vendredi 29 juin 2018

255 - La Mistanlaire


Comme nous savons qu'une partie d'entre vous, lecteurs de ce blog ont atteint l'âge où la garde des petits enfants est une activité régulière, voici une chanson qui vous permettra de joindre l'utile à l'agréable ; et d'ajouter le geste à la parole.
Mais ce texte, malgré son caractère enfantin très marqué, n'a pas toujours eu cette seule destination. Son histoire a probablement débuté avec un répertoire plutôt réservé aux adultes : chansons légères et airs de rondes.
Pour écouter la chanson et lire la suite :


Pour apprécier pleinement notre chanson de la semaine il faudrait compléter l'audio par la vidéo. La mistanlaire est, en effet, souvent présentée comme une chanson mimée. Vous trouverez ailleurs sur le net de quoi satisfaire votre curiosité.
Que sait on exactement de cette chanson ? Patrice Coirault, qui a publié une étude sur la formation de ces énumératives et autres randonnées, préfère se contenter d'une formule évasive : « les questions d'origine demeurent souvent mystères insondables » !
Résumons : De nombreux ouvrages traitant du folklore enfantin l'ont répertoriée et publiée, depuis la première moitié du 19ème siècle. Mais sa première édition est bien plus ancienne et laisse supposer qu'elle n'a pas toujours été réservée aux jeunes enfants. Un « recueil de branles guays à danser en rond », en 1748, en donne une version simplement énumérative. Les paroles se rapprochent d'autres chansons du même style où interviennent des instruments de musique :
Dites moy mon bon monsieur
Que scavés vous faire ?
Ne scavés vous point jouer de la ouistenvoire
et s'ensuivent : la ouistemboure, la ouistenvielle, la ouistenflute, etc
En prenant, au siècle suivant, son caractère de chanson enfantine, elle a vu évoluer son refrain. Le Ouist se serait transformé en Mist pour des questions de convenances. Souvenez vous : nous avons déjà rencontré cette formule à propos de la chanson du petit moine qui va traire la vache de son amie(1 ). Le ouichtenlaire y a un aspect équivoque, sinon grivois. Plus question donc de conserver ces allusions dans une chanson désormais destinée à un public jeune et c'est ainsi que la Mistanlaire serait devenue la forme la plus courante (2).
Cette version a été donnée par Fernand Guériff dans le tome 4 de ses collectes, que nous avons publié en 2013 (3). Elle a été recueillie vers 1900 à Saint Nazaire. Une autre version recueillie, sans musique, à Bouguenais, est présente dans le tome 2 (page 435) des « chants populaires du comté nantais et du bas-Poitou » d'Armand Guéraud.

notes
1 – chanson n° 115 de juillet 2015
2 - source : Patrice Coirault "Formation de nos chansons folkloriques" t.3 page 467
3 – chansons du pays guérandais ; les danses ; le répertoire enfantin – édité par Dastum 44 et le parc naturel régional de Brière

interprète : Barberine Blaise
sources : Fernand Guériff, tome IV, p. 314 – noté à Saint-Nazaire en 1900 / Armand Guéraud, tome II, p. 435, recueilli à Bouguenais au milieu du XIXe
catalogue P. Coirault : La mistanlaire (Randonnées diverses – N° 10310)
catalogue C. Laforte : Que sais-tu bien faire ? (IV, Fb-03)

P’tit bonhomme des bois, que savez-vous faire ?
Savez-vous jouer de la mistanlaire ?
Laire, laire, laire, de la mistanlaire
Un, deux, trois, p’tit bonhomme des bois

P’tit bonhomme des bois, que savez-vous faire ?
Savez-vous jouer de la flûte en l’air ?
Laire, laire, laire, de la flûte en l’air
Un, deux, trois, p’tit bonhomme des bois…

Savez-vous danser un genou par terre ?

Voulez-vous jouer une jambe en l’air ?

Voulez-vous jouer une fesse par terre ?

Voulez-vous jouer un bras contre terre ?

Voulez-vous jouer la figure par terre ?

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