dimanche 24 mai 2020

341 Le roi a tout vendu


Situation courante dans la tradition orale: un vieux beau plus ou moins riche cherche à s'attirer les grâces d'une fille, belle mais sans le sou. Nouvel épisode de la lutte des classes ou simple exemple de drague hasardeuse ? Le Monsieur et la Bergère, personnages ordinaires de ces chansons, sont ici remplacés par un roi sur le déclin et une jeune fille qui a bien la tête sur les épaules.
Cette chanson, assez peu répandue, a été collectée, entre autres (1) par Raphael Garcia, à qui nous devons un fonds impressionnant de chansons de la Brière et du Pays Nantais.
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dimanche 17 mai 2020

340 - J'avais une belle mère


Cette chanson, publiée par Fernand Guériff, fait partie du fonds recueilli par Gustave Clétiez au 19è siècle en pays guérandais. Une histoire gentillette si on n'y cherche pas un sens caché. Mais comme elle est assez répandue sur tout le territoire, ce que ces quelques couplets n'osent pas nous avouer apparaît beaucoup plus nettement ailleurs.
Toutes les versions de cette chanson que nous avons pu consulter ont au moins un point commun: elle ont servi de support à une danse ou en ont gardé la structure, même quand l'interprétation – comme ici – en parait éloignée.
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dimanche 10 mai 2020

339 - la Perdriole


Si vous deviez offrir un cadeau à votre bonne amie pour vous conformer à l'antique tradition du mois de mai ce n'est probablement pas dans la liste de cette chanson que vous puiseriez votre inspiration. A commencer par cette sacrée perdriole, dont la population est en forte diminution, au point qu'on a plus de chances d'en voir aujourd'hui dans des élevages que sur le terrain. La chanson ne date pas d'hier et, si on en juge par son abondante diffusion tant géographique que patrimoniale, est un des grands classiques du répertoire traditionnel.
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dimanche 3 mai 2020

338 - Turlututu


Il n'y a pas de chapeau pointu dans cette chanson. Le turlututu y est un moyen de défense pour une bergère contre un “monsieur” trop entreprenant. Peut on le traduire par l'expression “bas les pattes”? C'est tout comme.
La version que nous vous proposons est celle collectée en juillet 1949 par Claudie Marcel-Dubois et sa collaboratrice Maguy Pichonnet-Andral pour le Musée national des arts et traditions populaires. Après une visite rapide en Basse Bretagne, les deux chercheuses se sont intéressées aux vanniers du village de Mayun (La Chapelle des Marais). Les enregistrements ont été effectués du 27 au 29 juillet de cette année là. Un séjour bien court pour découvrir les traditions locales mais qui a néanmoins laissé quelques belles traces sonores.
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dimanche 26 avril 2020

337 - Quand j'étais chez mon père


Ce type de chanson est tellement répandu dans les répertoires traditionnels que nous l'avons déjà rencontré, sous une autre forme (1). Ce n'est pas une raison pour se priver du plaisir d'y revenir. Pour échapper à un galant un peu lourdingue les jeunes filles utilisent, dans les chansons, des stratagèmes qui sèment le doute chez le gêneur. On en a vu se vanter d'une origine sociale un peu douteuse ou d'un risque sanitaire (2) pour écarter l'importun. Plus simplement, celle ci joue sur la corde sensible en se mettant à faire la pleureuse.
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dimanche 19 avril 2020

