernière nous fredonnions une chanson qui parlait d'un enfant jeté dans une rivière, sur un mode facétieux et avec une fin heureuse. Cette semaine nous allons chanter l'histoire d'un enfant jeté dans une rivière, en abandonnant le ton guilleret pour celui du drame. La conclusion n'est heureuse pour personne dans cette complainte qui aborde d'une toute autre façon, plus réaliste, le thème de l'infanticide. Nous quittons le monde fabuleux des grenouilles et des petits poissons pour l'atmosphère pesante et moralisatrice d'une justice expéditive.
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dimanche 28 juin 2020

345 - Le gueurnouillon


Chanson idiote ou chanson sérieuse ? Texte superficiel ou message caché ? Nous vous laissons le soin de faire votre propre opinion. A la première écoute cette histoire d'une ruralité marécageuse à tendance batracienne ne retient pas particulièrement l'attention. Si ce n'était sa mélodie simpliste et entêtante on n'en retiendrait pas grand chose. Mais elle mérite sans doute mieux que d'être classée dans les facéties et divertissements pour enfants.
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dimanche 21 juin 2020

344 - La bigueurnoise


Vous reprendrez bien un peu de cresson ?! On ne va pas vous raconter de salades, c'est un thème qui est souvent au menu des chanteurs et chanteuses de traditions. La preuve: nous vous en avons déjà présenté une version (1). Comme pour beaucoup de chansons très répandues, les différences peuvent être importantes de l'une à l'autre. Si pour le fonds de l'histoire on reste dans les nuances, ce sont les musiques et les refrains qui font toute la richesse de ce répertoire.
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dimanche 14 juin 2020

Malades et médecins


Chaque mois une session de chants, à l'heure de l'apéro, est organisée à Nantes par Dastum 44. C'est le plus souvent le troisième mardi du mois que nous sommes accueillis chez “Mon Oncle” bistrot-grignotte situé 16 rue d'Alger. Un thème est généralement proposé aux participants sans que cela soit contraignant. Ainsi, la session du 16 juin 2020 est annoncée sur le thème “malades et médecins”, actualité oblige. Voici quelques suggestions de chansons sur ce thème:
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vendredi 12 juin 2020

343 - Sur le pont d'Avignon


Il suffit de passer le pont c'est tout de suite l'aventure (1) que ce soit à Nantes, Lyon ou Avignon. Nous avons déjà abondamment commenté la présence des ponts dans les chansons traditionnelles; passons à autre chose. Cette chanson accumule les poncifs des amourettes dont on ne sait jusqu'où elles peuvent aller: un objet perdu que le galant restitue à sa mie, un baiser volé qui en entraîne d'autres, et des aventures qui peuvent aller si loin qu'on a besoin de symboles forts pour en fixer les limites
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dimanche 31 mai 2020

342 - la fille du chaudronnier

Ce n'est pas la première fois, dans la chanson comme dans la vraie vie, qu'une jeune fille est repoussée non pas tant à cause de son état qu'en raison de la profession de son père. Il est des métiers méprisés parce que trop salissants, ne rapportant rien ou exercés par des groupes vivant pratiquement en marge de la société. La chanson s'en moque souvent, mais l'amour est parfois plus fort que les convenances sociales. Heureusement !
Autre sujet d'intérêt, vous noterez à nouveau un phénomène qu'on observe encore assez souvent dans la tradition: la contamination d'une chanson par une autre. Les derniers couplets de celle ci ont comme un air de “déjà entendu”.
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dimanche 24 mai 2020

341 Le roi a tout vendu


Situation courante dans la tradition orale: un vieux beau plus ou moins riche cherche à s'attirer les grâces d'une fille, belle mais sans le sou. Nouvel épisode de la lutte des classes ou simple exemple de drague hasardeuse ? Le Monsieur et la Bergère, personnages ordinaires de ces chansons, sont ici remplacés par un roi sur le déclin et une jeune fille qui a bien la tête sur les épaules.
Cette chanson, assez peu répandue, a été collectée, entre autres (1) par Raphael Garcia, à qui nous devons un fonds impressionnant de chansons de la Brière et du Pays Nantais.
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dimanche 17 mai 2020

