vendredi 20 janvier 2017

184 - Le coq qui chante (Dessus les ponts de Nantes)

Dans la famille des nombreuses chansons localisées sur les ponts de Nantes voici celle du coq qui chante. Que nous dit il ce bel emplumé ? Que les hommes préfèrent les blondes ? Que les brunes ne comptent pas pour des prunes ? Au delà d'une revue des couleurs y-a-t-il un message dans cette chanson ?
N'espérez pas que nous répondions à toutes ces questions. Ce qui nous amuse avec cette version qui vient du Pays de Retz, c'est que sa conclusion, contrairement à l'habitude, n'hésite pas à donner clairement les avantages du choix d'une « brunette ».
pour écouter la chanson et lire la suite

Ce coq qui chante est un personnage qui permet de prendre de la distance avec les opinions exprimées. Sans être tout à fait de la catégorie des oiseaux messagers d'amour comme le rossignol ou l'alouette auxquels nous sommes habitués, il permet au chanteur de dénigrer sans être complètement tenu pour responsable de ses propos. C'est bien commode car on en connaît qui pourraient se vexer.
De toutes les chansons bâties sur ce modèle celles qui ont pour cadre les ponts de Nantes sont les plus nombreuses. Mais nous en avons aussi rencontré qui débutent par :
Dessus le pont de Nantes
Entre Paris et Nantes
Au jardin de ma tante
Dans la cour à ma tante
Tout là haut chez ma tante
Derrière notre grange
Le long de la vigne
La plus ancienne version imprimé à laquelle nous ayons eu accès débute par la formule :
Au jardin de ma tante - Il y a une ante
Et dessus cet ante - il y a un coq qui chante
Nous sommes en 1628 dans le Parnasse des muses (1). A partir de quand le pont de Nantes a-t-il remplacé le jardin de ma tante comme introduction préférée de cette chanson ? Nous n'en savons rien. Probablement par besoin d'une rime en « ante » et contagion avec d'autres chansons. Il existe en effet pas loin de dix chansons types qui utilisent cette formule « dessus le pont de Nantes » (2).
Pour ce qui est du refrain « Vive la jeunesse qui ne vit que d’amour » il apparaît dans la version donnée par Ballard en 1724 (3). Elle est suffisamment connue pour servir de timbre à d'autres chansons. Mais le texte vit sa vie indépendamment. Ce qui fait qu'on le rencontre parfois avec d'autres refrains tels que :
Votre cotillon vole les filles
Plantons le romarin
et même une antithèse du notre sous la forme :
Je suis bien à plaindre j'ai perdu mes amours
beaucoup plus morose que :
Vivent les fillettes qu'entretiennent l'amour
La revue des couleurs se limite souvent aux trois principales teintes de cheveux, mais déborde parfois sur d'autres caractères. Par exemple la chanson imprimée par Ballard en énumère vingt deux. Vous la trouverez ci dessous après la notre, de même que celle du Parnasse des muses.
Enfin, ce qui fait tout le charme de notre version locale c'est sa chute optimiste. Non, toutes les femmes ne sont pas rejetées par notre coq. Il en est qui trouvent grâce à ses yeux. Et pour quels atouts ! Elles brassent bien la couchette !
Si cette fin n'est pas unique elle est tout de même assez peu courante. Les brunettes se contentent généralement d'être joliettes, gentillettes ou mignonnettes, voire grassouillettes. Les précisions quand à leurs performances dans la couchette se retrouvent quasiment toutes dans des versions notées au sud de la Loire (4). Le terme « brunette » ne fait aucune référence aux teintes capillaires. Il est simplement un synonyme de « jeune fille ».
Encore plus étonnante est la finale notée par Conrad Laforte dans une grand-danse entendue, en 1976, lors d'un séjour en Vendée :
Prenez donc ces rentières
Car elle sont bien à l'aise
Mais là on s'écarte du sujet, l'amour laissant place à l'intérêt !

notes
1 - le Parnasse des muses / second tome du parnasse des chansons à danser... – Charles Hulpeau, Paris 1628
2 – pour sa signification voir l'article n° de ce blog – Nous vous donnerons prochainement la liste de ces chansons.
3 – Les rondes, chansons à danser, de Jean-Baptiste Christophe Ballard – Paris 1724. La chanson est dans le tome 2, page 120
4 – Loire-Atlantique, Vendée, Poitou...dans les recueils de Bujeaud, Guéraud, etc

interprètes : Jean-Louis Auneau avec Daniel Lehuédé, Jean Auffray et Dominique Juteau
source : quatre vingt chansons du Pays de Retz, cahier de chansons du ménétrier Poiraud, compilé par Michel Gauthier
catalogue Coirault : 2401 – le coq qui chante
catalogue Laforte : 1, I-13 – le coq qui chante

Dessus les ponts de Nantes )
Dessus les ponts de Nantes ) R
L’y a-t-un coq qui chante
La nuit et le jour
Vive la jeunesse qui ne vit que d’amour ) R

L’y a-t-un coq qui chante
L’y a-t-un coq qui chante
On sait ce qu’il demande
La nuit et le jour
Vive la jeunesse qui ne vit que d’amour

On ne sait ce qu'il demande
Il demande femme (fille) à prendre
Ne prenez point ces blondes
(car elles sont trop fécondes)
Car toujours elles vous grondent
Ne prenez pas ces noires
Car elles aiment trop à boire
Ne prenez pas ces rouges
Car elles sont trop farouches
Prenez moi ces brunettes
Car elles sont gentillettes
Elles brassent bien la couchette

2 - Les rondes, chansons à danser... de Jean-Baptiste Christophe Ballard – Paris 1724 – tome 2, page 120
Qui prend trop vite femme
Peste après dans son âme
la nuit et le jour
Vive la jeunesse qui ne vit que d'amour

N 'en prenez point de brune,
Car elle est trop commune,
N'en prenez point de blonde
Elle aime tout le monde,
N'en prenez point de rousse
Car trop elle trémousse,
N'en prenez point de grande
Car elle est trop friande,
Évitez la petite
Trop grand est son mérite,
N'en prenez point de grosse
Ce n'est qu'un vrai colosse ,
N'en prenez point de maigre
Elle a le cœur trop aigre,
N'en prenez point de grasse
On trouve trop de crasse,
Évitez la menue
Car trop elle remue,
Fuyez la babillarde,
Car trop elle bazarde,
Évitez la sournoise
Qui cherche toujours noise,
Fuyez la fainéante
Qui n'est jamais contente,
Évitez la coquette,
Qui cherche un tête-à-tête,
Fuyez la,précieuse
Car elle est trop quinteuse
Évitez la bigote
Qui sans cesse ragotte,
Ne prenez point de prude
Elle a l'esprit trop rude,
Évitez l'ivrognesse,
Elle a trop de hardiesse
Ne prenez point d'avare
Son intérêt l'égare
Évitez l'étourdie
Elle ferait folie,
Fuyez une joueuse
Elle est toujours tricheuse,
Fuyez une prodigue
Elle aime trop l'intrigue,
Fuyez une savante
Elle est trop méprisante,
Prenez de ces Brunettes,
Elles sont joliettes.

3 - Le Parnasse des muses – Charles Hulpeau, Paris 1628
Au jardin de ma tante
Il y a une ante
Et dessus cet ante
il y a un coq qui chante
Et qu'est ce qu'il demande
Il y demande femme
Il y en a tant en France
Et de noire et de blanche
ne prenez pas ces blanches
elles sont trop friandes
Prenez y ces brunettes

Elles y sont joliettes

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