dimanche 5 avril 2020

334 - Jean, Jean, Jean


Il est encore un peu tôt pour fêter la Saint Jean (1). Pourtant on sent bien que ça va être sa fête à ce mari pas assez sentimental ! Si certains craignent de se faire appeler Léon ou Arthur – simples réprimandes – on peut imaginer que cela vaut sans doute mieux que le Jean de l'histoire.
Entendre chanter le coucou est un vrai bonheur si c'est parce qu'il annonce le retour du printemps. En revanche se faire affubler de ce nom d'oiseau n'aura rien d'agréable pour le pauvre “Jean”.
Pour écouter la chanson et lire la suite


Cette chanson n'est pas très répandue. Sur les rares versions répertoriées, deux l'ont été en Loire-Atlantique: celle ci à Pontchateau et une autre, peu différente, à Bouguenais. Les deux ont été notées au 19è siècle respectivement par Charles Loyer et Armand Guéraud. Depuis, plus de traces de cette chanson dans les collectes.
Pourquoi Jean ? Dans la chanson ou les contes il y a un personnage sujet de moqueries, connu sous le nom de “Jean le sot” (ou Jean des sots) qui fait tout de travers ou se prend pour plus fin qu'il ne l'est réellement. On connait aussi l'expression : être Gros Jean comme devant, pour signifier qu'on a vu s'envoler ses espérances et qu'on n'est pas plus avancé. Tous ces Jean sont des synonymes de lourdaud ou de péquenot. Aurions nous dans ce texte une critique des mariages arrangés pour des raisons d'argent ? Cela n'est pas précisé; on sait juste que le bonhomme “n'a pas de sentiment”.
Dans l'autre version, due à Guéraud, la jeune femme reproche à ses parents de l'avoir mariée à “un vieillard des champs”. Elle en veut autant à ceux-ci
Que je n'estime déjà point tant
qu'à son insensible mari.
A u bout de la troisième nuit ses propos sont encore au futur, même si elle ne se fait guère d'illusion sur une possible amélioration. Dans une autre région (2) on chante
La quatrième et la cinquième
Seront encore de même
Comme pour beaucoup de chants de la presqu’île guérandaise, le rythme est adapté à la danse (3). Dans le même secteur on trouve aussi une chanson de maumariée avec un “vieillard” qui se fait justice des mauvais traitements endurés en glissant dans son lit une grosse pierre pointue. D'autres chansons nous détaillent les différentes façons de se venger d'un mari trop brutal ou pas assez chaleureux. Certaines se réjouissent des malheurs du mauvais compagnon, parfois jusqu'à la dernière extrémité. Le plus souvent on s'y moque de la paire de cornes qu'il va porter.
L'autre symbole de la révolte féminine ne sera donc pas emprunté aux bêtes à cornes, mais au mœurs singulières de cet oiseau squatter de nids, le coucou.
En conclusion on vous conseillerait bien de parcourir la campagne avec un sou dans la main qui vous porterait bonheur à son premier chant. Mais, en ce moment, ce serait trop risquer la contamination. Restez donc plutôt à la maison à écouter des chansons.

notes
1 – si on parle juste du plus connu: Saint Jean le baptiste. Il en existe une bonne douzaine d'autres tout au long du calendrier: Jean l'évangéliste, Jean Bosco, Jean de Capistran, etc
2 – Littérature orale de la Basse-Normandie, Jean Fleury (Maisonneuve et cie, Paris 1883) page 252
3 – bal paludier

Interprètes: Roland Guillou et Yannick Elain
source: le trésor des chansons folkloriques recueillies au pays de Guérande, Fernand Guériff, tome 1, page 108 - collecte de Charles-Marie Loyer à Pontchateau au 19è siècle.
catalogue P. Coirault: le viellard qui fait coucher sa femme sur un banc (5722 - maumariées aux vieillards)

Mon père et ma mère
Moi qui n'ai pas dix huit ans
Vous m'avez donné un homme
Qui n'a point de sentiment

Il aura nom Jean, ma mère
Il aura nom Jean, Jean, Jean.

La première nuit de mes noces
M'a fait coucher sur un banc

La première et la seconde
La troisième pareillement

Ma foi si ça lui rarrive
J'lui jouerai un tour plaisant

Je lui f'rai porter le nom
De ces oiseaux de printemps

Qui s'en vont de branche en branche
Disent “coucou” bien joliment.

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