jeudi 27 août 2020

352 Ne vous y fiez pas


Parmi toutes les chansons qui mettent en garde les jeunes filles sur l'attitude des hommes celle ci n'est pas la plus courante. Et pas la moins intéressante non plus. Recueillie dans le Pays de Retz au milieu du 19è siècle, elle a pratiquement disparu des écrans radar depuis. On ne la retrouve plus dans les collectes plus récentes. Est-ce parce que le sujet qu'elle aborde n'est plus (ou moins) d'actualité ? Est ce parce qu'à cette époque elle n'était pas suffisamment répandue pour que la tradition orale la conserve ?
pour écouter la chanson et lire la suite :



Dans toutes ces chansons qui se moquent de l'attitude des hommes envers les jeunes filles les arguments tournent fréquemment autour de l'inconstance ou de la versatilité. Le plus souvent elles mettent en garde contre les belles promesses bien vite oubliées une fois passés devant le maire et le curé. Ce qui fait donc la particularité de celle ci c'est qu'elle aborde les relations entre les jeunes gens sous un aspect qui nous rappelle bien des vaudevilles ou des romans de l'époque. L'amour passé au crible de la respectabilité bourgeoise nous a donné toute une littérature où les mariages arrangés et les convenances sociales sont bousculés par la réalité. La peur de faire une mésalliance en se mariant avec quelqu'un d'une classe inférieure est ici dénoncée : méfiez vous jeunes filles des hommes qui vous laisseront tomber pour une plus riche.
La chanson a été aussi publiée dans les « Chants populaires du comté nantais et du bas Poitou » recueillis entre 1856 et 1861 par Armand Guéraud (1). Elle fait partie de la collection d'une trentaine de chants envoyés à Guéraud par un de ses informateurs de Pornic, M. Bellanger. Dans un courrier qui accompagne son envoi celui ci précise que sa collecte auprès des dames de Pornic présente des imperfections : « comme elles écrivaient ou dictaient de mémoire et que pas une d'elles ne connait les règles de la versification... ». Pour rendre présentable cette collecte il s'est adressé « ...au ménestrier de Pornic, jeune homme qui connait le mieux nos chants populaires et qui est capable de les noter ». Bellanger ne donne pas le nom de ce ménestrier. On peut imaginer qu'il s'agit de ce M. Poiraud dont les notes nous sont parvenues grâce au travail de recopiage effectué dans les années 40 par un autre pornicais, Michel Gauthier, petit-fils de M. Poiraud. En effet, les deux collections de chansons se recoupent en partie.
Comme nous l'avons dit, les exemples de cette chanson sont plutot rares. Sous cette forme elle n'est repérée que dans l'est de la France ou en Wallonie. Dans le recueil d'airs de cramignons liégeois publié en 1889 par Léonard Terry et Léopold Chaumont (2) on en trouve deux versions. Dans l'une l'avertissement débute par :
Aux discours des jeun's hommes ne vous y fiez pas
Un jour vous feront l'amour, l'autre jour vous laisseront là
Dans l'autre les galants sont plus précisément identifiés :
Aux étudiants mesdames ne vous y fiez pas
avec pour refrain :
Ah il croit que je l'aime
Moi qui ne le connait pas
qui nous rappelle celui d'une autre chanson où cette fois c'est une amoureuse trompée qui proclame
Ah il croit que je l'aime
Mais je me moque de lui
En fait, les arguments sur le sujet des garçons trompeurs dont il convient de se méfier sont transposables d'une chanson à l'autre. Ce qui fait l'originalité de celle ci c'est donc bien l'aspect « financier » de l'intérêt du galant.
Depuis les recueils du 19è siècle les mœurs ont changé et la chanson n'a plus guère été entendue. Pour autant les conseils sont-ils toujours valables ? Les mariages d'argent ou d'intérêt ont-ils totalement disparu du paysage ?
On vous laisse réfléchir sur le sujet en vous souhaitant de bonnes vacances ou une bonne rentrée selon vos préoccupations du moment. On se retrouve bientôt.

notes
1 - édition critique de Joseph le Floc'h, deux tomes édités en 1995 par la FAMDT.
2 – le texte de ce recueil est disponible en version Pdf (archive.org)

interprètes :Christine Dufourmantelle, avec Armelle Petit et Liliane Berthe
source : Quatre vingt chansons du Pays de Retz, cahier du violoneux Poiraud, (fin 19è siècle) compilé par Michel Gautier
catalogue P. Coirault : Les discours des jeunes hommes (2415 – Moqueries)


Dans ces messieurs mesdames
Ne vous y fiez pas
Ne vous y fiez pas
Car ils font des maitresses
Par ici et par là

Car ils font des maitresses
Par ici et par là
par ici et par là
Ils vous mènent au bal
Le chapeau sous le bras

En entrant à la danse
regardent ça et là

S'il y a une demoiselle
Monsieur l'accostera

A la sortie du bal
Monsieur la conduira

En sortant d'avec elle
Monsieur s'informera

Si la d'moiselle est riche
Ou si elle ne l'est pas

Si la d'moiselle set riche
Monsieur retournera

Si la d'moiselle est pauvre
Monsieur la plant'ra là

Croyez moi mesd'moiselles
Ne les écoutez pas

Car ce sont tous, mesdames
Des faiseurs d'embarras


Aucun commentaire:

Publier un commentaire