vendredi 10 janvier 2020

322 - Parlons d’aimer


Encore un peu de douceur dans ce monde de brutes, en parlant d'aimer ! Voilà qui nous changera des affres de l'actualité: catastrophes, conflits, scandales et drames, affrontements et polémiques en tous genres.
Notre chanson est la suite logique du sujet abordé la semaine dernière. Quand on a trouvé un filon, il faut l'exploiter, même si on ne peut pas vraiment parler de pépite pour ces quelques réflexions supplémentaires sur le thème du choix d'un(e) futur(e) moitié.
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Sans aller jusqu'à parler de rareté, cette chanson n'est pas si répandue dans le répertoire. Dans notre secteur elle a été collectée au moins deux fois. L'une par Hervé Dréan chez M. Sébillot, d'Herbignac (1). L'autre, que nous reproduisons ici, vient du sud de la Loire et plus précisément des bords du lac de Grand-Lieu.
Certains couplets doivent vous rappeler quelque chose. Voyons, faites un effort de mémoire; un tout petit effort puisque c'était la chanson de la semaine dernière. Elle nous proposait, avec l'aide du rossignol, de comparer les avantages et les inconvénients du choix d'un conjoint riche ou pauvre. Vous voyez donc immédiatement les différences avec celle-ci. Contrairement à la précédente, elle n'aborde le sujet que sous l'angle de vue du célibataire masculin. Nous n'avons trouvé qu'une seule version qui démente ce principe (2). Seconde différence: les critères de choix ne sont plus limités aux questions financières. Le physique de la promise entre ici en ligne de compte. Jeune et belle ou bien laide et vieille ? La différence supplémentaire c'est que dans les deux cas notre célibataire endurci s'attend à être perdant. Le risque d'être un sujet de moquerie dans son village devient l'argument principal. Ce qui se traduit parfois très crûment. Si elle est trop belle, elle aura des amants:
Les cornes m'y fera porter
Si elle est trop laide:
Oh, grand danger d'la honte à attraper...
Tout le monde me diront, à qui donc ce chiffon ?
Le qu'en dira-t-on est une bonne excuse pour ceux qui ont fait de la formule “pourquoi s'y marie-t-on / Qu'on est si bien étant garçon” une règle de vie. Les différentes versions de la chanson nous proposent plusieurs avantages au célibat: Parlons d'aimer, parlons du jeu, parlons de boire...plutôt que se mettre la corde au cou.
Bon, d'accord, l'amour n'est donc pas vraiment le sujet de cette chanson; Pas dans le sens où on aurait pu l'espérer. Le titre est un peu trompeur. Nous sommes toujours dans la mise en garde des dangers qu'il y a à s'engager. Rappelez vous que, dans la tradition orale, les chansons d'amour finissent souvent mal. Se poser des questions avant, serait-ce un moyen d'échapper à des fins tragiques ?

notes
1 – publiée dans “Instants de mémoire” volume 3, page 86 – Hervé Dréan – éd. Musique Sauvage (2011)
2 – A découvrir sur le site d'Evelyne Girardon: Parlons de boire. chantée par Eudoxie Blanc, Mieusy (Quincy – Haute-Savoie) , collecte de Jean-Marc Jacquier.

interprète: Francis Boissard
source: Louise Jaunatre, à Bouaye (44) enregistrée par Christine Viaud, vers 1980.
catalogue P. Coirault : Le célibataire endurci - 2 (Avant le mariage – N° 04921)
catalogue C. Laforte : La femme à ne pas choisir (IV, Ia-02)


Refrain:
Parlons d’aimer, jamais du mariage
Parlons d’aimer, jamais d’s’y marier
Car il arrive souvent de s’y mettre au ménage
Car il arrive souvent des mécontentements

De prendre une femme, et qu’elle soit riche
J’aurais l’idée d’aller au cabaret
Elle me dirait souvent, retire-toi, ivrogne
Tu manges tout ton bien, tes enfants n’auront rien

De prendre une femme, et qu’elle soit pauvre
Je pourrais bien aller mendier mon pain
Et j’aurais des enfants qui diront à leur père :
Donnez-nous donc du pain, l’on y meurre de faim

De prendre une femme et qu’elle soit laide
Je ne pourrais peut-être pas l’aimer
Je lui dirais souvent : retire-toi, vilaine
T’as su charmer mon cœur, t’as su faire mon malheur

De prendre une femme et qu’elle soit belle
Je ne serais point le seul à l’aimer
Il viendrait des amants, des amants pour la voir
Il en viendrait souvent, souvent, c’est ennuyant.


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