Le galant ridicule est une figure de la chanson traditionnelle. On est habitué à voir et entendre de braves ruraux s'exprimant dans un patois mal défini, aux prises avec leur volonté de bien faire doublée d'une maladresse ou d'une ignorance rédhibitoire. Cela nous donne des « visite à Isabiau » ou des « chansons de poerillons » qui ne figurent pas parmi les plus beaux poèmes de la tradition. Pourtant, ces chansons trouvent facilement leur place dans certaines circonstances. Par exemple les repas de noces dont l'ambiance évolue au gré des consommations. Cette chanson faisait justement partie du répertoire d'un personnage dont les noces assuraient la subsistance.
Pour écouter la chanson et lire la suite :
Cette chanson, avec de nombreuses versions, a été recueillie dans presque toutes les régions francophones. En Loire-Atlantique elle a surtout été collectée dans la partie ouest, entre Loire et Vilaine, auprès de chanteurs de la Brière : Mayun, Saint-Lyphard, ainsi que vers Campbon et Saint-Gildas-des-Bois. Dans ce secteur si particulier des marais de la Brière, elle est identifiée comme « la chanson du Rouge de Bréca ». Un personnage que ce joueur de veuze qui fut l'un des derniers sonneurs de tradition, avant le long déclin de cette cornemuse, aujourd'hui ressuscitée par une bande de passionnés. Mais ça c'est une autre histoire !
François-Marie Morenton était surnommé « le Rouge de Bréca » du nom de son village et de la couleur de ses cheveux. Un grand gaillard à la « beauté peu conventionnelle » comme le montrent les rares photos dont on dispose. Cette laideur ne semble pas avoir gêné son activité musicale. Musicien autodidacte, professionnel, animant fêtes et mariages dans un secteur qui correspond d'ailleurs plus ou moins à ce dont nous venons de parler pour la diffusion de cette chanson. A sa maitrise de la veuze, il ajoutait aussi la pratique du violon, puis de l'accordéon afin de suivre l'évolution de la demande et du répertoire de danses. Il avait aussi des talents de conteur et – c'est ce qui nous intéresse ici - un répertoire de chansons, particulièrement celles adaptées aux noces, sa principale source de revenus. Pour en savoir plus sur la vie de François-Marie Morenton, nous vous invitons à lire l'article qui lui est consacré sur le site des veuzous de la Presqu'ile. Une stèle a été érigée au village de Bréca pour perpétuer son souvenir. Elle a été restaurée en 2014 à l'initiative des Veuzous de la Presqu'ile.Parmi les incontournables des noces à l'ancienne figurent des chansons sentimentales pour faire pleurer la mariée et l'amener à regretter son précédent statut. Mais ce sont bien souvent des chansons plus joyeuses, voire plus lestes, qui finissent par prendre place dans ce folklore du mariage. Une de ces catégories représente des moqueries sur l'organisation des noces ; un sujet sur lequel des familles pourraient pourtant se vexer. Mais le trait est tellement forcé que tout le monde peut en rire. Sans viser personne en particulier, les chansons peuvent railler l'accoutrement du galant ou les défauts supposés des garçons et des filles. Le galant lourdaud est une des cibles préférées.
Cette chanson peut assembler un nombre important de couplets. En faire un recensement prendrait trop de temps. D'autant que d'une version à lm'autre certains thèmes reviennent avec constance. C'est le cas avec celle -ci, bâtie principalement sur la version de Mme Rastel, originaire de la même commune que le « Rouge ».
La préoccupation première des parents du lourdaud c'est de voir un garçon tellement emprunté que le moindre des gestes peut tourner à la catastrophe. Bise la et ne la mord pas dans cette version. Dans d'autres le galant s'est tellement enduit le visage de pommade (ou de beurre!) qu'il en tartine le visage de la fille en l'embrassant.
Le vêtement du galant est toujours cousu de fil blanc. On sait ce qu sous entend aujourd'hui cette expression. Au cas présent, il semble que cela dénote un travail bâclé ou pas fini. L'assemblage d'un habit se faisait avec du fil blanc en attendant sa confection définitive avec un fil de même couleur que le tissu. Le président dont il est question est sans doute celui d'un quelconque parlement ou tribunal de l'ancien régime. Il ne faudrait surtout pas y voir un aspect républicain et une facture récente. En effet les sources les plus anciennes mentionnées par P. Coirault pour cette moquerie datent du tout début du 17è siècle (1620).
Si le port de la cravate est plus récent, cet épisode est surtout là pour souligner qu'il s'agit d'un accessoire peu courant. Le faire tenir avec un cadenas doit être du plus bel effet. Que celui qui n'a jamais galéré en faisant ses premiers nœuds de cravate jette la première pierre au lourdaud de la chanson.
La perruque est un accessoire dont la révolution française a entériné la chute ; sans mauvais jeu de mots. On peut donc supposer que le couplet n'est pas non plus tout jeune. Entre soies pur porc et poils de pourciau, il n'y a guère qu'une nuance de langage. Le ratiau est souvent figuré « à cinq daïs » quand on n'a pas pris le temps de se peigner.
Enfin, là où le comique atteint des sommets, c'est dans la teneur des conversations entre gars et filles. On les sent tellement empruntés qu'on cherche vainement une métaphore animalière dans les expressions. Les vaches donnent du lait, comme l'aurait si bien dit monsieur de Lapalisse !
J-L. A.
interprète : Roland Guillou
source : chanson collectée auprès de Lucie Rastel, de Kerbourg en Saint Lyphard (44), par Raphaël Garcia, le 28 novembre 1981. Complétée par diverses autres versions.
Catalogue P. Coirault : Le galant ridicule (2427 – moqueries)
Cataloque K. Laforte : II, D-21 – le galant gêné
**Quand j'allais vère ma mie Janneton ma grand-mère et maï (bis)
Ell 'me dit : embrass' ta maitresse mais ne la mord pas
saqueurdi ha ha ha, mais ne la mord pas
**J'avais un grand veston naï cousu d'fil bïan (bis)
Par darrière on arait dit le président
saqueurdi ha ha ha, on arait dit le président
*J'avais aussi enn' bell' cravate de fin can'vas (bis)
J'l'attachais sous la gorge avec un cad'nas
saqueurdi ha ha ha, sous la gorge avec un cad'nas
*J'avais une bell' perruque en poils de pourciau. (bis)
Je la peignais tous les dimanch' avec un ratiaw
saqueurdi ha ha ha, les dimanch' avec un ratiaw
**Nous parlions de nos boeufs ainsi qu'de nos gorets (bis)
que tout nos vaches donnint du lait
saqueurdi ha ha ha, que tout nos vaches donnint du lait
*Je li parlais de nos poules ainsi de nos lapins (bis)
Et qu'hier notre jument rouge, a fait un poulain.
saqueurdi ha ha ha, not' jument a fait un poulain.
* : adapté d'après diverses versions
** : version collectée auprès de Lucie Rastel par Raphaël Garcia

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