dimanche 7 octobre 2018

267 - La Jolie Marie-Rose


Parmi les chants utilisés à bord des voiliers, certains nous sont parvenus, édités par les collecteurs et repris abondamment par les groupes de chants de marins. D'autres sont passés à peu près inaperçus et n'ont pas connu la même vogue auprès des amateurs de chants à reprendre en chœur. La jolie Marie-Rose fait partie de cette seconde catégorie. Sans doute d'une composition plus récente que la plupart des chants de travail dont elle reprend le rythme et les thèmes, elle mérite d'être mieux connue. Elle évoque, d'une manière romancée, les relations entre le port de Nantes et les Antilles.
Pour écouter la chanson et lire la suite :


L'original de cette chanson se trouve sur le disque « chants des marins nantais » édité par le Chasse marée en 1992. Il y est interprété par Marcel Canonnet (1), qui l'avait apprise dans sa jeunesse.
Nous ne connaissons pas l'origine de ce chant, qui n'a pas eu la popularité de certains chants de marins. On suppose qu'il a été composé sur un long-courrier nantais, par un matelot, dans le style d'autres chants à virer plus connus (2).
Le début du texte fait immédiatement penser à l'histoire des navires chargés de blé qui se situe tantôt à Bordeaux, tantôt à Nantes ou dans de nombreux autres ports de la façade atlantique. Cette fois c'est de l'autre coté de l'océan que débute l'histoire qui nous propose un voyage retour vers la métropole. La jolie Marie-Rose n'est pas montée à bord pour marchander du blé mais pour suivre le capitaine qui va l'épouser. Une fin heureuse (3) pour cette chanson, ce qui n'est pas le cas le plus fréquent. Profitons en, et vive la mariée. Mais les deux derniers couplets nous ramènent à la dure réalité des gens de mer. Les campagnes sont longues et les séparations souvent dures à supporter. Deux ans pour un tour du monde, c'est loin des performances immortalisées par Jules Verne ; mais pas si irréaliste dans le contexte de la marine à voile : de plusieurs mois pour le simple transport de marchandises ou les campagnes de pêche jusqu'à bien plus d'un an pour les marins engagés sur les baleiniers ! Il arrivait parfois que les capitaines (et uniquement eux) voyagent avec leur épouse. Est-ce bien elle que la chanson qualifie d'apprenti timonier ? Cette histoire sentimentale n'est pas sensée décrire la réalité.
Quand aux liens évidents entre Nantes et les Antilles, on les retrouve jusque dans une chanson emblématique de ces îles : « Adieu foulards, adieu madras ». Certaines des versions publiées font apparaître un couplet – rarement entendu dans les versions modernes - qui fait référence à une nantaise :
Madame de Nantes bien intrigante
Elle fait l'amour toujours pour de l'argent
Tandis qu'nous à la Martinique
Nous le baillons à qui fait plaisir
Mais c'est une autre histoire que nous reprendrons peut-être une prochaine fois. Le commerce avec l'Amérique en général et les Antilles en particulier a fait la richesse du port de Nantes : sucre, coton, épices...malgré le coté obscur de la traite, sujet trop longtemps caché jusque dans les chansons, à une exception près (4).

notes
1 – Marcel Canonnet, (1902 – 2004) fut dessinateur industriel dans la navale. Militant pour de nombreuses causes, fut aussi maire de Chateau-Thébaud. Plus d'informations ici
2 - nous nous basons sur les commentaires de Michel Colleu dans le livret qui accompagne le CD du Chasse-Marée.
3 – happy end, en grand-breton. Mais pourquoi utiliserions nous des termes étrangers ?
4 – voir la chanson n° 25 de ce blog « il était une barque » (octobre 2013)

interprète : Jeannette Lebastard
source : chanson recueillie par Raphaël Garcia à Château-Thébaud (44), auprès de Marcel Canonnet le 9 février 1991


A Fort-de-France était mouillé, ohé, hisse, ohé
Un beau navire trois-mâts carré, belle fleur de rose
Un beau navire trois-mâts carré, la jolie Marie-Rose

L’capitaine à terre est allé, ohé, hisse, ohé
Une jeune fille a rencontré, belle fleur de rose…

Des sourires ils ont échangés …
Et longtemps ils ont bavardé …

Dans le canot ont embarqué …
La fille a passé la coupée …

Les marins l’ont prise, enlevée …
Toutes les voiles ont déferlées …

Et le beau trois-mâts a vogué …
Tout l’océan a traversé …

En Bretagne il est arrivé …
Au port de Nantes s’est embossé …

Les amants se sont mariés …
Les cloches de Nantes ont sonné …

Et tous les marins ont dansé …
Ils ont crié : vive la mariée …

Puis l’équipage a embarqué …
Avec l’apprenti timonier …

Un tour du monde a commencé …
Ils reviendront dans deux années …
Elle reviendra dans deux années, la jolie Marie-Rose.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire