vendredi 6 décembre 2013

33 – Plumons le bec à l'alouette


Une semaine entière sans chant d'oiseau ! Il est temps de reprendre notre chronique ornithomusicologique. En dépit des accusations possibles de cruauté envers les animaux, nous nous intéresserons aujourd'hui à la coutume de plumer la gentille alouette, très appréciée dans le répertoire enfantin.

Pourquoi s’en prendre à cette malheureuse bestiole en lui imposant ce strip-tease intégral ? La raison serait peut être liée au comportement agaçant de l’alouette envers les amoureux. Tout d’abord elle est la première à chanter dès le point du jour. Les amants « n’étaient pas depuis deux heures ensemble que l’alouette chanta le jour » (1). On a beau lui demander de se taire, elle insiste : « belle alouette tu as menti, tu chantes là le point du jour, il n’est ‘core que minuit ». Tout cela pour faire son intéressante en montant le plus haut possible jusqu’à ce qu’on l’entende sans la voir, comme son compère le roitelet. D’ailleurs les versions chantées en Basse Bretagne (2) s’en prennent souvent au roitelet.
Ensuite, toujours selon la tradition, l’alouette est suspecte de commérages. Elle colporte les mauvaises nouvelles. On ne peut même pas lui confier un secret ou une info « si je la donne à l’alouette la commission ne se fera pas ». Les amoureux préfèrent charger le rossignol de retrouver leur âme sœur « rossignol prend sa volée, au château d’amour s’en va ». Voilà un messager fidèle. Les PTT ont préféré l’hirondelle et les maternités la cigogne, mais c’est une autre histoire. L’alouette paie donc très cher son inconséquence et ses bavardages matinaux.
Lire la suite et écouter la chanson


Il existait jadis un peu partout une tradition de chasse, à l’origine de l’expression le miroir aux alouettes. Attirées par cet objet brillant elles venaient se prendre dans des filets. Cette chasse continue aujourd’hui dans les Landes. En Angleterre et en Irlande la chasse au roitelet était liée à la Saint Stéphane, le lendemain de Noël. Les chansons « the King », « Hunting the Wren » ou the « Cutty Wren » célèbrent cette habitude. Le roitelet accroché à un bâton garni de rubans était promené de maison en maison. Peter Kennedy (3) précise qu'en échange de nourriture ou d'argent une plume du roitelet était offerte pour être utilisée comme porte bonheur dans les maisons ou les bateaux. Voici donc une explication plausible de la lointaine origine de notre chanson.

Reste à considérer l’intérêt gastronomique peu évident d’un si petit animal. Il est plus rentable de cuisiner de gros volatiles. Mais, imaginez-vous vos enfants entonner « dinde, gentille dinde, je te plumerai » ? Ça manque d’allure et de poésie.
« Alouette, gentille alouette », plus connue que notre chanson de la semaine, est devenue une comptine enfantine. Ce n’était sans doute pas le cas à l’origine. Cette version a été transmise au Québec dont elle est devenue la chanson emblématique. Chanson de marche depuis le 17ème siècle, elle y a aussi intégré le répertoire des bûcherons ou des rameurs dans leurs canoës. Elle est devenue un véritable symbole du Canada français, une sorte d’hymne non officiel. Vous pouvez entendre le premier des multiples enregistrements de cette chanson, réalisé en 1917 par le baryton Joseph Saucier, sur le site www.collectionscanada.gc.ca
Quand à notre texte, interprété ici sur un air de ridée, on le retrouve dans la plupart des régions de France, francophones ou non. Si la ridée n'est pas une danse de Loire-Atlantique, des versions très proches ont été notées dans le Pays de Retz, le pays nantais, etc. Seul le pays Guérandais se distingue et pour être l'exception qui confirme la règle nous donne une chanson où on plume le rossignolet (4).
Soreau, Guéraud et Guériff, nos grands précurseurs, signalent également une chanson ou l'amoureux prélève une plume à l'alouette pour écrire à sa maîtresse. Ce qui confirme l'explication du sort qui lui est réservé : la chanson s'intitule « si j'avais une arbalète ».

Le texte de notre chanson énumérative étant remarquablement court, nous le faisons suivre d'autres textes se rapportant à ces coutumes.

notes
1 – cf. la chanson « je suis garçon de bonne mine » - CD Anthologie de la tradition orale de Loire-Atlantique Dastum44 - 2012
2 – textes publiés au 19ème siècle par Luzel - Soniou Breiz Izel vol 1 1890 noté auprès de Margueritte Philippe en 1873 à Plouaret, et Anatole Le Braz - chansons enfantines de Basse Bretagne
3 – Peter Kennedy : Folksongs of Britain and Ireland – Oak publications 1984
4 – Fernand Guériff – chanson du pays guérandais tome IV: les Danses, page 64 – édité par Dastum 44 et proposé quelque part sur ce blog, on vous le répétera tant qu'on aura pas épuisé le stock !

Plumons le bec à l’alouette

Plumons le bec à l’alouette (bis)
Le bec de la, tra la, la, le bec de l’alouette

Plumons la tête à l’alouette (bis)
La tête, le bec de la, tra la, la, la tête de l’alouette

Plumons le cou…

récapitulation
Deux cuisses
Une cuisse
Le dos
Deux ailes
Une aile
Le cou
La tête
Le bec

source : Auguste Jégo → fichier dastum N° 02412 (collecte : Philippe Blouët)
interprètes : Bruno Nourry et Jean-Louis Auneau
catalogue Coirault :  l'alouette plumée - 10304
catalogue Laforte : l'alouette nous la plumerons - 4-GB-01

nous plumerons l’alouette
version notée par Anatole Le Braz - chansons enfantines de Basse Bretagne
Nous plumerons le cul de l’alouette, l’alouette ; le cul, les doigts,
les pieds, les jambes, les cuisses, les fesses, les ailes, le dos,
le ventre, la gorge, le cou, les oreilles, les yeux, la tête, le
bec de l’alouette, l’alouette.
Oui, nous plumerons l’alouette, l’alouette,
Oui, nous la plumerons tout du long.

Si j'avais une arbalètenoté par Claude Pavec à Savenay (44) publiée par Guéraud
Si j'avais une arbalète, l'amour là lan la d'rirette
Que ferais tu de c't'arbalette, l'amour la la derirette, l'amour la la derira
J'en tuerais t'une alouette
Que ferais tu de c't'alouette
J'en tirerais une plumette
Que ferais tu de c'te plumette
J'en écrirais une lettre
A ma tendre et jolie maitresse

Hunt the wren / Helg yn dreean (chanson de quête)
chantée en 1921 par James Kelly, sur l’île de Man – publiée par P. Kennedy
Let's go to the wood said Robin the Bobbin
Let's go to the wood said Ritchie the Bobbin
Let's go to the wood said Juan Thollane
Let's go to the wood said everyone

Why do we go there ? Said Robin...

To hunt the wren – where is he ? where is he ? - sitting in the bush – How'll we get him – Throw a stone – now he is dead – how to carry him – in the brewer's sledge – how to cook him , - over the turf - How'll we eat him ? - with our fingers – who'll come to dinner – the king and the queen – eyes to the blind, legs to the lame, crop to the poor, bones to the dogs – the wren the wren, the king of the birds, St Stephen's day he's caught in the furze. Although he is small, his family's great. Give us plenty of drink, woman, plenty to eat.


Recette des brochettes d’alouettes
(trouvée quelque part sur le net)
Plumez-les. Videz-les. Flambez-les. A l'intérieur placez quelques grains de sel et poivre concassé, du thym. Abaissez la tête de l'alouette et rentrez-la dans le thorax. Retournez les pattes et croisez-les.
Coupez du lard en morceaux de taille égale. Sur les brochettes, enfilez alternativement, une tranche de lard, une alouette, etc en terminant par du lard. Enduisez les oiseaux avec le beurre ramolli. Laissez cuire 3 minutes de chaque coté sur le grill.

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