mercredi 11 novembre 2020

360 - La tuerie du Landreau

 Vous connaissez notre goût pour les complaintes criminelles. Un goût partagé par nombre d'entre vous. Alors nous vous en proposons à nouveau une, et non des moindres. Mis à part la complainte de Jules Grand, que nous avons eu le plaisir de vous détailler l'été dernier, peu d'événements ont donné lieu à la publication d'autant de complaintes. Certes, les affaires Dupont de Ligonnès ou Troadec ont fait couler beaucoup d'encre. Mais de nos jours ce sont les média qui s'emparent de ces faits divers avec plus ou moins de bonheur. Le temps des complaintes criminelles est révolu.

Pour écouter la chanson et lire la suite :

S'il faut résumer en quelques mots cette tragique affaire, il est bien difficile de le faire d'une manière tout à fait objective. Plus d'un siècle après, le souvenir de cette tuerie est encore présent dans la commune et dans certaines familles. Pourtant quelques explications sont nécessaires car la chanson aborde le sujet sous un aspect commun à toutes ces complaintes : crime et châtiment. Pour vendre des feuilles volantes, les auteurs n'ont jamais hésité à forcer sur le morbide et à flatter l'indignation du public.

Le jeune adolescent de quinze ans, nommé dans la chanson, travaillait pour une famille de viticulteurs au village du Bas-Briacé, sur la commune du Landreau, en Loire-Atlantique (1). Probablement vexé de se faire rabrouer à l'issue d'une longue journée de travail, il lui prend un coup de folie qui l'amène a tuer son patron à coup de serpe. Voulant sans doute supprimer tous les témoins du drame, il exécute successivement toute la famille et une autre domestique. Trois enfants sont massacrés, seul le petit dernier de quatre ans, qui dormait à l'écart, échappe à la tuerie. L'assassin est retrouvé le lendemain dans un pavillon abandonné proche du domicile de ses parents, à 500 mètres du lieu du crime.

Cette affaire a donc bouleversé toute la région. La jeunesse du criminel, l'aspect familial du crime, le sort réservé aux enfants...ont provoqué une émotion considérable. Plusieurs chansons ont été composées, utilisant les timbres habituels. Trois d'entre-elles sur celui de la Paimpolaise, avec pour titres : « Le plus horrible crime qu'on ait jamais vu », « Chant dramatique sur le carnage de Bas-Briacé (Loire-Inférieure) », « Le plus affreux des crimes, assassinat de 7 personnes par un bandit de 15 ans, complainte d'actualité ». Une « Complainte en souvenir des victimes », égraine 18 couplets sur l'air de Fualdès, et encore trois autres paraissent sur des airs à la mode. Pour comparer toutes ces complaintes reportez vous au site Criminocorpus, que nous avons déjà eu l'occasion de recommander. Il recense toutes les complaintes criminelles. C'est une source incontournable aussi bien pour les amateurs de chansons que pour les personnes s'intéressant aux affaires judiciaires. 

Toutes ces chansons, composées avant le jugement, prennent le parti de la plus grande sévérité à l'égard du criminel. Pourtant, eu égard à son jeune âge, celui ci échappe à la peine de mort pour une condamnation à vingt ans de colonie pénitentiaire, où il meurt quelques années plus tard.

Cette chanson a été enregistrée sur notre CD « Nantes en chansons » publié en 1998 (2). Elle y était chantée par Rachel Peigné, accompagnée par Pétrica Radu à l'accordéon.


Notes

1 – qui à l'époque se contentait d'être Loire-Inférieure

2 - ce disque n'est plus disponible à la vente. Consultable à Dastum 44 ou à la médiathèque de Nantes (entre autres)


interprète : Christine Dufourmantelle, accompagnée par Jean-Louis Auneau (concertina)

source : Composition de Francis Izenic, sur l'air de : Non tu ne sauras jamais (mus. Joseph Rico) - chanson éditée sur feuille volante, à Paris le 14 novembre 1913 – conservée à la BnF.

Le portrait illustrant cette chanson est tiré d'une des complaintes sur le sujet. Source : Gallica



C’est dans un hameau,

À 20 km de Nantes

Placé tout près du Landreau

Où régnait hélas l'épouvante

À Bas‐Briacé

Un enfant gamin misérable

A d'une façon effroyable

Tué, assassiné



Son infortuné patron

Est sa première victime

Alors se perd notre raison

À vouloir expliquer son crime

ivre désormais de sang

Dont la vue maint'nant l'excite

À présent il se précipite

Même sur des tout petits enfants



Son arme levée

Sur la malheureuse servante

Est à présent retombée

Un nouveau crime le hante

Il voit le regard

De sa maîtresse terrifiée

À son tour elle est égorgée

Mais lui les yeux hagards



Sur la pauvre grand'maman

Il continue le carnage

Va‐t‐il épargner les enfants

Dont il aperçoit l'doux visage

Elles dorment les petites sœurs

Rêvant à des anges comme elles

Une plainte un cri de gazelle

Que d'horreurs est dans notre cœur



Marcel Redureau

Tel est le nom du misérable

Mériterait l’échafaud

S’il est vraiment responsable

Assez d'assassins

Au non plus de ces tristes tombes

Assez d'horribles hécatombes

Faites par ces gamins



Il faut sévir à présent

Contre l'enfance criminelle

Car nous voyons bien trop souvent

Ces enfants à l'âme si cruelle

Qui pour oui pour un non

Tue sans pitié sans conscience

Armons‐nous pour notre défense

D’une nouvelle loi sans pardon

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