samedi 1 février 2020

325 – En revenant de Saint-Nazaire


Après la bergère, il était logique que nous nous intéressions à un autre personnage récurent de la chanson: le loup. Pratiquement disparu du paysage malgré quelques tentatives de réintroduction, ce grand dévoreur de moutons était la terreur des petits enfants. Mais, dans cette histoire, l'ennemi public n° 1 joue un rôle à contre-emploi. Se faisant l'émule du père fouettard, il prêche la morale aux petits turbulents. Pas étonnant quand on connait l'auteur du scénario ! Un folkloriste dont nous avons déjà pu admirer le talent d'auteur-compositeur (1).
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Inutile de faire durer le suspense; cette chanson, qui nous est revenue par le biais de la tradition orale, est pourtant due à la plume d'un personnage bien connu dans le secteur. François Tuard, plus connu comme “le curé de Saillé” (de 1900 à 1930) est l'auteur de quatre recueils de chansons, souvent à caractère religieux, mais aussi très imprégnées de la tradition populaire. C'est en particulier le cas pour le premier de ces ouvrages, dans lequel figure l'histoire de ce loup.
Nous avons déjà expliqué comment ses compositions, très localisées, ont pu se répandre dans un secteur beaucoup plus vaste. Certaines se sont mêlées au répertoire de chanteurs de traditions, simplement parce qu'elles reprenaient les thèmes ou la forme des chansons transmises oralement. C'est là tout le talent du bonhomme.
L'attitude du loup est quelque peu ambiguë. Elle hésite entre le châtiment du père fouettard et la morale de l'éducateur. Déformation professionnelle sans doute pour l'auteur de ces lignes. Il est vrai que la nuance entre les deux n'était pas toujours évidente pour les touts petits. Une soutane et un regard sévère, ça impressionne.
Nul doute que ce dialogue entre un garnement et un loup “confesseur” n'ait servi de leçon de morale à l'usage de certains parents. Le dernier couplet évite une fin trop moralisatrice. Le loup n'y a plus le beau rôle et doit fuir les chasseurs. Quand aux deux frères, leur “croyez cela” sonne comme un “cause toujours tu m'intéresse” et ne laisse guère de doute sur leurs bonnes résolutions.
De toutes les compositions de François Tuard celle-ci n'est pas la plus courante. Celle qu'on retrouve le plus fréquemment dans les collectes réalisées en Loire-Atlantique c'est “Ma vache”. Un véritable tube par endroits avec son refrain aux allures patoisantes:
Pauv' Jean-Louis, taï tu vantes la tienne
Oui, pass' que c'est la tienne à taï !
Ca n'fait rin, j'aim' cor' mieux la mienne
A tout coup c'est ma vache à maï !
Mais c'est une autre histoire.

Note
1 – voir: le moulin de Saillé, chanson n° 232 de janvier 2018. Et aussi :le parapluie (n° 143 – mars 2016) ou encore la prise de tabac (N° 153 – mai 2016)

interprète: Jean Ruaud
source: chanté par Joseph Ruaud, du Dresny – extrait de “chansons de Saillé” vol. 1, page 45 (publié en 1929 par François Tuard, curé de Saillé)

En revenant de Saint Nazaire
J'ai vu z'un loup
Qui m'a dit toi-z-et ton p'tit frère
D'où venez-vous? Hou!
Z'ai dit: ze viens de Saint Nazaire,
Monsieur le loup !
Moi z'obéis bien à ma mère
Du premier coup!

J'viens d'apprendre un' vilaine affaire
Méchant enfant,
Tu n'obéis point à ta mère:
J'suis point content
Ca n'est pas moi, c'est mon p'tit frère
Monsieur le loup !
Moi z'obéis bien à ma mère
Du premier coup

Tu donnes à tes p'tits camarades
De fameux coups
Tu ne r'gard' pas s'y sont malades
Tu les tap' tous !
Ca n'est jamais moi qui commence
Monsieur le loup !
Jamais j'me bats, jamais j'n'y pense
Je n'rends qu'les coups

Y parait, quant t'es à l'école
Tu n'travaill' point
Y faut toujours que tu rigoles
Dans ton p'tit coin !
Non ça n'est pas moi qui m'amuse,
C'est mon voisin
Il est paresseux comme un' buse
Moi j'travaill' ben !

Comm' tous les pt'its voleurs de pommes
Toujours tu mens
Tu mens autant que les bonshommes
Qu'arrach' les dents !
J' mentons ben quéqu'fois à not' mère
Peur d'êt' battus,
Monsieur le loup, mais pour vous plaire
Je ne l'f'rons plus !

Avec tout ça, tu vol' ton père,
Tu l'y manges tout
L'aut'jour, t'as ouvert son armouère
T'as pris deux sous !
Ca n'est pas moi, c'est mon p'tit frère
Monsieur le loup,
A chaqu'fois qu'il ouvère l'armouère
Y prend des sous !

Tu li prends du sucre en cachette
Tu l'mang' tout cru
L'aut' jour que j'avais mes lunettes
Je t'ai bien vu !
Monsieur le loup, je n'en prends guère
Je l'aime pas ben
Ca n'est pas comme mon p'tit frère
Qu'en prend tout plein !

Alors je mang'rai ton p'tit frère
Premièrement
Après ça je f'rai ton affaire
Au s'cond coup d' dent !
Monsieur le loup faut pas nous mange
J' vas m' convertir !
Je s'rai toujours sag' comme un ange
J'veux pas mourir !

Qu'est-ce que j'entends ? Un cor de chasse
Faut que j'm'en vas !
Rev'nez d'main à la même place
A d'main les gâs !
Monsieur le loup, prenez vos bottes
Les chiens sont là !
Vous nous r'verrez demain sans faute
Croyez cela !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire