mercredi 16 octobre 2019

313 Entre Paris et Saint-Denis


Paris est, de loin, la ville la plus présente dans les chansons traditionnelles; sa banlieue du “neuf – trois” lui est souvent associée. Ceci peut s'expliquer par des raisons historiques et logiques. Pour autant, il serait vain de rechercher dans des événements précis l'origine de ces textes. Même ceux qui parlent de rejetons royaux.
Cette chanson est issue du répertoire de Marie-Louise Tattevin, de Mesquer, collecté par Fernand Gueriff et par Francine Lancelot. C'est un air à danser le bal paludier
Pour écouter la chanson et lire la suite:


Si on voulait dater la chanson en supposant qu'elle fait référence à un événement historique, il faudrait d'abord savoir de quel Dauphin on parle. De tous temps le “peuple” (1) s'est passionné pour la vie privée des gouvernants. On n'a pas attendu pour celà les unes en couleur de la presse “people”. Dans l'histoire de France, la maladie du premier rejeton de Louis XVI a tenu en haleine les gazetiers. Mais la chanson remonte sans doute a une période plus ancienne. Une série à rebondissements prend place quelques soixante dix ans plus tôt avec la succession de Louis XIV. Les héritiers potentiels ont tendance à mourir jeunes ou a être victimes de malchance. Ce qui explique que l'arrivée au pouvoir du futur Louis XV à l'âge de fréquenter la maternelle donnera lieu à une interminable régence. Rien ne nous garantit que cette succession d'événements soit à l'origine de la chanson. Et puis cette hécatombe chez les dauphins (qui aujourd'hui ont plutot tendance à s'échouer sur la côte) n'est pas le sujet principal. Non, ne riez pas; cette allusion capillotractée n'est pas sans rapport avec le gentil cétacé. Le terme dauphin prend son origine, par le jeu d'alliances, avec les souverains du Dauphiné dont le blason était illustré...de dauphins!
Bref, on danse beaucoup entre Paris (75) et Saint Denis (93). Cet incipit est utilisé par plusieurs chanson différentes, dans la tradition. L'importance historique de Saint Denis, et son abbaye, depuis le moyen-âge et de Paris place forte économique et surtout intellectuelle, justifient que bien des chansons y soient localisées. N'oublions pas qu'au moment où les dauphins sont sujets aux épidémies c'est Versailles qui est la capitale en titre du royaume de France.
Bref, (2) plus que l'origine, impossible à définir, c'est le sujet de la chanson qui retiendra notre attention. La dauphine est incitée à choisir une autre prétendant. C'est le dauphin lui-même qui oriente le choix. Attention, le valet de chambre n'est peut être pas celui qu'on croit. Compte tenu des
moeurs de l'époque monarchique, il ne doit pas être considéré comme un simple domestique mais probablement comme un noble ayant pu accéder à de hautes fonction auprès de la famille royale. Les usages réservaient ces fonctions proches de la famille régnante à des personnes bien en cour.
La réponse nous entraine dans une situation à la “Lady Chatterley”. A moins que le “jardinier de Provence” ne soit une allusion à un personnage bien particulier, nous sommes à nouveau en présence d'un conflit entre l'amour et l'intérêt, doublé d'un interdit à braver de relations entre deux ordres bien séparés: noblesse et roture. On souhaite à la dauphine de ne pas se planter dans son choix, car avec un jardinier on peut se prendre un rateau !
En définitive nous n'avons donc là qu'une simple chanson d'amour où une jeune fille de haut lignage refuse un prétendant huppé pour lui préférer un roturier. Tout ça pour ça; que de digressions delphinales pour en arriver à une situation somme toute assez banale puisqu'elle est le thème de plusieurs chansons types. Pourtant celle ci est loin d'être banale puisque on ne la retrouve ni dans l'un ni dans l'autre des catalogues de MM Coirault et Laforte. Cependant, une autre version a été collectée auprès de Mme Rastel, à Saint Lyphard, par Raphael Garcia. Ce qui prouve qu'elle était connue dans ce secteur (la Brière). Fernand Gueriff indique que Léon Séché, auteur d'un ouvrage intitulé “lettres guérandaises” l'avait mentionnée en 1885, au Pouliguen.

notes
1 - C'est ainsi que les hommes politiques désignent les électeurs quand ils ont besoin de leurs voix. Sous l'ancien régime le terme ne faisait référence qu'aux éléments du tiers état.
2 - C'est le deuxième “bref” en deux paragraphes ! Plus c'est bref plus c'est long !

interprètes : Janig Juteau et Janick Péniguel
source: Marie-Louise et Eugénie Tattevin de Mesquer (Loire-Atlantique) enregistrées le 7 mai 1974 par Francine Lancelot – chanson présente dans le tome 1 du Trésor des chansons populaires folkloriques recueillies au pays de Guérande, de Fernand Guériff (page 251)


Entre Paris et Saint-Denis (bis)
Il y a une danse, gué ma dondon falira dondon
Il y a une danse, fa lé ri don

Où tout le monde y va danser (bis)
Où tout le monde y danse, gué ma dondon…

Il y a que le petit dauphin qu’est sur son lit malade…

Sa dauphine est auprès de lui qui toujours lui demande…

Petit dauphin, si vous mourez, quel mari faut-il prendre…

Prends ton valet, ton beau valet, ton beau valet de chambre…

De ton valet, je ne veux pas, de ton valet de chambre…

J’aimerais mieux un jardinier du jardin de Provence…

Il me ferait un beau bouquet de marguerites blanches…


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