340 - J'avais une belle mère


Cette chanson, publiée par Fernand Guériff, fait partie du fonds recueilli par Gustave Clétiez au 19è siècle en pays guérandais. Une histoire gentillette si on n'y cherche pas un sens caché. Mais comme elle est assez répandue sur tout le territoire, ce que ces quelques couplets n'osent pas nous avouer apparaît beaucoup plus nettement ailleurs.
Toutes les versions de cette chanson que nous avons pu consulter ont au moins un point commun: elle ont servi de support à une danse ou en ont gardé la structure, même quand l'interprétation – comme ici – en parait éloignée.
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dimanche 10 mai 2020

339 - la Perdriole


Si vous deviez offrir un cadeau à votre bonne amie pour vous conformer à l'antique tradition du mois de mai ce n'est probablement pas dans la liste de cette chanson que vous puiseriez votre inspiration. A commencer par cette sacrée perdriole, dont la population est en forte diminution, au point qu'on a plus de chances d'en voir aujourd'hui dans des élevages que sur le terrain. La chanson ne date pas d'hier et, si on en juge par son abondante diffusion tant géographique que patrimoniale, est un des grands classiques du répertoire traditionnel.
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dimanche 3 mai 2020

338 - Turlututu


Il n'y a pas de chapeau pointu dans cette chanson. Le turlututu y est un moyen de défense pour une bergère contre un “monsieur” trop entreprenant. Peut on le traduire par l'expression “bas les pattes”? C'est tout comme.
La version que nous vous proposons est celle collectée en juillet 1949 par Claudie Marcel-Dubois et sa collaboratrice Maguy Pichonnet-Andral pour le Musée national des arts et traditions populaires. Après une visite rapide en Basse Bretagne, les deux chercheuses se sont intéressées aux vanniers du village de Mayun (La Chapelle des Marais). Les enregistrements ont été effectués du 27 au 29 juillet de cette année là. Un séjour bien court pour découvrir les traditions locales mais qui a néanmoins laissé quelques belles traces sonores.
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dimanche 26 avril 2020

337 - Quand j'étais chez mon père


Ce type de chanson est tellement répandu dans les répertoires traditionnels que nous l'avons déjà rencontré, sous une autre forme (1). Ce n'est pas une raison pour se priver du plaisir d'y revenir. Pour échapper à un galant un peu lourdingue les jeunes filles utilisent, dans les chansons, des stratagèmes qui sèment le doute chez le gêneur. On en a vu se vanter d'une origine sociale un peu douteuse ou d'un risque sanitaire (2) pour écarter l'importun. Plus simplement, celle ci joue sur la corde sensible en se mettant à faire la pleureuse.
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dimanche 19 avril 2020

