vendredi 19 septembre 2014

72 - La chanson des pommes de terre

Les plaisirs de la table figurent en bonne place dans tous les répertoires traditionnels. L'association Dastum 44 prépare actuellement un CD consacré à ce thème. Nous vous informerons bientôt de sa date de sortie. En attendant, pour vous mettre en appétit, nous mettons au menu de cette semaine un incontournable succès de la chanson alimentaire.
Cette composition qui célèbre la place tenue par la pomme de terre dans notre alimentation n'est pas pour autant un hymne à la patate. Elle se moque de la place prépondérante du tubercule dans la société rurale. Après avoir été longtemps considérée comme une nourriture tout juste digne d'engraisser les cochons, la pomme de terre a connu un succès international qui doit beaucoup, en France, à la persévérance de Monsieur Parmentier (1). De nourriture dédaignée elle est devenue...
lire la suite et écouter la chanson
...un élément de base. A tel point que la patato-dépendance eut des conséquences fâcheuses sur la vie de certaines populations. Dans les campagnes de l'ouest le couple patates et lard constituait le menu invariable des ouvriers agricoles une grande partie de l'année. Mais surtout elle a amplifié la famine, en Irlande par exemple, en restreignant les possibilités de nourritures de substitution pendant la crise du mildiou.
Le procédé qui consiste à traiter un sujet grave ou dramatique par la satire se retrouve donc ici. Il n'est pas trop difficile de dater son origine, aux alentours de la guerre de 1870, avec ses références aux prussiens. C'est pourtant chez eux que Parmentier découvrit son usage. D'autres couplets sur les prussiens, non enregistrés ici, les accusaient de se mettre des fleurs de pomme de terre à la boutonnière en partant pour la guerre.

Une fois n'est pas coutume, c'est une version originale que nous vous proposons cette semaine. Habituellement les chansons de ce blog sont réinterprétées par des membres de l'association. Cette fois il s'agit du collectage, tel qu'il a été publié dans le double CD « anthologie du patrimoine oral de Loire-Atlantique » que vous pouvez vous procurer en allant à la rubrique « éditions ».

note
1 - voir la chanson n° 49 de mars 2014 - le jardinier français

source : Anne-Marie Couéron, à Sainte-Anne-sur-Brivet (44), le 23 novembre 2005
collectage : Janig Juteau – archives sonores : Dastum 44 0013 09

la chanson des pommes de terre

Au temps du vieux père Simon (bis)
On ne mangeait que du jambon (bis)
Maint’nant qu’il est trop cher, eh bien,
on mange des pommes de terre et vous m’entendez bien (bis)

A déjeuner que mange-t-on (bis)
Des pommes de terre dans un chaudron (bis)
Et ensuite pour dessert eh bien,
on mange des pommes de terre et vous m’entendez bien (bis)

Et au dîner second repas (bis)
Des pommes de terre dans un grand plat (bis)
Et ensuite pour dessert eh bien,
on mange des pommes de terre et vous m’entendez bien (bis)

Et au goûter que mange-t-on (bis)
N’ayant ni gâteaux ni bonbons (bis)
On mange une pomme de terre eh bien,
qu’on a gardée d’hier et vous m’entendez bien (bis)

Quand un enfant s’met à pleurer (bis)
Ne sachant pas c’que lui donner (bis)
On l’bourre de pommes de terre eh bien,
 il finit par se taire et vous m’entendez bien (bis)

Les prussiens pour se distinguer (bis)
En mangent à s’en étouffer (bis)
Voyant qu’ils n’avancent guère eh bien,
ils les avalent toutes entières et vous m’entendez bien (bis)

Celle qui a fait cette chanson (bis)
Est la fille d’un gars breton (bis)
Qui a trente pièces de terre eh bien,
et toutes en pommes de terre et vous m’entendez bien (bis).

