dimanche 12 juillet 2020

347 - Mariez-me donc


Avec un titre pareil on pourrait croire à une nouvelle supplique d'une jeune fille pressée de se marier. Pourtant, dès le troisième couplet, il parait évident que la belle va se passer de l'autorisation des parents pour s'offrir un avant goût de nuit de noces. Hélas ses espoirs seront déçus par la faute d'un galant qui tombe de sommeil. D'après certains informateurs, cette chanson moqueuse aurait eu un certain succès dans les repas de noces, à un moment ou la morale officielle s'estompe dans les plaisirs de la fête et les vapeurs de l'alcool !
Pour écouter la chanson et lire la suite :



Pratiquement toutes les collectes de cette chanson présentent des constantes. Ce sont d'abord des mélodies très proches, issues d'un timbre ancien, ainsi que des refrains qui utilisent les tideli lala ou traderi ou lideri...C'est surtout un dernier couplet auquel on ne peut échapper, comparant la jeune fille amoureuse à la caille qu'il faut plumer. Intéressante métaphore cynégétique qui n'est pas particulière à cette seule chanson, mais est ici incontournable.
En dehors de ces caractéristiques, ce qui est remarquable dans la version que nous vous présentons ce n'est pas tant ce qui est chanté que ce qui est omis. Expliquons nous.
Que manque-t-il donc dans notre chanson ? Ne se serait-il rien passé entre le coucher du galant et son réveil ? Certes, au grand regret de la jeune fille il ne s'est rien passé d'intéressant. Mais est ce parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut éviter de le chanter ? Il manque au moins deux couplets pour avoir un compte-rendu complet et éviter ainsi de laisser trop de part à l'imagination. D'autres versions de la chanson (1) nous aident à combler ce vide. On pourrait résumer pudiquement l'(in)action ainsi :
La nuit passit et le jour vint
Sans qu'il lui parle rien
D'autres sont plus explicites :
Quand ce fut devers minuit, la belle s'y réveilla,
Elle passa la main dessus, l'amant n'y a rien su !
Quand ce n'est pas encore plus brutal de la part du garçon :
Belle laissez moi dormir !
Evidemment, au lendemain matin, le petit déjeuner se transforme en soupe à la grimace. Les reproches fusent et les promesses du garçon n'y font rien. Le vocabulaire utilisé est intéressant. Là où le plus souvent la fille se contente d'un :
Tu n'a pas eu / tu n'auras pas mes amours
C'est d'une autre façon qu'est décrite la nuit passée :
Tu n’as pas eu le pouvoir
Ce qui met carrément en doute la virilité du garçon. Dans d'autres interprétations de cette histoire, le galant exprime ainsi ses regrets :
Si j'ai pas bien fait mon devoir je reviendrai ce soir
La notion de devoir, qui n'a encore rien de conjugal, est habituellement traduite par la formule :
Quand tu tenais la fille au lit fallait la divertir
Dans le genre occasion manquée il est évidemment difficile de faire mieux (ou pire).

La chanson a été collectée par Fernand Guériff en dehors de son secteur habituel (2). Elle a été publiée en 1984, avec d'autres, dans les cahiers de l'académie de Bretagne, regroupant des textes d'auteurs différents sous le titre « Nantes et le Pays de la Mée ». La contribution de Gueriff y est intitulée « cueillette musicale au pays de la Mée ». Un titre qu'il faut sans doute relativiser. Tout d'abord parce que la « cueillette » d'une douzaine de chansons a plutôt été réalisée sur les bords de la Loire, en pays Nantais où il était réfugié pendant la guerre (1943), comme beaucoup de Nazairiens. Ensuite, parce que cette chanson a été apprise de Mlle Jacobert, habitante de Puceul, mais probablement d'origine nazairienne. En effet, Mme Jacobert, de Prézégat en Saint-Nazaire était la grand mère de Gaston Le Floch, autre collecteur dont Gueriff a publié les chansons.

notes :
1 – qui nous viennent de Loire-Atlantique, mais aussi du pays de Loudéac et de la Mayenne
2 - les collectes de Fernand Gueriff ont été publiées en 5 tomes sous le titre « le trésor des chansons populaires folkloriques du pays de Guérande ». Cinq volumes disponibles à Dastum 44 (voir rubrique nos éditions)

Interprètes : Liliane Berthe, avec Armelle Petit et Christine Dufourmantelle
Source :« Cueillette Musicale au Pays de la Mée – Fernand Guériff » Mlle Jacobert à Puceul – publiée dans Nantes et le Pays de la Mée – cahier 1984 de l'Académie de Bretagne.
catalogue P. Coirault : Le galant endormi ou je reviendrai demain soir (1910 – occasions manquées)
catalogue C. Laforte : II, C-16 – le galant endormi

Mariez-me donc

Papa, maman, mariez-me donc, Tideli Tidela Tidelalala
Papa, maman mariez-me donc
Voici la raison pourquoi :

Vous l’avez fait à quatorze ans
Vous l’avez fait à quatorze ans
Je voudrais bien en faire autant,

« Mon bel amant ,venez donc m’y voir
Mon bel amant, venez donc m’y voir
Quand papa ne sera pas là »

Mon bel amant n’y a pas manqué
Mon bel amant n’y a pas manqué
Un beau soir après souper.

Mon bel amant, déshabillez-vous,
Mon bel amant déshabillez-vous,
Et dans mon lit, couchez-vous.

Mon bel amant s’est déshabillé
Mon bel amant s’est déshabillé
Et dans mon lit s’est couché.

Mans quand ce fut le point du jour,
Mais quand ce fut le point du jour,
Mon amant me dit bonjour.

Je me moque bien de tes bonjours
Je me moque bien de tes bonjours
Tu n’as pas eu le pouvoir

Et quand la caille était au blé
Et quand la caille était au blé
Fallait savoir la plumer.

Et quand la fille était couchée
Det quand la fille était couchée
Fallait savoir l’embrasser.


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