336 - Saint Alexandre


Pour une fois nous serons en accord avec le calendrier. Voilà qui nous change un peu de nos mauvaises habitudes de vanter le charme de nos stations balnéaires au mois de janvier et d'entonner des chants de Noël en plein mois de juillet. La Saint Alexandre tombe le 22 avril, mais il n'y a pas de saison pour chanter cette prière très profane. Elle est associée aux mariages et le plus souvent réservée aux repas de noces; plutôt vers la fin. Elle semble surtout connue dans l'ouest de la France.
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Le calendrier ne manque pas de saint patrons. Chaque profession a le sien ou la sienne. Il est aussi des saints qui étendent leur protection à toute une catégorie sociale. Le marketing a même fait de Saint Valentin un bienfaiteur des fleuristes, et accessoirement des amoureux (ou l'inverse). Dans ce domaine, il a damé le pion à Sainte Agnès, dont la clientèle se limite aux fiancé(e)s, ou à Saint Amour. Les jeunes filles à marier restent très attachées à Sainte Catherine. Saint Nicolas, protecteur multi-cartes (1), compte dans son portefeuille les vieux garçons. Rien d'officiel, en revanche, pour les vieilles filles. Il reste, bien sur, la possibilité d'aller brûler des cierges ou piquer des épingles dans le pied de la statue de tel ou telle élu(e) à la renommée locale, dans l'obscurité rassurante d'une chapelle.
La chanson de Saint Alexandre aborde le sujet sous un tout autre aspect: celui de la moquerie. Pourquoi Saint Alexandre ? Officiellement celui ci n'a aucune profession sous sa coupe. Si l'on en croit certains, c'est peut être dans l'étymologie qu'il faudrait rechercher. Alexandre a une origine grecque basée sur Andros: homme et Alexein, avec un double sens: qui protège ou qui repousse. Alexandre qui repousse les hommes ? Est ce la raison de son invocation dans la chanson ?
Nous n'avons pas trouvé beaucoup de traces de celle ci dans les collectes. Elle est absente des recueils anciens, y compris ceux consacrés au folklore du mariage. Mais elle a été notée en 1968 par Louisette Radioyes à Saint Congard (2) sous une forme identique à celle que nous vous proposons. Elle a aussi été entendue à plusieurs reprises dans le pays d'Ancenis (voir texte joint) ainsi qu'à la limite nord du département de Vendée.
Dans la tradition, plusieurs chansons donnent la vedette aux “vieilles filles”, soit pour regretter d'avoir trop fait la difficile et refusé des propositions, soit pour railler le comportement de cougar en recherche de chair fraîche. Apparemment, cette supplique à Saint Alexandre aurait une origine plus récente. Mais ce que nous appelons “tradition orale” n'est pas un bloc monolithique. Elle est faite de composantes issues d'âges, de milieux, d'histoires, de sociétés...à la fois complémentaires et différentes. Que ces sources variées se retrouvent aujourd'hui amalgamées dans nos archives pourrait nous faire croire à l'existence d'une tradition uniforme que d'aucuns qualifient un peu vite de “bon vieux temps”. Il n'en est rien. C'est ce qui nous permet de passer d'une semaine à l'autre de complaintes très anciennes à des expressions beaucoup plus modernes. Rien n'est figé dans notre patrimoine immatériel et tout évolue dans le temps. C'est très bien comme ça et ce n'est pas fini !
Après la fête, adieu le saint. La semaine prochaine nous aborderons donc un tout autre sujet.

notes
1 – nous en avons déjà parlé avec la légende de St Nicolas (chanson n° 276 en décembre 2018) – Nicolas s'occupe aussi, entre autres, des bouchers, des marins, des voyageurs, des écoliers, des étudiants, des kinés ou des marchands de vin...!
2 – Traditions et chansons de haute-Bretagne, tome 2 – Louisette Radioyes (GCBPV 1997) – chanson 132, page 171

interprète: Jean Ruaud
source: version chantée par Félix Ruaud, de Guenrouet (44)
non reprise dans les catalogues

Refrain:
Saint Alexandre,
Priez pour nous
Nous n'pouvons plus attendre
Donnez nous des époux

1.
Ayez pitié de tant de vieilles filles,
Qui sous le fard cachent leur vieille peau
Elles ont été beaucoup trop difficiles
Et maintenant elles sont sur le carreau
2.
Depuis le temps qu'elles font la vaisselle
Elles voudraient bien embrasser un mari
Sécher des couches sur deux rangs de ficelle
Y-a pas de bébé pour y faire pipi

Seront-elles donc des tantes à héritage
Pour imiter ces dames aux chapeaux verts
Et puis toujours attendant le partage
Elles traîneront le chien-chien à sa mémère

Une autre version, chantée en janvier 2000 par Marie-Louise Fourrier, de Riaillé (Loire-Atlantique) à Elisabeth Carroget et Marie-Thérèse Renouard

Saint-Alexandre priez pour nous
Nous n’voulons plus attendre, donnez-nous des époux (bis)

Pitié, mon dieu, pour tant de vieilles filles
Qui sous leurs fronts, cachent de vieilles peaux
Elles ont sans doute été trop difficiles
Et les voilà restées sur le carreau

Qu’il s’appelle Jules, Oscar ou Honoré
Qu’il soit barbu, joufflu ou édenté
Qu’il soit ministre, maçon ou chiffonnier
Tel qu’il sera, je saurai bien l’aimer

Saint-Valentin, faites que demain, il vienne
Ce cher amour, se mettre à mes genoux
Saint-Valentin, faites que demain matin
Par le courrier, il me soit annoncé

Et que surtout, il ait des qualités nombreuses
Pour compenser tous mes défauts charmants
Et que surtout, il rende sa femme heureuse
Ça vaut bien ça d’puis le temps que je l’attends

Nous désirons (quand) même, un mari modèle
Berçant les p’tits, quand ils pleurent la nuit
Moulant l’café, essuyant la vaisselle
Cirant l’parquet, préparant la cuisine.

dimanche 12 avril 2020

335 - C'était un petit mercelot


Rapt, enlèvement ou départ volontaire ? On peut voir de plusieurs façons l'aventure de ce garçon qui profite de son activité pour emmener avec lui une fille du village, au grand dam du galant qui le somme de rendre la fille.
On retrouve cette chanson un peu partout dans le répertoire traditionnel. Elle fait systématiquement référence à la Normandie, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle y ait son origine. Avant que la bicyclette puis la voiture ne viennent changer les habitudes de consommation, le petit métier de marchand ambulant était présent partout.
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dimanche 5 avril 2020

334 - Jean, Jean, Jean


Il est encore un peu tôt pour fêter la Saint Jean (1). Pourtant on sent bien que ça va être sa fête à ce mari pas assez sentimental ! Si certains craignent de se faire appeler Léon ou Arthur – simples réprimandes – on peut imaginer que cela vaut sans doute mieux que le Jean de l'histoire.
Entendre chanter le coucou est un vrai bonheur si c'est parce qu'il annonce le retour du printemps. En revanche se faire affubler de ce nom d'oiseau n'aura rien d'agréable pour le pauvre “Jean”.
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dimanche 29 mars 2020

333 - Par un beau soir Germaine


L'atmosphère actuelle semble propice aux grandes complaintes, aussi avons nous choisi de continuer dans cette voie. D'autant que toutes ces chansons ne sont pas des tragédies. La preuve avec celle ci et son dénouement heureux que nous avons déjà évoqué récemment à propos d'une autre chanson (1). L'histoire de Germaine est parfois intitulée “le retour du croisé” ce qui nous permet de dater son origine. Comme les deux précédentes complaintes, cette histoire d'anneau brisé est connue dans de nombreux pays. Un détail particulier rattache notre version au pays Nantais.
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dimanche 22 mars 2020

332 - Le fils Louis

C'est le conte du fils Louis ou c'est le fils du comte Louis ? Plusieurs versions connues hésitent sur le premier vers de cette chanson. Comme cet incipit lui donne son titre, Armand Guéraud avait tourné la difficulté en rebaptisant la chanson: “la vengeance de la mort”; beaucoup plus accrocheur ! Mais derrière ces dénominations vous n'aurez aucune peine à reconnaître l'un des fleurons de la chanson traditionnelle: le roi Renaud. C'est ainsi qu'elle est la plus connue, en français, car cette histoire est tellement répandue que le nom du héros n'en finit pas de varier. Pour cette version, l'une des toutes premières recueillies dans nos contrées, c'est donc Louis, père ou fils, et comte de son état.
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samedi 14 mars 2020

331 - La blanche biche


Biche, oh ma biche, lorsque tu soulignes, au crayon noir, tes grands yeux...Ah!, c'est vrai qu'il est fort, Alamo (1), pour la métaphore cynégétique. Mais, bien avant les années yé-yé, la biche a tenu la vedette d'une chanson qui, pour être une des plus anciennes du répertoire, n'en conserve pas moins un accent très actuel. Sauf à vouloir la prendre au premier degré comme une histoire de chasseurs à caractère merveilleux, son fonds nous parle d'un sujet récurent où les acteurs tiennent deux rôles intemporels: prédateur et victime.
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samedi 7 mars 2020