16 commentaires:

  1. Prussiens, pommes de terre...
    Et les doryphores hein ! Quand est-ce qu'on en parle ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chère Anne O'Nyme
      La chanson traditionnelle ne fait qu’une place restreinte aux insectes, surtout aux nuisibles. Il existe des chansons de puces, et de poux, de libellules et de papillons, d’araignées et de sauterelles. Mais rien sur le doryphore. Les ravageurs n’intéressent personne depuis les invasions de sauterelles bibliques. Aux USA, seul Woody Guthrie a osé consacrer une chanson (1) au charançon qui sévissait dans les champs de coton pendant la grande dépression.
      Quant aux prussiens dont les champs de patates ont été eux aussi victimes du doryphore, ils ne doivent ce surnom, récent, qu’à la couleur de leurs uniformes. Le terme doryphore a été utilisé pour désigner les soldats allemands pendant la seconde guerre mondiale. L’insecte n’a vraiment fait des ravages en France qu’à partir des années vingt, venant alors d’Amérique.
      La pomme de terre a mis longtemps à s’imposer dans les campagnes françaises. Comme nous l’avons déjà raconté, c’est aux allemands que l’on doit son « envahissement » via ce bon monsieur Parmentier. D’un extrême à l’autre, c’est le régime exclusif de la pomme de terre qui est décrié par cette chanson du 19ème siècle . Dommage pour les prussiens qui tenaient à la fois le rôle d’ennemi héréditaire et de gros consommateurs de kartofell !

      (1) The Boll weevill – les chansons de W. Guthrie ont été largement diffusées en France par le label « le chant du monde ».

      Supprimer
  2. Ane de Nîmes (provençale et pas irlandaise).30 septembre 2014 à 09:59

    Cher Hugo,

    feu mon père, qui vivait en ferme à Guérande pendant la dernière guerre, appelait les allemands des doryphores pas trop pour la couleur de leur uniforme mais surtout parce qu'ils faisaient plus de ravages dans les récoltes que les insectes du même nom (surtout au moment de la poche).
    Il parait qu'ils n'étaient pas encore descendus de leur Volswagen qu'ils criaient déjà : "Kartofen ! kartofen ! (Papa n'a jamais fait allemand en 2ème langue au Collège, il n'a d"ailleurs pas fait anglais non plus en 1ère).

    De nos jours, sur la cote en Presqu'île, un occupant temporaire en ayant remplacé un autre, le sobriquet de "doryphore" est utilisé pour désigner les touristes en général (allemands y compris...), tout aussi envahissants mais tout de même plus pacifiques, heureusement !

    Tiens pour les insectes, ça me fait penser que certains culs salés mangeraient des pattes de mouches, parait-il.

    Là dessus je te souhaite une bonne continuation, je viens de temps à autre voir ce que tu nous mets en ligne, c'est toujours sympa et très instructif. Continue comme ça !



    RépondreSupprimer
  3. Dans ma famille, on chantait également le couplet que voici
    Le petit (ou la petite) + un prénom dans son berceau
    Pleurait et hurlait comme un veau
    Sa mère pour le/la faire taire
    lui fit manger des pommes de terre
    vous m'entendez bien....

    Christine David

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si vous aussi connaissez d'autres couplets à cette chanson, n'hésitez pas à nous les apprendre.
      En voici un, qui n'a pas été collecté en Loire-Atlantique mais dans l'est de la France (Franche-Comté):
      Les amoureux au coin du feu
      qui se regardent dans le blanc des yeux
      au lieu d'faire leurs affaires
      ils mangent des pommes de terre
      vous m'entendez bien...

      Supprimer
  4. Une variante du couplet "Quand un enfant se met à pleurer, etc.", à ma connaissance d'origine lorraine :
    "Sa mère pour le faire taire
    Le bourrait de pommes de terre et vous m'entendez bien !"
    Ma mère (née en 1926) le chantait dans les années 60 et le tenait de sa propre mère, née en Haute-Saône en 1893.
    JNM

    RépondreSupprimer
  5. si quelqu'un la en breton je suis preneur! (souvenir d'enfance)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. A notre connaissance il n'y a pas de version en breton de cette chanson. La chanson "son ar patatez", reproduite sur le CD "quand les bretons passent à table" (Dastum 1993) parle de la récolte et non de la consommation.

