jeudi 10 août 2023

446 - La Carmagnole des brigands de la Vendée

Les sujets de prédilection des chansons traditionnelles nous amènent à publier majoritairement des chansons d'amour. Les épisodes guerriers et les faits divers ne sont pas oubliés. Il est plus rare que la chanson populaire s'engage dans la politique, laissant ce domaine à des spécialistes. Mais, par périodes, quelques auteurs anonymes expriment les sujets de mécontentement. Nous avons déjà chanté mai 68 à Nantes (1). Remontons cette fois jusqu'en 1793. L'air vous est sans doute connu ; les paroles moins.

Pour écouter la chanson et lire la suite :

Tout avait plutôt bien commencé, sauf pour les tenants de l'ancien régime : réformes, abolition des privilèges, amélioration des conditions de vie. Mais Louis le seizième faisait sa mauvaise tête, au risque de la perdre. Les événements s’enchaînant la royauté fut déchue le 10 août 1792 (2). Une chanson composé pour railler la famille royale allait devenir un tube de la période révolutionnaire.

Vu la facilité de retenir l'air et d'y adapter des paroles, la Carmagnole devient un timbre fort répandu. Malgré l'interdiction de la chanson originelle sous l'Empire, la partition figure en bonne place dans la « clé du caveau » éditée par capelle en 1811 (air n°673). Chansons politiques, historiques, satiriques ou revendicatrices en tous genres utilisent ce timbre jusqu'à nos jours.

Dès les premières années de la période révolutionnaire, les chanteurs s'emparent donc de ce succès populaire pour l'adapter à leurs besoins ou à leur actualité. C'est le cas avec cette chanson qui relate les événements liés à la guerre de Vendée. L'an 1793 avec ses menaces aux frontières, entraînant la levée en masse de combattants, a été le déclencheur du soulèvement de provinces de l'ouest, dont la Vendée. La « carmagnole des brigands de la Vendée » célèbre l'échec des insurgés à prendre la ville de Nantes, bastion républicain, les 28 et 29 juin 1793. Ce texte a été recueilli soixante ans plus tard par Armand Guéraud. Dans le même temps, il notait aussi une « carmagnole des vendéens » qui prend le parti opposé :

La République a mal au cœur
II lui faut un verre de liqueur.
Nous lui en donnerons
A grands coups de canons.

A bas la République.

Vive le Roi! Vive le Roi! ...

Une chanson révolutionnaire détournée par les royalistes. C'est bien la preuve que ce timbre a dépassé le contexte idéologique pour devenir une musique de référence, apte à supporter toutes les opinions.

Quelle est l'origine de la Carmagnole ? Des avis très variés ont été publiés à ce sujet. Le plus sérieux nous semble celui de Claude Duneton dans son « Histoire de la chanson française » (tome 2, pages 139 à 142). Remarquant que personne n'a revendiqué la paternité de cette chanson, Duneton en soupçonne Mme Roland, femme d'un ministre lié à la prise des Tuileries. Le fait qu'elle fut guillotinée peu après et que son mari ne lui survécut pas longtemps expliquerait que personne n'en ait revendiqué les droits d'auteur. Le premier couplet de la carmagnole s'adressant à Marie-Antoinette et non à son époux renforcerait cette idée, en raison de la rivalité entre ces deux femmes.

Nous n'avons pas plus d'information sur les auteurs de couplets dénonçant les exactions et la déroute des brigands de la Vendée. Pas plus pour la version royaliste dont nous avons cité un extrait. De plus, il est fort probable que ces chansons soient des œuvres collectives.

L'inspiration serait elle venue de la capitale ? Quelques recherches sur internet permettent de découvrir l'existence d'une pièce de théâtre jouée à Paris en 93, intitulée « les brigands de la Vendée » (3). On y chante la carmagnole ; un couplet original dans la même veine que ceux-ci, mais non repris dans notre version. Il est vrai que dans cette période c'est par dizaines que les chansonniers ont utilisé ce timbre pour y adapter leurs couplets.

Pour finir, une précision sur l'origine du terme : dans une période où la tenue vestimentaire suffit à vous classer, les « sans-culotte » auraient aussi adopté cette veste courte à la mode du Piémont, connue sous le nom de carmagnole. En revanche rien ne permet d'affirmer que la musique soit d'origine italienne. Ni qu'elle soit une danse, même si des témoignages de l'époque évoquent des rondes ou des farandoles exécutées en chantant la Carmagnole.

J.L. A.


notes

1 – chanson n° 295, mai 2019

2 – loin de nous l'idée de fêter cet anniversaire, mais la date de publication tombe bien !

3 - Les brigands de la Vendée,: opéra-vaudeville, en deux actes, de Mathurin-Joseph Boullault – créé à Paris en octobre 1793, au théâtre des variétés amusantes, boulevard du temple (source : google books)


interprètes : Jean-Louis Auneau, Nicolas Pinel, Jean-Noel Griffisch, Alain Monneron

Source : Collectif, revue Signes N° 10 : Chansons-Révolutions ou l’esprit de 1789, Editions du Petit Véhicule, Espace culturel Capellia, 1989, page 23

Timbre : la carmagnole


Voilà l’aristocrate à bout - Bis

Et tous les brigands du Poitou - Bis

Leur armée est perdue

Les voilà confondus


Refrain

Vive la Carmagnole

Vive le son, vive le son

Dansons la Carmagnole

Vive le son du canon


A Nantes ils sont venus - Bis

Disant c’est l’armée de Jésus - Bis

Mais nos braves Nantais

Les chatouillent de près


De si loin qu’on les aperçut - Bis

On leur présente le salut - Bis

A grands coups de canons

Fusils et mousquetons


Refrain 2

Il fallait voir ces drôles

Tomber au son, tomber au son

Il fallait voir ces drôles

Tomber au son du canon.


Il fallait voir ces Poitevins - Bis

Se sauver le long des chemins - Bis

Ils quittent leurs sabots

Se sauvent au galop


Refrain 3

Craignant la Carmagnole

Même le son, même le son

Craignant la Carmagnole

Même le son du canon


Quand il passait quelque boulet - Bis

Vite, ils prenaient un chapelet - Bis

Mais nos coups de fusil

Les mènent au paradis


Refrain 4

Dansons la Carmagnole

Toujours au son, toujours au son

Dansons la Carmagnole

Toujours au son du canon.


Charrette n’en savait pas long - Bis

Ni son camarade Piron - Bis

Ils étaient désolés

Se voyant culbutés.


Refrain 5

La jolie Carmagnole

Que vous avez, que vous avez

La jolie Carmagnole

Que l’on vous a fait danser


Le feu dix-huit heures à duré - Bis

Plus de dix mille ont été tués - Bis

Ces cruels brigands

Disent en trépassant


Refrain 6

La f… Carmagnole

Que nous dansons, que nous dansons

La f… Carmagnole

F… du son du canon.


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