Martin est un meunier qui rencontre
quelques difficultés économiques : son blé se vend mal (1).
De colère il s'en prend à une pauvre bête qui n'y était pour
rien. On espère que la SPA nous pardonnera de publier une chanson
qui fait un sort aussi cruel à un compagnon domestique. D'autant que
le texte ne se prive pas d'insister sur l'utilité d'un chat dans un
moulin ou dans un jardin.
L'autre victime de cette chanson c'est
encore une fois le clergé dont on se moque assez régulièrement
pour sa gourmandise. Quand M. le curé ne se brûle pas la main en
trempant son pain dans la sauce (2), il trouve dans son assiette des
éléments qui mettent le doute sur la qualité de ce qu'on lui sert.
Le lapin ou le lièvre qui ont miaulé sont-ils un aspect de la
gastronomie populaire. Malgré le nombre d'histoires qui courent sur
ce sujet, la réponse est, heureusement, négative.
Pour écouter la chanson et lire la suite:
Cette chanson a été reprise par
Fernand Guériff dans le premier tome du trésor des chansons
populaires du pays de Guérande. Elle provient des collectes d'Abel
Soreau, qui a noté des chansons un peu partout en Loire-Atlantique
et même au delà ; et donc pour celle ci dans la commune
d'Assérac.
Cette histoire de pâté de chat semble
assez ancienne. Le timbre et la chanson ont été publiés dès le
18ème siècle. Mais le nombre de versions recueillies n'est pas très
important et semble localisé dans l'ouest. Par exemple, on en trouve
quatre dans le recueil d'Armand Guéraud (3). Dans ses commentaires,
Joseph Le Floch note que « ces quatre versions sont bienvenues
puisque cette chanson n'était connue que par trois références,
dont une canadienne et deux bretonnes ». Elles viennent toutes
du sud de la Loire : les Landes Génusson (en Vendée),
Vieillevigne et Machecoul (en Loire-Atlantique). Deux d'entre elles
délaissent Martin pour le personnage de Mitaine qu'on retrouve dans
d'autres chansons qui ont pu croiser celle ci. Le thème de Mitaine
et la fille du meunier a pour argument la rencontre d'une fille
nommée Margot qu'il veut embrasser. Elle lui demande d'abord de se
moucher et en profite pour s'échapper (4).
Pour en revenir aux mésaventures du
chat en cuisine, elles sont évoqués dans bien des histoires,
menteries ou contes populaires. Dans la chanson, c'est aussi le
thème, plus répandu, du pâté gigantesque fait par les dames de
Rouen. En le coupant on y trouve un chat cornu. Les félins sont
souvent associés à des phénomènes diaboliques. Est ce une raison
pour vouloir les mettre à toutes les sauces ?
Enfin, nous connaissons aussi la
tromperie décrite dans quelques textes courts, le plus souvent à
danser, recueillis en pays gallo, comme celui ci noté par Hervé
Dréan à Péaule (Morbihan)
Y’a
‘core dix filles à Malansa’
Elles
ont tout équeuté leur chat
Elles
l’ont mis sur la grille
Elles
ont fait croire aux gars d’Marzan
Que
c’était de l’anguille
Pauvre
bête ! Et sans aucun intérêt gastronomique ;
heureusement pour la survie de l'espèce.
notes
1 – un sujet qui revient dans
d'autres chansons – voir dans ce blog le scandale du blé n°128 de
novembre 2015
2 – l'histoire d'un coq, qui lui
aussi s'appelait Martin !
3 – chants populaires du Comté
nantais et du Bas-Poitou (Modal/FAMDT 1995) Ces chansons sont dans le
tome 2, page 476 et suivante
4 – dans le même ouvrage de Guéraud,
mais cette fois dans le tome 1, page 300
interprète : Roland
Guillou
source : Le trésor des
chansons populaires du pays de Guérande, volume I, de Fernand
Guériff (p. 279) – collecte d' Abel Soreau - informateur :
Athanase Ollivier, à Assérac, en 1892
catalogue P. Coirault : Le
meunier qui met son chat en pâté (Badines – N° 00307)
catalogue C. Laforte : Le
pâté de chat (I, C-13)
Martin s'en revient du marché (bis)
Il n'a pas tout vendu son blé
refrain
J'aurai l'âne et le bât et le sac et
le blé
Et le train train train et l'argent du
meunier
Il n'a pas tout vendu son blé (bis)
De colère son chat il a tué…
Il en a fait un gros pâté…
A t'invité monsieur l' curé…
De venir manger son pâté…
Plein de gros peils il a trouvés…
De quoi est fait votre pâté ? …
D'un bon gros lièvre, monsieur l'
curé…
Qui prend les rats dans les greniers…
Et les souris dans les celliers…
Qui prend les merles dans les poiriers…
Et les moineaux dans les c’risiers…
My grandmother sang this to me as a baby. Happy I found it again. Thérèse
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