dimanche 6 décembre 2020

362 – les bons maris sont rares

 Ce n'est pas dans le secteur où nous puisons habituellement à nos sources qu'a été recueillie cette chanson. Elle vient d'un territoire situé quelques kilomètres au dessus du pays de la Mée. Ce déplacement « dérogatoire » est motivé par un détail qui ne vous aura pas échappé, comme l'atteste le premier couplet. C'est en effet, encore une fois, la ville de Nantes (1) qui sert de point de départ à cette supplique d'une femme à la recherche du compagnon idéal.

Pour écouter la chanson et lire la suite : 

Le thème de la veuve qui n'éprouve pas trop de regrets pour son défunt mari est présent dans bien des chansons. C'est, en particulier, le cas des mal mariées qui préfèrent leur époux « mort qu'en vie » (2). Des rengaines très répandues dans la tradition ! Mais la façon de lui chercher un remplaçant fait toute l'originalité de celle ci, teintée d'un féminisme beaucoup plus subtil. Une chanson intéressante, mais, hélas, beaucoup moins connue et recueillie exclusivement dans une zone géographique assez limitée.

La version que nous vous proposons vient de Janzé (35) et la plupart des autres collectes de ce thème ont été réalisées dans un secteur compris entre Chateaubriant et Rennes. On en trouve dans les ouvrages de Jean Choleau et d'Adolphe Orain, spécialistes du folklore de Haute-Bretagne. Vous pourrez aussi écouter dans la base Dastumedia plusieurs exemples collectés par Christophe Simon.

Cette chanson sur les difficultés de la vie des femmes confrontées aux maris qui préfèrent la bouteille peut elle être qualifiée de blues breton ?. Rien à voir cependant avec son homonyme américain « A good man is hard to find ». Dans ce standard du blues interprété, entre autres, par Bessie Smith (3), le propos est de conseiller aux femmes : « si tu en trouves un bon, fais tout pour le garder » alors que dans notre cas la situation semble plus compromise : l'ancien ne valait rien et les nouveaux ne sont pas à la hauteur des exigences.

Cette quête illusoire du compagnon idéal est également à rapprocher des chansons qui détaillent complaisamment tous les défauts des hommes. Celles ci sont plutôt des formes d'avertissement prénuptial, même si on ne les entend souvent qu'aux repas de noces. Dans le cas présent, c'est l'expérience de la veuve qui prend à témoin trois autres dames pour solliciter leur avis sur ses chances de rencontrer un époux à son goût. On est encore assez loin de la satire contenue dans la fameuse « Ah que les femmes sont bêtes d'obéir à leur mari ». Mais les arguments n'en sont pas tant éloignés.

Bref ; Cette belle chanson nous serait peut-être passée inaperçue si un certain Bernard de Parades (1921-2000) n'avait eu l'idée de rassembler toutes les chansons se rapportant à la ville de Nantes. L'association Dastum 44 ayant repris à son compte le dépouillement de son immense travail de collecte, nous avons retrouvé la trace de cette chanson. Merci à lui.

Et on en profite pour vous rappeler qu'en dehors des chansons présentes sur ce blog, vous pouvez en retrouver d'autres sur le site Nantes-Patrimonia. Nous collaborons, en effet, à cette initiative qui permet aux nantais, et aux autres, de mieux connaître l'histoire de leur ville et de ses quartiers. Il est des chansons qui sont de bons témoignages.

notes

1 - deuxième ville la plus présente dans les chansons traditionnelles. Loin derrière Paris, certes, mais loin aussi devant Bordeaux, La Rochelle, Lyon et toutes les autres.

2 - Voir : déjà mal mariée, chanson n° 134 en janvier 2016 et la joyeuse veuve, n° 290 en avril 2019

3 - et aussi plus près de nous par la cornouaillaise Brenda Wooton, entendue au festival interceltique de Lorient il y a quelques années déjà.


interprète : Janig Juteau, en public le 25 octobre 2020 à Redon à l'occasion de la finale de la Bogue d'or

sources : Archives départementales de Loire-Atlantique (document manuscrit) version recueillie à Janzé (35) titre noté : La veuve qui veut se remarier

et « Costumes et chants populaires de Haute-Bretagne », de Jean Choleau (éd. Unvaniez Arvor - 1953) – version recueillie à Laurenan (22)

catalogue P. Coirault : Les bons maris sont rares dans ce pays-ci (Mariage, divers – N° 06010)


En revenant de Nantes

Mignon de la goguett' tout doux

Cheminant vers Paris

Landeri, landera, landeri )

Cheminant vers Paris ) bis


J'ai rencontré trois dames

Mignon de la goguett' tout doux

Qui chantaient à loisir

Landeri, landera, landeri )

Qui chantaient à loisir ) bis


Elles m'ont demandé, belle

Que ne chantez vous aussi


Comment donc chanterai-je ?

J'ai perdu mon mari


Il eut les grandes coliques

Et la migraine aussi


Il fut trois mois malade

Il en est mort...tant pis


Et v'la que j'en cherche un autre

Pour calmer mes soucis


Les bons maris sont rares

Par tous ces pays ci


J'en voudrais un commode

Pas mal riche et joli


Qui m'fit porter la bourse

Et la culotte aussi


Qui n'but point de chopine

Rien qu'en not' compagnie


Qui n'battit point sa femme

Comme nout' défunt mari


Dites ma donc les filles

Y'en a-t-il point ici ?


J'entends votre réponse

Ma foi non que nenni


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