samedi 23 janvier 2021

364 - Au 4ème Cambronne

 Le blog de Dastum 44 ressemble parfois à ces grands magasins parisiens : on y trouve de tout. De la tradition orale aux compositions plus récentes, la chanson dite populaire inclut des couplets à usage politique, historique, religieux ou, comme ici, militaire. Cette chanson datant d'une période qui précède juste la première guerre mondiale semble destinée à l'usage des gentils pioupious qui s'en iront bravement reconquérir l'Alsace et la Lorraine. Leur bataillon porte le nom d'un célèbre général nantais

pour écouter la chanson et lire la suite :

Avant de revenir sur le texte de la chanson, intéressons nous un peu à cette célébrité nantaise : Pierre Cambronne (1770- 1842) dont il faut bien dire un mot. Capitaine sous la révolution, sa bravoure et ses exploits l'ont hissé au grade de général sous l'empire. L'anecdote relative à la bataille de Waterloo fait un peu oublier cette brillante carrière militaire. On ne retient généralement que ce mot de Cambronne - « la garde meurt mais ne se rend pas ». Le général lui même réfutait l'avoir prononcé puisqu'il n'était pas mort et s'était finalement rendu. Mais le plus connu c'est surtout la seconde réplique aux anglais qui le pressaient de capituler. Plus explicite et d'un usage extrêmement courant, il vaut à son auteur une gloire qu'il a toujours refusé d'assumer, niant toute sa vie l'avoir prononcé. (1)

Les relations de Cambronne avec les anglais n'ont pas toujours été aussi belliqueuses. Avec la restauration de la monarchie, il fut exilé quelque temps à Londres en attendant sa réhabilitation en France. Mieux : en 1820 Mary Osburn, citoyenne anglaise et propriétaire d'une résidence à Saint Sébastien sur Loire, devient madame Cambronne. Cette situation peu ordinaire est devenue le sujet d'une comédie en un acte de Sacha Guitry, où le mot n'est prononcé qu'à la toute fin de la pièce. Il y était la seule et unique réplique de l'actrice Pauline Carton. (2)

La ville de Nantes, reconnaissante à ses grands hommes, a donné à celui ci le nom du Cours Cambronne, élégant ensemble architectural à quelques pas de son domicile nantais, rue Jean-Jacques Rousseau (3). Une statue du général orne l'entrée de ce quartier résidentiel. Il existe aussi à Nantes une « caserne Cambronne » . D'abord bâtiment militaire, accueillant le 65è régiment d'infanterie, elle fut transformée en centre administratif. On y distribuait les tickets de rationnement pendant la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui elle abrite les centres des impôts. Sans doute bien des occasions pour les nantais de prononcer le fameux mot !

Revenons au texte de la chanson. Bien que nous n'ayons retrouvé aucune trace précise de ce « 4ème Cambronne » il correspond tout a fait à la composition des régiments de cette caserne : des recrues provenant des cinq départements bretons et de la Vendée. En plus du général, la chanson fait référence a quelques héros emblématiques comme Duguesclin, Surcouf ou la Tour d'Auvergne. Elle exalte la bravoure des petits soldats bretons, mobilisés comme les autres dans l'opération revancharde qui se prépare. Contrairement à bien des chansons de l'époque, le texte ne désigne pas clairement l'ennemi. A certains détails on sent même que les contentieux franco-anglais sont encore dans les esprits. Il est encore question de traverser la Manche et c'est bien à Waterloo qu'on pense en répliquant avec humour :

...c'est moi la mère de Cambronne.

Si les couplets sont bien de nature à vanter l'esprit militaire, les refrains laissent la place à l'esprit gaulois, voire grivois. Pas question de se débander quand on se met en branle. Excusez du peu ; c'est de l'humour de troufions et on est pas loin de chanson paillarde. La comparaison s'arrête là car l'objectif de ce genre de chansons est de valoriser l'esprit combatif de la troupe, dans une bonne humeur qui est celle des soldats surs de leur bon droit.

Cette chanson a été retrouvée dans les archives de Bernard De Parades, dont nous avons déjà salué le travail de recherche. Le document ne précise pas l’ouvrage de référence. La seule indication dont nous disposons est qu'il fut édité par E. Dupré, imprimeur à Paris (rue du Delta), en activité à la toute fin du XIXè siècle.

Si vous souhaitez lire plus de commentaires sur cette chanson, vous pouvez aussi vous reporter au site Nantes-Patrimonia, auquel Dastum 44 collabore.


Notes

1 - Il en est ainsi de bien des mots historiques. Tel celui d'Armstrong posant le pied sur la lune : « un petit pas pour l'homme un grand pas pour l'humanité ». D'aucuns prétendent que cette phrase n'a pas été la première. L'astronaute sentant le sol se dérober sous ses pas aurait proféré la même exclamation que notre illustre général ! Tout ceci n'est, bien sur, pas garanti authentique.

2 – pièce écrite en 1936. Mme Cambronne, voudrait bien savoir ce qu'est ce fameux « mot de Cambronne », qu'elle n'a jamais entendu. Mais le général refuse obstinément de le répéter..

3 - Si vous visitez Nantes, ne demandez jamais où se trouve la « rue Rousseau ».Les nantais ne connaissent que la « rue Jean-Jacques ».


Interprètes : Jean-Noël Griffisch avec Jean-Louis Auneau et Francis Boissard,

Source : archives de Bernard de Parades. Chanson parue aux éditions Dupré (avec notation musicale)


1. Nous sommes les gars qu’ont la tête dure

Pis qu’les rochers qui crèvent le sol

Les gars d’Dinan et de Saint-Pol

Dont l’clocher brave la froidure

En sifflant un pas redoublé, endiablé

Sur l’champ d’bataille au saurait p’t-être

Battre l’enn’mi comme on bat l’blé

Car Duguesclin est notre maitre


Quand c’est l’heure du branle, branle

Quand c’est l’heure du branle-bas

Les Bretons ne s’endorment, dorment

Les Bretons ne s’endorment pas


2. Nous sommes les d’Vitré, d’Fougères

Les gars de Rennes et d’Saint-Malo

Qui sur terre et même sur l’eau

Savent marcher, légère, légère

Au pas de course on irait loin, l’arme au poing

Dût-on mouiller sa guêtre blanche

Si Surcouf et Duguay-Trouin

Nous cornaient, traversez la Manche


Quand c’est l’heure du branle, branle

Quand c’est l’heure du branle-bas

Les Bretons ne s’arrêtent, rêtent

Les Bretons ne s’arrêtent pas


3. Nous sommes les gars à qui la Loire

Peint dans les yeux des reflets verts

Et qui jamais n’boivent de travers

Quand il faut partir pour la gloire

Nantes leur dit : songez, pioupious, mes p’tits loups

Si la fumée vous environne

Et si quelqu’un crie « Rendez-vous ! »

Que c’est moi la mère de Cambronne


Quand c’est l’heure du branle, branle

Quand c’est l’heure du branle-bas

Les Bretons ne mollissent, lissent

Les Bretons ne mollissent pas


4. Nous sommes les gars qu’ont peau brune

Les gars d’Quimper et d’Concarneau

Les gars de Brest et d’Landerneau

Dont l’enn’mi n’verra point la lune

Ah, comme toi, si les clairons, ces démons

Au feu réclament notre présence

La Tour d’Auvergne, nous serons

Tous Premier Grenadier de France


Quand c’est l’heure du branle, branle

Quand c’est l’heure du branle-bas

Les Bretons n’se débandent, bandent

Les Bretons n’se débandent pas


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