La publication de cette chanson ne doit
rien à l'actualité, même si le hasard fait se télescoper des
événements qui n'ont aucun rapport entre eux. Elle n'a pas été
collectée à Orvault, mais dans la presqu'ile de Guérande. Aucun
indice ne permet de la rattacher à un fait divers en particulier.
Les histoires tragiques ressortissent
habituellement du domaine de la complainte. Curieusement, si ce texte
est aujourd'hui assez connu dans toute la Haute-Bretagne c'est par
une version à danser entendue dans bien des festou noz (1). Avec
notre chanson de la semaine nous le rétablissons à sa place. C'est
à dire celle des veillées où ce genre de complainte criminelle
avait fonction de chanson édifiante.
Pour écouter la chanson et lire la
suite :
Notre texte est tiré des collectes de
Gustave Clétiez, reprises dans le premier tome des chansons publiées
par Fernand Guériff (2). Celui ci précise que cette complainte
« aborde un crime qui eut beaucoup de retentissement ».
Bien que la totalité des exemples de cette chanson aient été
recueillis dans l'Ouest (Bretagne, Vendée, Poitou) il est bien
difficile de savoir si elle est basée sur des faits réels.
Contrairement aux complaintes criminelles diffusées sur feuille
volante qui donnent une localisation précise ainsi que les noms des
victimes et de leurs bourreaux, celle ci reste anonyme. Si ce crime a
eu du retentissement c'est à une période assez éloignée pour
qu'il passe du témoignage factuel à la tradition légendaire. Le
fait de situer, dans les versions bretonnes, la fin de l'histoire
dans les prisons de Rennes ou de Vannes ne suffit pas à en faire une
chanson régionale.
Nous allons justement nous intéresser
à cette fin car la version Clétiez nous laisse sur notre faim. Nous
avons un crime mais point de châtiment, ce qui est habituellement la
conclusion de ce type de complainte. Intéressons nous donc aux
autres versions de cette chanson, pour constater que deux tendances
se dessinent : l'une tragique, l'autre heureuse.
La prison et l'échafaud pour le
meurtrier sont la règle générale. Si la version entendue par
Louisette Radioyes à Saint Congard (56) laisse le fils croupir
enchaîné en prison, celle notée par Hervé Dréan à Péaule (56
aussi) va jusqu'au jugement. Dans la chanson enregistrée par Vincent
Morel à Saint Jouan de l'Isle (22) le voilà rendu jusque sur
l'échafaud (3) :
Ne pleure donc point la belle faudra
mourir
Mais que Dieu nous unisse dans son
saint paradis.
Cette idée de se retrouver au paradis
est aussi présente dans une version chantée en 1980 à la bogue
d'or :
Un jour dans sa prison un ange lui
dit
Ton père ainsi que ta mère sont au
paradis
Ainsi que dans la version poitevine
imprimée par Jérôme Bujeaud. Mais la jeune fille qui a assisté au
drame ne l'entend pas ainsi :
Dans le paradis dit elle tu n'iras
pas
Ta place est réservée avec Judas
Pour qu'une fin heureuse vienne rompre
cet enchaînement de malheurs il fallait une intervention divine.
C'est ce qui se produit dans la version chantée à Vincent Morel par
Mme Lebreton :
Descend un ange des cieux qui leur a
dit
Mariez les tous les deux car Dieu le
veut
…
Ils ont vécu ensemble trente deux
ans
Sans jamais aucune querelle ni
grondement
Un drame familial qui finit bien ;
c'est un miracle !
notes
1 – Vous pouvez écouter les
enregistrements de Roland Brou avec le groupe les Quatre Jean :
sur les CD « Entends tu ma blonde le tonnerre qui gronde »
et « A Nantes la jolie ville »
2 – Gustave Clétiez, organiste
guérandais (1830 – 1896) a collecté plus de 200 chansons qui ont
été publiées par Guériff.
3 – disque « grandes
complaintes de Haute Bretagne » - CD n°2, chanson 12 – co
édité par Ar Men, la Boueze, le GCPBV et Dastum 44 - pour les
autres versions reportez vous aux ouvrages de L. Radioyes ou H. Dréan
interprète : Janig Juteau
source : Fernand Guériff –
vol 1 page 58, collecte de Gustave Clétiez
catalogue P. Coirault :
9707 - Le fils du riche marchand qui tue son père
Un drame familial (complainte)
Mon père aussi ma mère, riches
marchands
N'avaient dans leur ménage que moi
d'enfant
Tous les jours ils me disent qu'il faut
chercher
Une fille ben riche pour épouser
Là un jour j'en trouve une tout à mon
gré
Qui à mes père et mère n'a pas été
Son père lui demande bien hardiment
A-t-elle de la fortune, beaucoup
d'argent
Le garçon répondit en lui disant
J'aimerais mieux la fille que son
argent
Lors le père en colère prit son bâton
Il a battu son fils hors de raison
Le garçon par furie prit son fusil
Il a tué son père, sa mère aussi
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