vendredi 14 février 2020

327 - Tiens, bonjour ma cousine


La Limouzinière est un petit bourg du Pays de Retz, proche du lac de Grand-Lieu. C'est là qu'a été collectée notre chanson de la semaine. C'est une chanson rare, en ce sens que son thème est peu répandu dans la tradition. Ce dialogue entre deux jeunes femmes vante les joies du mariage. Une exception, si on considère le nombre de textes et de mélodies qui en détaillent tous les inconvénients. Le mariage est-il le tombeau de l'amour ? Et la réponse à cette question peut-elle se chanter ?
Pour écouter la chanson et lire la suite :


Le répertoire de la chanson traditionnelle est abondamment fourni en textes qui détaillent les inconvénients du mariage : misère sociale, maris cocus, femmes trompées, conjoints ivrognes ou feignants, vieillards impuissants...sans parler de toutes ces aventures qui transforment une idylle en drame. Dans une société où le mariage dit « de raison » semble souvent prendre le pas sur les désirs des amoureux, il ne faut pas s'étonner si la chanson ne donne finalement que peu de témoignages de la réussite d'une union.
Si vous consultez le catalogue établi par Patrice Coirault, la rubrique « épouses contentes de leur mari » ne répertorie que deux chansons types. Tandis que les chansons de maumarié(e)s se comptent par dizaines et que les soucis du mariage, toutes catégories confondues, représentent près d'une centaine de pages.
C'est donc bien une chanson rare que nous vous proposons cette semaine.
Bien sur, il est des chansons où une jeune fille se déclare satisfaite de l'attitude d'hommes à son égard. On pense par exemple à la chanson des trois jolis mineurs (1), dont un passage sonne presque comme notre troisième couplet :
Encore mieux le dimanche quand j’suis à la maison
L’un fait mon lit, l’autre babille et l’autre chauffe ma chemise.
Mais il s'agit bien de relations hors mariage.
Le plus étonnant c'est que la seule catégorie de chansons qui représente presque autant de volume que les inconvénients du mariage c'est celle des filles pressées de se marier. Faut-il en conclure que, comme la presse qui ne parle que des catastrophes, la chanson ne s'intéresse qu'à ce qui va mal. Soyons réalistes : ce n'est pas au travers du mariage que s'exprime la chanson d'amour. Et après, si tout se passe bien, est-ce vraiment la peine d'en parler ?
Dans cette chanson, le point de vue le plus important n'est pas celui de la cousine qui détaille tous les avantages de sa situation, mais celui de la jeune fille qui est impatiente de se marier alors qu'on lui recommande
d'attendre encore un an.
Cette chanson possède une mélodie originale qui suit une construction irrégulière. Elle a déjà été enregistrée par Roland Brou, sur le CD «  Trois garçons du Lion d'or », un très bel ouvrage, tout à capella, malheureusement difficile à se procurer aujourd'hui (2).
Alors profitez donc de cette ré-interprétation.
A la semaine prochaine.

note
1 – voir chanson n° 57, les trois jolis mineurs (mai 2014)
2 - Roland Brou – Trois garçons du Lion d'or - chants et complaintes de Haute-Bretagne – TVB productions RSCD 220 (1996)

interprète : Barberine Blaise
source : Mme Bruneau, de La Limouzinière (44) enregistrée en 1976 par Denis Angibaud

Bonjour, ma cousine

Tiens, bonjour, ma cousine
Comment t’y portes-tu
Dans le ménage
Ton joli mariage
Tiens, bonjour, ma cousine
Comment t’y portes-tu

Grand dieu que je suis aise
De m’avoir mariée
Mon mari m’aime
Plus que lui-même
Je suis aimée puis emballée
Grand dieu que je suis aise
De m’avoir mariée

Quand le dimanche arrive
M’emmène avec lui
Prend par ma manche
Par ma main blanche
Viens avec moi, je vais avec lui

Quand l’angélus sonne
Me dit : allons-nous-en
Viens, ma pouponne
Viens, ma mignonne
Oh, mon cœur, il est temps

Quand j’ai mis dans ma bouche
Cet excellent repas
Brosse ma couche
D’un ton farouche
Puis mes souliers et mes bas
Et moi m’y couche
Et m’y réveille pas

Le matin m’y réveille
Deux heures avant le jour
Viens à l’oreille
Me dit : à merveille
As-tu bien dormi mes amours
Quel beau discours

Ah, tais-toi, ma cousine
Car tu m’y fais languir
Toi, t’as un mari
Moi, je n’en ai pas

Tant que mon père me dise
D’attendre encore un an
Toutes les bêtises
Toutes ces remises
Sans les bêtises
Moi, je crois qu’il est temps
Tant que mon père me dise
D’attendre encore un an.

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