dimanche 31 mai 2020

342 - la fille du chaudronnier

Ce n'est pas la première fois, dans la chanson comme dans la vraie vie, qu'une jeune fille est repoussée non pas tant à cause de son état qu'en raison de la profession de son père. Il est des métiers méprisés parce que trop salissants, ne rapportant rien ou exercés par des groupes vivant pratiquement en marge de la société. La chanson s'en moque souvent, mais l'amour est parfois plus fort que les convenances sociales. Heureusement !
Autre sujet d'intérêt, vous noterez à nouveau un phénomène qu'on observe encore assez souvent dans la tradition: la contamination d'une chanson par une autre. Les derniers couplets de celle ci ont comme un air de “déjà entendu”.
Pour écouter la chanson et lire la suite



Si vous avez l'habitude de fréquenter ces quelques lignes hebdomadaires, il est une rengaine qui n'a pas dû vous échapper: “chanson très répandue, nombreuses versions...”. Oubliez la. D'après nos recherches, cette chanson est limitée à quelques versions assez proches les unes des autres et toutes localisées en Haute-Bretagne ou en Vendée (1) . Autre point commun: ce sont toutes des chansons à danser; bal paludier en pays guérandais, grand-danse et autres rondes en Vendée. L'histoire qu'elle nous conte n'a pourtant aucune raison d'être particulière à ces contrées. Il n'y a pas ici de vraie tradition de chaudronnerie comme il peut y en avoir par exemple à Villedieu les Poêles (Manche). Alors pourquoi cette chanson a-t-elle été mieux conservée sous nos latitudes ? Mystère.
Pour faciliter les relations amicales ou amoureuses il est des professions ou des situations qu'il vaut mieux éviter. On voit souvent des jeunes filles s'en servir pour repousser un galant trop entreprenant. Elles s'inventent des parents lépreux, sarrasins (2) une famille de charbonniers à la figure noire...Quand elles ont obtenu ce qu'elles voulaient et dégoûté le prétendant, elles ne lui laissent que des regrets en avouant une origine sociale des plus respectables.
Cette fois ci c'est encore parmi les professions mal jugées que se recrute la demoiselle. Ni charbonnier, ni savetier mais chaudronnier. Ce métier n'a pourtant rien de déshonorant, si ce n'est qu'il se pratique dans des ateliers bruyants, malsains et surtout salissants. D'où l'étonnement du danseur qui découvre que la plus jolie fille n'est pas celle qu'il attendait. Tant pis pour cette parenté peu attrayante, le galant est prêt à en faire abstraction.
Dans une autre version de la chanson le chaudronnier est présenté comme “drouineur”, c'est à dire un bohémien, artisan itinérant. La drouine, mot originaire du breton désignait “ la besace que l'homme portait au dos et dans laquelle il rangeait ses outils, quelques pauvres habits de rechange, un maigre viatique”(3). Voilà peut-être une explication du rejet inspiré par cette profession.
Cette chanson notée à Guérande par Gustave Clétiez, offre une particularité qu'on ne trouve pas dans les autres exemples. Un phénomène plus courant qu'on ne croit, qui se manifeste par l'introduction de couplets qui viennent manifestement d'une autre chanson type. Celle ci est connue sous le titre “jeune préférée à la vieille” ou “la cadette mariée avant l’aînée”. Le passage d'une chanson à l'autre est facilité par des assonances semblables et une versification identique.

notes
1 – juste pour nous faire mentir: une version notée par Patrice Coirault dans les Deux-Sèvres, mais tout près de Fontenay le Comte.
2 – nous vous renvoyons encore une fois à la chanson “les marins de Redon” version locale de la fille du lépreux ou encore de “Ah qui me passera le bois”.
3 – d'après: Gérard Boutet, la France en héritage – dictionnaire encyclopédique des métiers, coutumes, vie quotidienne (éditions Perrin - 2007)

interprètes: Roland Guillou et Yannick Elain
source: le trésor des chansons folkloriques recueillies au pays de Guérande, Fernand Guériff, tome1, page 194 - collecte de Gustave Clétiez (1830 - 1896) à Guérande
catalogue P. Coirault: la jolie fille du chaudronnier (1822 - amourettes)

L'autre jour en me promenant
Tout le long de la rive
La de ra lire
La de ra la

Là, j'ai trouvé, j'ai rencontré une danse de filles
Là, je me suis pris à danser avec la plus jolie
Etes-vous la fille du roi que vous êtes si jolie ?
La fille du roi je ne suis pas, ne suis pas assez riche !
Je suis la fille du chaudronnier le plus noir de la ville
Aux 500 diables, le chaudronnier ! Qu'il a de jolies filles !
Que ne me les donne-t-il à garder ! Ou bien qu'il les marie !
V'la la plus grande qui monte en haut, qui pleure et qui soupire:
Mo père vous mariez ma soeur, ma soeur la plus petite.
Taisez vous ma fille, taisez-vous; vous en aurez un riche !

Aucun commentaire:

Publier un commentaire