336 - Saint Alexandre


Pour une fois nous serons en accord avec le calendrier. Voilà qui nous change un peu de nos mauvaises habitudes de vanter le charme de nos stations balnéaires au mois de janvier et d'entonner des chants de Noël en plein mois de juillet. La Saint Alexandre tombe le 22 avril, mais il n'y a pas de saison pour chanter cette prière très profane. Elle est associée aux mariages et le plus souvent réservée aux repas de noces; plutôt vers la fin. Elle semble surtout connue dans l'ouest de la France.
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Le calendrier ne manque pas de saint patrons. Chaque profession a le sien ou la sienne. Il est aussi des saints qui étendent leur protection à toute une catégorie sociale. Le marketing a même fait de Saint Valentin un bienfaiteur des fleuristes, et accessoirement des amoureux (ou l'inverse). Dans ce domaine, il a damé le pion à Sainte Agnès, dont la clientèle se limite aux fiancé(e)s, ou à Saint Amour. Les jeunes filles à marier restent très attachées à Sainte Catherine. Saint Nicolas, protecteur multi-cartes (1), compte dans son portefeuille les vieux garçons. Rien d'officiel, en revanche, pour les vieilles filles. Il reste, bien sur, la possibilité d'aller brûler des cierges ou piquer des épingles dans le pied de la statue de tel ou telle élu(e) à la renommée locale, dans l'obscurité rassurante d'une chapelle.
La chanson de Saint Alexandre aborde le sujet sous un tout autre aspect: celui de la moquerie. Pourquoi Saint Alexandre ? Officiellement celui ci n'a aucune profession sous sa coupe. Si l'on en croit certains, c'est peut être dans l'étymologie qu'il faudrait rechercher. Alexandre a une origine grecque basée sur Andros: homme et Alexein, avec un double sens: qui protège ou qui repousse. Alexandre qui repousse les hommes ? Est ce la raison de son invocation dans la chanson ?
Nous n'avons pas trouvé beaucoup de traces de celle ci dans les collectes. Elle est absente des recueils anciens, y compris ceux consacrés au folklore du mariage. Mais elle a été notée en 1968 par Louisette Radioyes à Saint Congard (2) sous une forme identique à celle que nous vous proposons. Elle a aussi été entendue à plusieurs reprises dans le pays d'Ancenis (voir texte joint) ainsi qu'à la limite nord du département de Vendée.
Dans la tradition, plusieurs chansons donnent la vedette aux “vieilles filles”, soit pour regretter d'avoir trop fait la difficile et refusé des propositions, soit pour railler le comportement de cougar en recherche de chair fraîche. Apparemment, cette supplique à Saint Alexandre aurait une origine plus récente. Mais ce que nous appelons “tradition orale” n'est pas un bloc monolithique. Elle est faite de composantes issues d'âges, de milieux, d'histoires, de sociétés...à la fois complémentaires et différentes. Que ces sources variées se retrouvent aujourd'hui amalgamées dans nos archives pourrait nous faire croire à l'existence d'une tradition uniforme que d'aucuns qualifient un peu vite de “bon vieux temps”. Il n'en est rien. C'est ce qui nous permet de passer d'une semaine à l'autre de complaintes très anciennes à des expressions beaucoup plus modernes. Rien n'est figé dans notre patrimoine immatériel et tout évolue dans le temps. C'est très bien comme ça et ce n'est pas fini !
Après la fête, adieu le saint. La semaine prochaine nous aborderons donc un tout autre sujet.

notes
1 – nous en avons déjà parlé avec la légende de St Nicolas (chanson n° 276 en décembre 2018) – Nicolas s'occupe aussi, entre autres, des bouchers, des marins, des voyageurs, des écoliers, des étudiants, des kinés ou des marchands de vin...!
2 – Traditions et chansons de haute-Bretagne, tome 2 – Louisette Radioyes (GCBPV 1997) – chanson 132, page 171

interprète: Jean Ruaud
source: version chantée par Félix Ruaud, de Guenrouet (44)
non reprise dans les catalogues

Refrain:
Saint Alexandre,
Priez pour nous
Nous n'pouvons plus attendre
Donnez nous des époux

1.
Ayez pitié de tant de vieilles filles,
Qui sous le fard cachent leur vieille peau
Elles ont été beaucoup trop difficiles
Et maintenant elles sont sur le carreau
2.
Depuis le temps qu'elles font la vaisselle
Elles voudraient bien embrasser un mari
Sécher des couches sur deux rangs de ficelle
Y-a pas de bébé pour y faire pipi

Seront-elles donc des tantes à héritage
Pour imiter ces dames aux chapeaux verts
Et puis toujours attendant le partage
Elles traîneront le chien-chien à sa mémère

Une autre version, chantée en janvier 2000 par Marie-Louise Fourrier, de Riaillé (Loire-Atlantique) à Elisabeth Carroget et Marie-Thérèse Renouard

Saint-Alexandre priez pour nous
Nous n’voulons plus attendre, donnez-nous des époux (bis)

Pitié, mon dieu, pour tant de vieilles filles
Qui sous leurs fronts, cachent de vieilles peaux
Elles ont sans doute été trop difficiles
Et les voilà restées sur le carreau

Qu’il s’appelle Jules, Oscar ou Honoré
Qu’il soit barbu, joufflu ou édenté
Qu’il soit ministre, maçon ou chiffonnier
Tel qu’il sera, je saurai bien l’aimer

Saint-Valentin, faites que demain, il vienne
Ce cher amour, se mettre à mes genoux
Saint-Valentin, faites que demain matin
Par le courrier, il me soit annoncé

Et que surtout, il ait des qualités nombreuses
Pour compenser tous mes défauts charmants
Et que surtout, il rende sa femme heureuse
Ça vaut bien ça d’puis le temps que je l’attends

Nous désirons (quand) même, un mari modèle
Berçant les p’tits, quand ils pleurent la nuit
Moulant l’café, essuyant la vaisselle
Cirant l’parquet, préparant la cuisine.

dimanche 12 avril 2020

335 - C'était un petit mercelot


Rapt, enlèvement ou départ volontaire ? On peut voir de plusieurs façons l'aventure de ce garçon qui profite de son activité pour emmener avec lui une fille du village, au grand dam du galant qui le somme de rendre la fille.
On retrouve cette chanson un peu partout dans le répertoire traditionnel. Elle fait systématiquement référence à la Normandie, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle y ait son origine. Avant que la bicyclette puis la voiture ne viennent changer les habitudes de consommation, le petit métier de marchand ambulant était présent partout.
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