330 - V’la le bon vent


Comment ?! Déjà 330 chansons répertoriées dans ce blog et pas une seule fois celle des trois canards ! LA chanson traditionnelle par excellence, la plus interprétée, la plus collectée ici et ailleurs et probablement la plus connue, sous tant de versions. Il était grand temps que nous vous en proposions une. Le titre laisserait supposer qu'il s'agit de la plus connue, celle qui a été popularisée via le chant scolaire et enregistrée par de nombreux interprètes. Sans doute, mais au moment où elle a été recueillie, ce n'était pas encore le cas.
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vendredi 28 février 2020

329 - Chanson de la poche à Guenrouët


C'est dans la poche ! Non pas celle où vous resserrez vos papiers et cartes bancaires, mais dans la Poche de Saint Nazaire, territoire où la seconde guerre mondiale a pris fin avec un an de retard. Suite au débarquement de 44 en Normandie, le repli de l'occupant dans secteur de 30 kilomètres autour de Saint Nazaire (1) a eu des conséquences dramatiques pour les 80 000 “empochés” pris en otages. Tout au long de ses couplets, cette chanson d'auteur anonyme décrit ce qu'on appelait pas encore des dommages collatéraux. Avec humour, ironie et une pointe de ressentiment à l'encontre des “libérateurs”.
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vendredi 21 février 2020

328 - Le départ pour la guerre


Du même secteur que notre chanson de la semaine passée, voici un autre histoire d'amours avec une happy end, comme on dit en breton (1). Autre similitude avec la chanson précédente: la rareté (2); il n'existe que peu de versions, sous cette forme, de ce qui fait pourtant un bon scénario. En effet, dans la catégorie des retours de guerre tellement différés que le revenant est méconnaissable, l'anneau brisé est utilisé comme signe de reconnaissance. Notre chanson pourrait tout aussi bien s'intituler le retour que le départ. L'anneau est brisé mais la boucle est bouclée.
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vendredi 14 février 2020

327 - Tiens, bonjour ma cousine


La Limouzinière est un petit bourg du Pays de Retz, proche du lac de Grand-Lieu. C'est là qu'a été collectée notre chanson de la semaine. C'est une chanson rare, en ce sens que son thème est peu répandu dans la tradition. Ce dialogue entre deux jeunes femmes vante les joies du mariage. Une exception, si on considère le nombre de textes et de mélodies qui en détaillent tous les inconvénients. Le mariage est-il le tombeau de l'amour ? Et la réponse à cette question peut-elle se chanter ?
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samedi 8 février 2020

326 - Viens donc !

Pas d’ambiguïté: la chanson que nous vous présentons cette semaine n'est pas une chanson de tradition orale. C'est une chanson d'auteur. Mais celui ci est vraiment un personnage clé dans la transmission de ces répertoires. A la fois conteur, chanteur et musicien, passeur d'une tradition familiale et collecteur du patrimoine des autres, tel était Stéphane Glotin. Nous avons choisi de lui rendre hommage en chantant ces quelques couplets dont la version originale a été livrée au micro de collecteuses parmi une quantité de pièces d'un riche répertoire.
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samedi 1 février 2020

325 – En revenant de Saint-Nazaire


Après la bergère, il était logique que nous nous intéressions à un autre personnage récurent de la chanson: le loup. Pratiquement disparu du paysage malgré quelques tentatives de réintroduction, ce grand dévoreur de moutons était la terreur des petits enfants. Mais, dans cette histoire, l'ennemi public n° 1 joue un rôle à contre-emploi. Se faisant l'émule du père fouettard, il prêche la morale aux petits turbulents. Pas étonnant quand on connait l'auteur du scénario ! Un folkloriste dont nous avons déjà pu admirer le talent d'auteur-compositeur (1).
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vendredi 24 janvier 2020

