Dans bien des chansons traditionnelles le choix du mari est imposé par les parents. D'où la plainte fréquente de la jeune mariée qui se voit affublée d'un « vieillard » alors qu'un jeune avait sa préférence. Cependant, le choix d'un conjoint beaucoup plus âgé peut s'avérer le résultat d'un calcul basé autant sur la fortune du prétendant que sur l'espérance d'un veuvage précoce. C'est le choix effectué par la jeune fille de cette chanson. Pas très moral tout ça nous direz-vous. Attendez seulement les derniers couplets pour découvrir que ça peut être encore pire.
Pour écouter la chanson et lire la suite :
Afin de ne pas être accusés de sexisme, il nous faut rappeler que cette attitude n'est pas le seul fait des femmes. D'autres thèmes de chansons nous présentent de jeunes hommes épousant de riches vieilles dans l'espoir que « le lundi sera la noce, le mardi l'enterrement ».
Ce choix est le plus souvent imposé. Voyez par exemple le résultat dramatique de la chanson n°396 (décembre 2021) où la fille ne s'en sort que de justesse après être tombée en léthargie. Plus fréquemment, celle qui a du accepter son sort s'en tire en prenant son plaisir ailleurs. C'est même parfois sa mère qui lui conseille de faire son mari cocu tout en profitant de sa richesse. L'originalité de cette chanson tient donc au fait que c'est un choix délibéré et un calcul intéressé. Elle est connue partout et tout particulièrement en Haute-Bretagne et en Normandie. Nous avons retrouvé plusieurs versions en Loire-Atlantique, dans le recueils anciens comme dans les collectes plus récentes, et ce dans tous les coins du territoire. Ceci explique sans doute la grande variété de refrains associés à une histoire qui, elle, varie peu. Une majorité de ces refrains sont bâtis sur le même principe ; à savoir des « tra lala la lère » ou « tra déri déra » dont l'accent moqueur soutient parfaitement l'attitude désinvolte de la jeune mariée. Nous avons listé un florilège des autres refrains tant leur diversité est surprenante (voir plus bas)
Une des chansons déjà publiées dans ce blog reprend ce même thème (1). Elle s'intitule Margoton (chanson n° 111, de juin 2015). La Margoton en question se réfère à ce fameux édit d'écorcher les vieux maris qui lui permettrait de s'en débarrasser :
J’mèn’rai sa peau à la tann’rie
Pour me faire une descente de lit
Notre version n'est pas aussi précise. Il est juste question d'aller vendre la peau à Paris. Malgré la modestie de la somme demandée (un denier!) il lui reste sur les bras. La plupart du temps la peau du vieux mari est utilisée pour confectionner des « souliers gris ». Une chanson recueillie en Lorraine (2) en précise même l'usage :
Je ne les mettrai que l'samedi
Pour balayer les rues de Paris
Quoi qu'il en soit, l'idée principale c'est bien de récupérer de l'argent et plus encore sa liberté pour refaire sa vie avec un plus jeune, que ce soit le fils du vieux ou un autre ami « jeune et joli ».
Comme promis voici donc, d'ici et d'ailleurs, des refrains pour tous les goûts :
- Onze et douze et treize / quatorze et deux font seize
- Que l'on est malheureux quand on aime
- Zest, zest, zest oui, je n'ai point d'amourette, encore moins de souci
- Non je n'irai plus seulette au bois
- Quand je ne puis courir je vole
- Nous sommes bientôt à Mardi gras lantirela
Le plus surprenant :
- Bretons, Bretagne, garçons d'Allemagne, font des amants, garçons allemands
a été noté noté à Saffré (44). Bien entendu, cette liste ne prétend pas être complète. Elle fait écho au refrain d'une autre chanson ou le choix entre jeune et vieux fait débat :
Sans mentir j'aimerais mieux
Un jeune fou qu'un vieux sage
Sans mentir j'aimerais mieux
Un jeune mari qu'un vieux
Mais c'est une autre histoire.
notes
1 - l'original de Margoton se trouve sur le double CD « anthologie du patrimoine oral de Loire-Atlantique » que nous avons publié en 2012
2 – chants populaires recueillis dans le pays Messin – Puymaigre – 1881
interprète : Liliane Berthe
source : 80 chansons du Pays de Retz, recueil du violoneux Poiraud, retranscrit par Michel Gautier (1942)
Catalogue P. Coirault : L'édit d'écorcher les vieux maris (5724 – maumariées aux vieillards)
Catalogue C. Laforte :1, D-18 – le viieux mari
Quand j'étais jeune j'étais jolie (bis)
J'avais des amants à foison
Tra la la la la
La la la
Tra la la la la
La lère
J'avais des amants à choisir
J'avais le père, j'avais le fils
J'avais le père, j'avais le fils
Et devinez lequel j'ai pris
J'ai pris le père laissé le fils
Pour un peu d'argent que j'lui vis
Ce peu d'argent fut bientôt mis
Alors quoi faire du vieux mari
De sa peau tirer bon parti
Je m'en fus le vendre à Paris
A deux liards la peau du chéti
On n'en voulut pour aucun prix
Pour un denier il me restit
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