Pour fêter la 500ème publication de ce blog il fallait une chanson incontournable. En observant les statistiques de consultation, une évidence est apparue. Parmi tous les thèmes, toutes les catégories, les origines...une chanson a retenu votre attention plus que les autres ; et de loin ! Ni chanson d'amour, ni chef d'oeuvre poétique, mais plus populaire que toutes les autres : il s'agit de la chanson des pommes de terre. Cela tombe bien, puisque la découverte au hasard des pages d'un cahier de chants nous permet de vous en proposer une toute nouvelle version.
pour écouter la chanson et lire la suite :
Ce blog, vitrine de l'association Dastum 44, a vu le jour en avril 2013. Dès le départ, son objectif était d'alimenter régulièrement (1) une base de répertoire complétant l'existant. Ainsi, Dastum 44 contribue à la base de données Dastumedia, sur laquelle vous avez accès à l'ensemble des collectes répertoriées et numérisées. Mais, pour celles et ceux d'entre vous qui ne maitrisent pas le solfège, nous avons entrepris de réinterpréter des chansons présentes dans les ouvrages auxquels nous avons participé. Fernand Guériff, Abel Soreau...les petits trésors publiés dans les recueils de ces auteurs et d'autres, retrouvent ainsi une facilité d'interprétation. Plus largement, nous utilisons les sources écrites ou orales qui ont été déposées pour notre secteur, correspondant plus ou moins aux limites administratives de la Loire-Atlantique.
Cette 500ème publication ferait presque exception à ce qu'on vient de dire. Elle a été retrouvée sur un carnet de chansons au hasard d'une brocante. Sans indication du nom ni de l'origine de son ex-propriétaire, il nous est difficile d'en savoir plus. Ce carnet de chants, polycopié, appartenait vraisemblablement à un militaire. Un grand nombre de ces cahiers ont été commencés par des bidasses qui trompaient ainsi l'ennui des casernes en recopiant leur chansons préférées ou les thèmes à la mode.
Il ne vous aura pas échappé que la chanson si répandue des pommes de terre, est ici adaptée à la vie quotidienne des trouffions. Corvée de pluches, sonneries appelant à la bouffe et monotonie de l'alimentation y sont bien documentées.
Le cinquième couplet permet d'ajouter une réflexion qui échappe au cadre strictement militaire et pourrait tout aussi bien figurer dans une autre version, plus civile, de la chanson. Elle a d'ailleurs été illustrée involontairement par la grande famine qui a touché l'Irlande en 1845. Le mildiou détruisant les récoltes a entrainé une pénurie qui a signifié la fin de la terre pour un million d'irlandais : la mort ou l'exil.
L'origine exacte de la chanson des pommes de terre est impossible à déterminer. Son auteur est resté anonyme et elle s'est implantée dans tous les milieux. La version originelle date probablement de la première moitié du 19ème siècle. Elle reprend le timbre « vous m'entendez bien », maintes fois utilisé par le passé, au moins depuis la première moitié du 18è siècle. La facilité avec laquelle on peut ajouter des couplets ou créer une chanson nouvelle a certainement favorisé sa diffusion. Le nombre de versions et de couplets existants en font une vraie chanson folklorique, même si tout le monde n'est pas d'accord à ce sujet. Ainsi, elle n'est pas reprise dans le catalogue établi par Patrice Coirault.
L'utilisation de la pomme de terre dans les cuisines de collectivités a également trouvé un écho dans les pensionnats et les colonies de vacances, comme le rappelle une autre version :
En arrivant dans une pension
On
me dit mon charmant garçon
Vous v'nez comme pensionnaire, eh
bien
Bourrez vous d'pommes de terre
Et vous m'entendez bien
Enfin, nous avons fait suivre cette version militaire d'un couplet qui nous a été suggéré par les nombreux commentaires associés à notre première publication. Il rend hommage à ce cher Parmentier qui a tant fait pour la promotion des patates. Celles-ci étaient déjà cultivées en Europe depuis plus de deux siècles mais n'avaient pas encore conquis leurs lettres de noblesse. Par exemple, dès le début du 18è siècle, Julien Chateau (2) qui vivait en ermite du coté de Campbon (44), fit une tentative pour développer leur culture ; sans succès.
Ce couplet ajouté est mené par Janig Juteau a qui nous devons la première version présente dans ce blog (3) ainsi que l'interprétation présente sur notre CD « Chants des plaisirs de la table en Loire-Atlantique » (4).
Avec ces deux chansons nous sommes loin d'avoir fait le tour de la question. En plus des couplets que vous nous avez suggérés, d'autres trouvailles viennent régulièrement alimenter le répertoire. Une de nos préférées :
Les amoureux, au coin du feu (bis)
Qui se regardent dans l'blanc des
yeux (bis)
Au lieu de faire leurs affaires, et
bien
Se bourrent de pommes de terre
Et vous m'entendez bien
Une cinq centième c'est un cap. Celui-ci franchi, nous continuerons à alimenter ce blog de nourritures spirituelles ; et en gardant la frite !
J-L A.
notes
1 – une régularité qui fut d'abord hebdomadaire, puis irrégulomadaire - notamment en raison de soucis d'ordre technique – avant de trouver son rythme actuel d'une publication toutes les deux semaines.
2 – pour en savoir plus sur Julien Chateau (1697-1744) un petit détour sur le site de la commune de Quilly
3 - Chanson n° 72 en septembre 2014 – chantée par Anne-Marie Coueron, collectée par Janig Juteau à Campbon. Décidément, un secteur où on aime les pommes de terre !
4 - Chants des plaisirs de la table en Loire-Atlantique – Dastum 44 (2015) – Il nous en reste encore en stock ; vous reprendrez bien encore un peu de pommes de terre ! (voir page « nos éditions »).
source : cahier « chansons de route » Service 59è ligne – E. Renan – Issy les Moulineaux
Catalogue C. Laforte : Vous m'entendez-bien - Les pommes de terre - VI, N-11
Catalogue P. Coirault : non référencée
Parait qu'au temps de Napoléon
Les soldats ne mangeaient que du jambon
La république notre mère, et bien
Nous bourre de pommes de terre
Et vous m'entendez bien
Bidoche patates à tous les repas
Le dimanche pour varier les plats
Des frites dures comme la pierre ou bien
Du rata de pommes de terre
Et vous m'entendez bien
Dès qu'on a fini de bouloter
Avant qu'on ait eu le temps de souffler
L'caporal d'ordinaire, et bien
Nous sonne aux pommes de terre
Et vous m'entendez bien
On s'rassemble autour du baquet
Préparant le futur banquet
Dans l'espoir de faire bonne chère
On pèle des pommes de terre
Et vous m'entendez bien
La peste, la famine et la guerre
Mèneront dit-on la fin de la terre
Pour moi la fin de la terre
C'est le manque de pommes de terre
Et vous m'entendez bien
…
couplet « bonus », pour la 500ème :
Et si Parmentier revenait
Il nous faudrait le décorer
Mettre à sa boutonnière, eh bien
Une fleur de pomme de terre
et vous m'entendez bien
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