Mme l'Alouette est une star de la chanson traditionnelle. Elle le sait et elle aime le faire savoir. Experte dans le domaine de la communication, elle monopolise l'attention dans les trois premiers couplets de cette chanson où son rôle n'est, en définitive, qu'assez mineur. Ce ne sont pas ses exploits qui constituent la trame d'un débat où revient, encore une fois, la difficulté d'unir des jeunes gens de conditions différentes. Le mariage d'intérêt prend encore le pas sur le mariage d'amour.
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Notre chère Alouette a une réputation bien établie dans les chansons d'amour. Celle ci n'est pas toujours très flatteuse. Son aisance dans les airs et son babillage incessant sont des qualités reconnues. Mais elle suscite aussi une certaine méfiance. On lui reproche souvent de parler trop, et parfois même en latin. On se demande souvent si on peut lui faire confiance. Elle aurait une tendance à égarer les messages qu'on lui confie, voire à les divulguer trop facilement. Enfin les amoureux redoutent ses envolées matinales qui auraient pour effet d'écourter leurs ébats nocturnes. Tout ceci n'explique pas pourquoi la chanson s'obstine à vouloir la plumer (1), mais peut-être lui faudrait il rabattre légèrement son caquet.
Maintenant que nous avons réglé son compte à ce volatile, intéressons nous à la demande en mariage. Car c'est bien de cela qu'il s'agit dans ce type de chansons. Assez souvent la demande est formulée par « trois jeunes tambours s'en revenant de guerre » qui ont l'outrecuidance de réclamer au roi la main de sa fille. D'autres professions sont associées à cette chanson-type. Parmi eux les fendeurs et les mariniers ; des travailleurs qui n'ont habituellement guère d'occasions d'accumuler des richesses. Car c'est bien là l'essentiel dans cette chanson. Même si on met de côté la grande différence de statut entre un monarque et un marin d'eau douce ou d'eau salée, l'argent est au cœur du problème. Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler à propos d'autres chansons. Quand deux jeunes gens sont attirés l'un vers l'autre par l'amour, le seul souci de leurs familles est trop souvent d'éviter une mésalliance. Le garçon sera-t-il en mesure d'assurer la subsistance du ménage ? La fille sera-t-elle suffisament dotée ? Les raisons économiques l'emportent souvent sur les raisons du cœur. L'intérêt prime régulièrement sur les sentiments, et pas seulement dans les chansons. Du moins celles-ci se font elles l'écho des préoccupations de parents qui veulent tenir leur rang ou au contraire, cherchent à s'élever dans le rang social.
Au cas présent, on peut se demander si ce marinier est bien un artisan. Ne serait-il pas plutot le propriétaire d'une flotille. Le roi a peut-être jugé un peu trop vite le gaillard qui lui étale sous le nez des richesses dont lui-même ne disposerait pas. Il est vrai que, si on se réfère à l'histoire de France, la royauté n'a pas toujours brillé par sa gestion des finances. Dépensant beaucoup et toujours fortement endettés, les gouvernants de jadis, plus soucieux de leur apparence que de leur efficacité, ont eu recours à deux méthodes : emprunter à des banquiers ou des entrepreneurs plus riches qu'eux et accabler d'impôts leurs sujets.
En lisant ces lignes, vous vous demandez si on parle de l'ancien régime ou du budget de l'année en cour ? Comme quoi l'histoire est un éternel recommencement.
La version de cette chanson que nous vous proposons a été collectée de nos jours et à plusieurs reprises sur notre territoire. Elle est très proche, tant par le texte que par la structure mélodique, de celles recueillies plus d'un siècle plus tot. L'une notée vers 1860 à Pornic par M. Bellanger pour le compte de l'enquête Ampère-Fortoul, gérée en pays nantais par l'imprimeur Armand Guéraud (2). L'autre est tout simplement la première chanson publiée par Abel Soreau, entendue d'un M. Aoustin, forgeron à Saint Joachim (3). Voilà qui nous rassure sur la perennité des chansons dans le temps.
J-L. A.
notes
1 – Pour cela il faudra vous reporter à : « plumons l'alouette » – chanson n° 33 de décembre 2013
2 – chants populaires du comté nantais et du bas-Poitou – Armand Guéraud – édition critique de Joseph Le Floch – FAMDT éditions (1995) – page 162 tome 1
3 – vieilles chansons du pays nantais – Abel Soreau – Dastum 44 (2024) chanson n° 1 tome 1 – Nos éditions ayant vocation à s'épuiser rapidement et n'ayant pas la possibilité de faire un retirage, n'attendez pas pour en faire l'acquisition (cf rubrique nos éditions)
interprète : Janig Juteau
source : Amélie Guilbaud, enregistrée le 2 juillet 1999 à Campbon (44) par Janig Juteau et Florence Grondin
catalogue P. Coirault : Le galant qui est plus riche qu'on ne croit - 2 (04702 – demandes en mariage)
catalogue C. Laforte : I, G-12 - Joli tambour
Ah, si j’étais du moins, li de ri, li de ra, li de ra la la
Ah, si j’étais du moins p’tite alouette grise
P’tite alouette grise, oh, la, li de ra, la lire
J’irai m’y promener, li de ri, li de ra, li de ra la la
J’irai m’y promener sur les mâts des navires
Sur les mâts des navires, oh la, li de ra, la lire
Et là j’entenderai / Ce que les marins disent
Oh mon Sire le roi / donnez moi donc votre fille
Nenni, nenni mon gars / Tu n'es pas assez riche
Je suis bien aussi riche / Que vous et votre fille
J'ai déjà trois navires / qui sur la mer naviguent
Deux sont chargés d'argent, D'or et de perles fines
Le troisième n'a rien / Rien qu'une jolie fille
Je la prendrai pour mie / En place de votre fille
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