324 - Il était une bergère


Une bergère, un chat, un fromage...et ri et ron petit patapon. Que de souvenirs d'enfance nous reviennent avec cette contine ! Mais est-ce bien une chanson enfantine ? Plusieurs interprètes en ont souligné son caractère grivois (1). Le double sens est toujours présent dans ce type de chansons. Mais ce n'est pas son seul intérêt.
Si, d'une version à l'autre, l'histoire se déroule souvent d'une manière analogue, sa conclusion et ses refrains font preuve d'une grande diversité. Pour en savoir plus, partons donc sur les chemins et de bon matin, à bicyclette.
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Certains d'entre vous font comme une espèce d'allergie aux chansons de bergères. Ils les jugent passéistes, représentant les souvenirs lointains d'une France pastorale, archaïque et rétrograde. Ceci, bien sur, à condition de tout prendre au premier degré et de ne pas chercher plus loin que le bout de son nez. Reste que la bergère, héroïne de bien des chansons traditionnelles, est un symbole de la classe sociale la plus défavorisée. Emploi tenu par de (très) jeunes filles dont la seule distraction était de rêver au prince charmant. Est-ce que cette attitude a bien changé ou serait-elle encore d'actualité ?
Bref, ce qui a bien changé c'est la fabrication du fromage. Il n'est plus guère produit à la maison. C'est du domaine d'un petit agriculteur bio du canton, ou d'une grosse laiterie, propriété d'un consortium multinational, selon vos goûts ou vos habitudes ! Le fromage n'est cependant pas l'ingrédient principal de toutes les versions de cette chanson. Nous en avons trouvé un certain nombre qui débutent par:
Il était une bonne femme,
Qui faisait de la bouillie,
Dans un vieux chaudron
Comme d'habitude avec les chansons tombées dans le domaine enfantin, la littérature spécialisée a imposé le seul refrain avec lequel nous avons entamé cet article: petit patapon! Ce refrain est certes bien connu et bien implanté. La version répertoriée en 1860 par Armand Guéraud est bâtie sur cet air et ce refrain. Mais ce n'est pas le seul, loin de là. Parmi ceux qu'on retrouve le plus souvent dans nos contrées de l'ouest de la France en voici quelques uns:
falaridaine, falaridon ou la faridondaine, la faridondon
Lariti tonton lariton ou la riponpon lurette, finalement pas si éloignés du petit patapon,
Ma petit' mominette... mon petit mominon;
Dans la baratte... dans le baraton
Petits bonnets, grands bonnets tout ronds;
Vive l'amour ma brunette
...que nous avons rencontrés à plusieurs reprises.
Plus original est ce refrain qui nous entraîne à bicyclette, bien avant que Montand n'aille par les chemins avec Paulette. Ce refrain est témoin d'une évolution plus moderne de la chanson. Dans son ouvrage “la danse traditionnelle en France”, Yves Guilcher a bien souligné l'influence de ce moyen de transport individuel sur l'évolution des traditions (2). C'est l'instrument de la modernité et de la libération des contraintes de la société rurale renfermée sur la vie du village, du hameau. Ce qui est valable pour la danse se traduit aussi jusque dans les paroles de la chanson. C'est une célébration du progrès, sur un air de la tradition !
Ce refrain vélocipédique a été collecté plusieurs fois dans le même secteur par Hervé Dréan, Raphael Garcia, Albert Poulain...ainsi qu'ailleurs en Haute-Bretagne, comme vous le constaterez en recherchant sur la base Dastumedia.
Enfin, au risque de nous fâcher avec les défenseurs des animaux, il faut bien évoquer les mésaventures du chat et sa triste fin. Vraiment coléreuse la fermière qui tue son chat pour une simple broutille. Sauf si cet acte sauvage nous cache autre chose ? Docteur Freud, si vous nous lisez, on attend vos explications ! Et encore, notre chanson se contente de mentionner le décès du chat quand d'autres versions vont bien plus loin. Il est souvent question d'utiliser la peau du chat pour s'en faire des vêtements:
De la peau des chatons,
Elle fit un manchon,
Puis des gants tout blancs,
Et aussi un plastron
Une version québécoise propose également de faire des cordes de violon avec les tripes du chaton !
Il est aussi parfois envisagé de boulotter minet:
Pour votre pénitence
Vous mangerez votre chaton,
A la sauce piquante,
Au poivre et aux oignons
Voilà qui nous rappelle qu'une autre chanson traditionnelle fait déguster, à un curé, un pâté dans lequel il retrouve des poils de chat ! (3)
Mais la conclusion nous entraîne dans un tout autre domaine que celui de la chanson pour enfants. Nous voici encore en présence d'un confesseur qui abuse de la situation. La réputation des ecclésiastiques n'est plus à faire, en tous cas pas dans les chansons. Embrassons nous ma chère et si ça vous plait recommençons. A défaut de prince charmant, n'est-ce pas !!!
Sauf que plusieurs versions font tout pour conserver un semblant de morale:
Je n'embrasse point les moines
J' n'embrasse que mon mignon
Avec cette histoire on en a vraiment pour tous les goûts.

Notes
1 – voyez par exemple Colette Renard – chansons gaillardes (disques Vogue ‎– LD 615.30, 1959) réédité en CD
2 – Y. Guilcher cite en particulier l'étude de Daniel Halévy : Visites aux paysans du Centre (Grasset-1934) - “Mais quels sont les nouveaux plaisirs ? La bicyclette. Tout jeune homme veut avoir la sienne; le dimanche il va chercher au loin les bals. Il y danse, il y fait le coquet”.
3 - Le meunier qui met son chat en pâté (référence du catalogue Coirault 00307) sous la forme de notre chanson n°162 “Martin s'en revient du marché” (juillet 2016)

interprète: Dominique Juteau – réponses: Jean-Louis Auneau et Francis Boissard
source: enregistrement d'un groupe de chanteurs de Nivillac (56) par Hervé Dréan en octobre 1977 – publié dans “Instants de mémoire” éd. Musique Sauvage (2011) volume 3, page 101
catalogue P. Coirault: la bonne femme qui a tué son chaton (satiriques et plaisantes – 11325)
catalogue C. Laforte: Il était une bergère (I, J-04)

Il était une bergère, à bicyclette
Il était une bergère, à bicyclette,
Qui gardait ses moutons,
Entre les deux roues qui tournent,
Qui gardait ses moutons,
Entre la selle et l'guidon.

Elle faisait un fromage
Du lait de ses moutons.

Son chat qui la regarde,
D'un air-e si fripon

Si tu y mets la patte,
Tu auras du bâton,

Il n'a pas mis la patte,
Il a mis le menton,

La bergère en colère
Elle a pris son bâton,

Elle a frappé si fort
Qu'elle a tué son chaton

Elle s'en fut à confesse
Au curé du canton

Mais mon père je m'accuse
D'avoir tué Riton

Ma fille pour pénitence
Nous nous embrasserons

La pénitence est douce
Nous recommencerons.


samedi 18 janvier 2020

323 - Monsieur de la Giraudé


Nous avons tout essayé pour parler d'amour en ce début d'année. Mais l'actualité résonne de bruits de conflits. Alors suivons le mouvement avec une chanson qui évoque un retour de guerre. Laquelle ? Peu importe, même si on l'imagine d'un autre âge, avec des armes qui nous paraissent aujourd'hui bien dépassées.
C'est une chanson énigmatique. Nous n'avons que des interrogations sur son origine et peu de réponses concrètes à vous apporter. C'est une chanson rare et quelque peu oubliée. Mais elle est là, dans nos archives, et ne demande qu'à resurgir, tant son thème, lui, n'est ni rare ni surprenant.
Pour écouter la chanson et lire la suite :

vendredi 10 janvier 2020

322 - Parlons d’aimer


Encore un peu de douceur dans ce monde de brutes, en parlant d'aimer ! Voilà qui nous changera des affres de l'actualité: catastrophes, conflits, scandales et drames, affrontements et polémiques en tous genres.
Notre chanson est la suite logique du sujet abordé la semaine dernière. Quand on a trouvé un filon, il faut l'exploiter, même si on ne peut pas vraiment parler de pépite pour ces quelques réflexions supplémentaires sur le thème du choix d'un(e) futur(e) moitié.
Pour écouter la chanson et lire la suite:

vendredi 3 janvier 2020

321 - Rossignolet du bois qui chante


C'est la période de l'année où on échange ses meilleurs vœux. C'est aussi le moment où de nombreux magazines comblent le vide de leurs pages avec des horoscopes. Sans doute parce qu'un tour de compteur est propice aux interrogations sur l'avenir, les perspectives professionnelles, le besoin de se rassurer sur sa santé et la réussite sentimentale.
La chanson traditionnelle fait rarement référence aux astres (à l'exception de la lune) mais s'interroge en permanence sur les chances de la vie de couple. Souvent sollicité par les amoureux, c'est encore une fois le rossignol qui tient la vedette ; et assume ici le rôle de Madame Soleil.
Pour écouter la chanson et lire la suite :

L'interrogation du siffleur professionnel, habituel messager des amoureux, n'a pas grand chose à voir avec la consultations des augures ou de la position des planètes. Elle fait plutôt appel à l'expérience, en la matière, de l'oiseau emblématique. A la limite, on pourrait fort bien se passer de son avis, si ce n'est qu'il personnifie idéalement le bon sens populaire qui manque si souvent aux amoureux. S'il est vrai que le cœur a ses raisons que la raison ignore, la chanson que nous vous proposons pour débuter l'année est beaucoup plus proche du mariage de raison que du mariage d'amour.
Le choix reste limité à une alternative entre un beau-père plein aux as et un autre de condition plus modeste. D'autres chansons ouvrent plus largement l'éventail du choix avec l'intérêt de choisir une femme plus ou moins belle. Mais c'est là un autre sujet sur lequel nous reviendrons le moment venu.
Si notre chanson envisage le mariage d'un point de vue masculin, on trouve aussi bien des versions où c'est la future épousée qui s'inquiète de s'entendre reprocher :
Tu n'étais qu'une simple servante
A présent tu t'y fais servir
La présence de ce thème dans les collectes ou les recueils anciens fait que nous n'avons eu que l'embarras du choix d'une version. Celle-ci vient du pays de Coislin, avec une mélodie un peu différente de celle la plus couramment entendue. Elle est souvent décrite par les informateurs comme une chanson à la marche ; pour les noces, probablement. En revanche, la consultation du répertoire de Patrice Coirault indique qu'en dehors de sources anciennes, cette chanson ne serait guère connue que dans le pays nantais et ses environs.
Bien souvent le texte de cette chanson ne semble là que pour éviter aux amoureux de rêver d'une ascension sociale par le mariage :
Tu n'avais rien et moi aussi...
La morale prend vite le pas sur le plaisir :
Travaillons, gagnons notre vie
A défaut de fortune, la communauté d'infortune serait-elle le gage de la réussite du couple ? Pour conclure, la morale religieuse ne peut s'empêcher de pointer le bout de son nez en faisant sentir au ménage modeste que :
Si j'avons d'la peine en ce monde
J'aurons des joies en paradis
couplet présent dans les versions recueillies au 19è siècle, tant par Armand Guéraud qu'Abel Soreau.
Quel que soit votre choix, que vous deviez convoler en 2020 ou que ce soit déjà fait, nous vous souhaitons à toutes et à tous une très bonne année.

interprète : Janig Juteau
source : Pierre Orain, de Campbon (44) enregistré le 24 août 1999 par Janig Juteau et Florence Grondin
catalogue P. Coirault : Le pauvre préféré au riche (avant le mariage - 04929)

Rossignolet du bois qui chante (bis)
Enseigne-moi un doux profit, rossignolet du bois joli

Si je dois me mettre en ménage (bis)
Ou bien rester comme je suis, rossignolet du bois joli

Si tu prends la fille d’un riche homme (bis)
Tu n’auras jamais de plaisir, rossignolet du bois joli

Elle te dira d’un jour à l’autre (bis)
Tu n’avais rien quand je t’ai pris, rossignolet du bois joli

Hier tu couchais sur la paille (bis)
Aujourd’hui tu as un bon lit, rossignolet du bois joli

Si tu prends la fille d’un pauvre homme (bis)
Tu auras toujours tes plaisirs, rossignolet du bois joli

Elle te dira d’un jour à l’autre (bis)
Travaillons, gagnons notre vie, rossignolet du bois joli.