      Supprimer
  6. Ma mère chante cette chanson depuis des annees,elle est est demander de la chanter,à chaque occasion
    Elle l'a chante tellement mieux et aussi elle connaît plus de couplets
    Les jeunes filles dans les pensions (bis
    Qui veulent aller à la maison (BIS)
    et bien pour les faire taire et bien
    On les bourre de pomme de terre
    Et vous m'entendez bien oui vous m'entendez bien

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce couplet supplémentaire qui prouve que chacun a adapté la pomme de terre à sa sauce.
      Le succès de cette chanson se vérifie tous les jours. Elle vient en tête des chansons les plus écoutées sur ce blog.

      Supprimer
  7. Un couplet que chantait ma grand mére qui a disparu en 1965:et habitait près d'Orléans.
    La grand'mére au coin du feu à deux genoux priant le bon dieu,et tout en faisant sa prière,oui bien,elle se pourrait de pommes de terre, oui bien (bis)et vous l'entendez bien ( bis)

    RépondreSupprimer
  8. Voici un autre couplet dont je me souviens

    Quand on veut faire du bon café (bis)
    Et qu'on n'a pas de chicoré (bis)
    On met dans la caf'tière eh bien
    Une grosse pomme de terre et vous m'entendez bien (bis)

    RépondreSupprimer
  9. Il existe une version québécoise endisquée par la Bottine souriante en 1981 sur l'album "Les épousailles". Voici les paroles. Étonnamment on y reconnaît plusieurs paroles de la version française. C'est le même principe...

    C'est le curé d'Saint-Jean d'Matha
    Qui a pogné le choléra (bis)
    Y'envoyait ça s'es murs
    oh oui bien
    Disant qu'c'tait d'la peinture
    ah vous m'entendez bien (bis)

    C'est le curé d'Saint-Ligori
    Qui allait voir les femmes au lit
    Soulevait la couvarte
    Chatouille la patate

    Quand j'étais p'tit habitant
    Des pommes de terre, j'en manquais pas
    Je cultivais la terre
    Sur une p'tite pièce de terre

    Les premiers de mes repas
    Des pommes de terre, j'en manquais pas
    J'les mettais dans marmite
    C'était pour les manger cuites

    Les deuxièmes de mes repas
    Des pommes de terre, j'en manquais pas
    Quand venait pour le desert
    Encore des pommes de terre

    Le bébé dans son berceau
    Qui s'écriait tout haut, tout haut
    Pis moé pour le faire taire
    J'y @%$&#! une pomme de terre

    Le composeur de cette chanson
    C'est notre grand-père Simon
    Assis devant son poële
    Épluchant des pommes de terre

    RépondreSupprimer
  10. Ma mère née en Lorraine en 1923 nous chantait cet unique couplet : « « La p’tite Jeannette [ allusion à Jeanne d’Arc?] dans son berceau
    Pleurait et criait comme un veau
    Bis

    Sa mère pour la fair’ taire
    la bourre de pommes de terre
    Et vous m'entendez bien.... »
    Bis

    RépondreSupprimer
  11. Bjr, je recherche la chanson que mon grand père chantait.
    Les pommes de terre pour les cochons, les epluchures pour les bretons.
    A la degouse, gouse, gouvernement.
    Je vous joins mon mail
    deguisnecorinne@gmail.com
    Merci

    RépondreSupprimer
  12. Vous aviez un grand-père facétieux. Associer les patates et le gouvernement, faut le faire. Quand à la première phrase, bien connue, elle montre bien le mépris pour les pommes de terre avant que celles ci ne deviennent un aliment familier. Elle montre peut-être aussi un certain mépris pour les bretons, ce que confirmerait l'emploi du cliché "à la dégousse (nigousse)" souvent utilisé pour se moquer d'eux.

    RépondreSupprimer