La complainte criminelle est un genre
qui n'a pas survécu à la télévision. Ce que les actualités nous
donnent aujourd'hui quasiment en direct se transmettait aussi
autrefois par ce média. Avant l'arrivée de la radio puis de la
télé, la relation des événements marquants utilisait beaucoup la
chanson diffusée sur feuille volante.
Nous avons déjà donné un exemple d'événement local traité de cette façon avec la chanson Les mystères de l'Erdre (1). La complainte du Bois Vert est plus récente mais correspond au même besoin de mémoire locale et utilise le même procédé : un texte lyrique et édifiant, n’hésitant pas à mettre l’accent sur les détails les plus affreux afin d’affecter les esprits.
Nous avons déjà donné un exemple d'événement local traité de cette façon avec la chanson Les mystères de l'Erdre (1). La complainte du Bois Vert est plus récente mais correspond au même besoin de mémoire locale et utilise le même procédé : un texte lyrique et édifiant, n’hésitant pas à mettre l’accent sur les détails les plus affreux afin d’affecter les esprits.
Vous pouvez entendre l'enregistrement
original de cette chanson dans le double CD Anthologie du patrimoine
oral de Loire-Atlantique que nous avons publié en 2012. Depuis sa
parution nous en avons appris un peu plus sur ce fait divers.
pour lire la suite et écouter la chanson:
Dans les notes de ce double CD nous
indiquions : « Le crime relaté ici est postérieur à
1920 (année de composition d’Une chanson dans la nuit, par
Romain Desmoulins, timbre sur lequel il est chanté) ». Nos
recherches et celles d'un historien de la commune ont permis
d'apporter quelques précisons.
C'est au début de juillet 1929 qu'à
eu lieu ce fait divers. Joseph Olivier, 18 ans, valet de ferme, a
violé et étranglé la fille de ses patrons, Marguerite Riochet âgée
de 9 ans (2). Ce garçon, décrit comme un être frustre, est
néanmoins reconnu responsable de ses actes et envoyé aux assises.
Le caractère odieux du crime dépeint dans la complainte est résumé
par le journal : aux gendarmes qui lui demandaient le mobile de
son acte il a répondu : « pour m'amuser ». On
comprend alors mieux le coté vindicatif du dernier couplet !
Cet événement a aussi fait la une de
la revue Détective (3) ou Olivier apparaît entre deux gendarmes.
Sous le titre « Crime au village » un commentaire est
ajouté : « ce jeune domestique de ferme a étranglé
sauvagement une fillette de neuf ans et nulle émotion ne paraît sur
son visage après l'aveu de son horrible crime ».
Le village de Bois Vert est situé sur
la commune d'Abbaretz en Loire-Atlantique. Il est plus connu à cause
d'une curiosité naturelle : un terril culminant à 121 mètres.
Aujourd'hui transformé en base de loisirs, il est le produit de
l'exploitation de mines d'étain. Connu depuis l'époque romaine, ce
site a surtout travaillé de 1945 à la fin des années cinquante.
Notes
1 – chanson n°79 en novembre 2014
- crime datant de 1884
2 – d'après le quotidien
Ouest-Eclair du 7 juillet 1929 qui relate l'enquête des gendarmes
source : Georgette Bossé,
enregistrée à Erbray, en octobre 1986, par Patrick Bardoul
interprètes : Martine
Lehuédé et Janig Juteau
COMPLAINTE DU BOIS-VERT
Dans l'arrondissement de Châteaubriant
Dans la Loire Inférieure
Une fillette a quitté sa demeure
Pour aller dans les champs
C'est dans le joli village de Bois-Vert
Qu'habitait la gamine
Pauvre petite qui vient d'être victime
D'une brute sanguinaire
Tandis qu'elle était allée dans les
champs
Pour y garder ses vaches
Un valet d’ferme, une brute sauvage
S'approcha de l'enfant
Mais la fillette fut prise de peur
En voyant cette brute
Elle se sauva mais une courte lutte
L'étrangla de douleur
Mères, écoutez les cris de l'enfant
chérie
Que pousse la gosse
Tandis que le lâche bandit serre sans
répit
Son cou, c’est atroce
Elle appelle sa maman
En cris déchirants, horrible détresse
Oh, pour vous pauvres parents
Quelle tristesse
Comment se peut-il avoir de tel bandit
Sur la terre de France
Qui lâchement sans pitié l'innocence
Assassinent nos pauvres petits
Quand il eut mis à mort la pauvre
enfant
Il la viola comme une bête
Puis tranquillement sans perdre la tête
Il alla plaindre les parents
Tandis que tombe la nuit
Cet être maudit monte à bicyclette
Pour aller chez l’médecin
Et sur son chemin poursuit une
chansonnette
Que l'on supprime bientôt ces tueurs
de petiots
Ces brutes inhumaines
Qui ne sèment que des sanglots, que
des peines.
Daniel Braud, écrivain originaire d'Abbaretz, vient de publier un roman basé sur ce fait divers. Titre: Matricule 50820 - éditions Ex Aequo.
RépondreSupprimerL'ouvrage est sous titré "d'Abbaretz au bagne de Guyanne"