samedi 7 mars 2020

330 - V’la le bon vent


Comment ?! Déjà 330 chansons répertoriées dans ce blog et pas une seule fois celle des trois canards ! LA chanson traditionnelle par excellence, la plus interprétée, la plus collectée ici et ailleurs et probablement la plus connue, sous tant de versions. Il était grand temps que nous vous en proposions une. Le titre laisserait supposer qu'il s'agit de la plus connue, celle qui a été popularisée via le chant scolaire et enregistrée par de nombreux interprètes. Sans doute, mais au moment où elle a été recueillie, ce n'était pas encore le cas.
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Il n'est pas question ici de faire une analyse de ce texte énigmatique. D'autres s'y sont essayés, sans trouver d'explications convaincantes. Quelle peut être l'origine de cette chanson ? De quand date-t-elle ? Comment a-t-elle été popularisée jusqu'à devenir cette rengaine universelle envahissant tous les répertoires de la tradition orale ?
Toujours est-il que cette histoire insignifiante, à première vue, est, de très loin, la plus présente dans les collectes que ce soient celles lointaines des premiers folkloristes ou, plus récentes, des chasseurs de sons parcourant les campagnes armés de leurs enregistreurs à cassette. Pour vous donner une idée de sa fréquence, sachez qu'en préparant notre premier CD de la collection “en Loire-Atlantique”, consacré à la pratique du chant à la marche (1), nous avions répertorié pas moins de 25 versions différentes sur notre territoire. Oui, 25 airs et refrains différents pour des marches de noces, de conscrits ou tout simplement pour accompagner les déplacements quotidiens. Sans parler des chansons à danser et autres mélodies; un corpus qui s'est encore enrichi depuis au fur et à mesure des fonds déposés. C'est par centaines qu'il faut compter les variantes de ces canards dans tout le répertoire francophone. Pour vous en convaincre, faites une recherche dans la base dastumedia...et prévoyez un peu de temps si vous voulez tout écouter.
Bref, il était temps que nous vous la proposions, et pourquoi pas une des premières fois où elle a été recueillie par un de ces érudits qui ont consacré tant de labeur à sauvegarder, au 19è siècle, un patrimoine qu'ils jugeaient en voie d'extinction ! De plus, c'est une des toutes premières chansons notée par Abel Soreau, à Saint-Viaud, soit tout près de son lieu de naissance.
Chanson à tout faire: de danse, de marche, de travail...les trois canards ont été mis à toutes les sauces. Le présent refrain sous entend une chanson de conscrits; peut-être de celles entonnées pas les jeunes se rendant ou revenant du conseil de révision, qui se déroulait le plus souvent au chef lieu de canton et impliquait donc un déplacement. Ce tambour qui bat est moins souvent associé au bon vent, qui souffle plus fréquemment dans le sens du retour vers la bien aimée.
Ma mie m'appelle / ma mie m'attend
N'attendez pas plus de nous, justement, dans le commentaire de ce texte avec lequel ont peut tout imaginer. Au premier degré ce pourrait être une dénonciation de l'abus du droit de chasse des puissants qui fut un des déclencheurs de la révolution. Au second degré, on y trouvera certainement un symbole d'abus sexuel de la part du fils du roi; ces gens là se croient tout permis. Au troisième degré...et plus si affinités avec la psychanalyse, tout est encore possible. Les interprétations ne manquent pas pour cette aventure au déroulement quasi immuable, si ce n'est des façons différentes d'utiliser l'or et l'argent selon les derniers couplets. Par exemple, dans cette version le fils du roi offre un bijou en dédommagement.
Le canard blanc peut se prêter à toutes les interprétations (dans tous les sens du terme). Il conviendra aussi bien à ceux qui cherchent le sens profond des paroles qu'à ceux qui n'ont besoin que de couplets pour accompagner la marche ou la danse. Il sera entonné aussi bien par les enfants de l'école primaire que par leurs grands parents. Aussi bien par les chasseurs que par les défenseurs des animaux. C'est un sujet inépuisable et d'ailleurs nous ne nous priverons pas d'y puiser encore notre inspiration. Si ce canard vous a laissé sur votre faim, il reviendra bientôt au menu.

Note
1 – toujours disponible; il suffit de demander (voir rubrique nos éditions)

interprète: Janig Juteau, réponses: Barberine Blaise
source: Vieilles chansons du pays nantais, recueillies et transcrites par Abel Soreau – 4ème fascicule (1904) , chanson n° 40 – chantée à Saint Viaud (44) par Pierre Loirat, le 8 mai 1864.
catalogue P. Coirault: Le canard blanc (lyriques - 00102)
catalogue C. Laforte: Trois beaux canards (I, B-7)

Refrain:
V'là l'bon vent, v'là l'joli vent!
V'là l'bon vent, le tambour m'appelle;
V'là l'bon vent, v'là l'joli vent!
Pour partir au régiment!

Derrière chez nous y'a-t-un étang (bis)
Il est plus profond qu'il n'est grand

Trois beaux canards s'y vont baignant;
N'y en a deux noirs, n'y en a un blanc

Le fils du roy, par là chassant,
Avait son beau fusil d'argent

Visa le noir, tua le blanc;
Le fils du roy est bien méchant!

Il a tué mon canard blanc,
Qui nageait là, dessus l'étang

Par les oreilles il sort du sang,
Et par les yeux des diamants.

Toutes les plumes s'envolent au vent;
Les gens s'en vont les ramassant.

J'n'ai plus meshui mon canard blanc
J'n'ai plus que les deux noirs à présent

Le fils du roy lui dit en riant:
Ne pleurez pas ma belle enfant.

En place de votre beau canard blanc
Recevez ce collier d'argent !

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