vendredi 30 août 2019

308 Là-bas dessous un frêne


C'est à nouveau au territoire de la Brière que nous empruntons la chanson de cette semaine. Peu présent dans les collectes anciennes, ce répertoire a commencé a être enregistré après la seconde guerre mondiale. La ronde que nous vous proposons fait partie des documents rassemblés dans les enquêtes menées par les chercheurs des ATP (musée des Arts et Traditions Populaires). Quelques rares enregistrements ont été publiés sur disque. D'autres ont attendu des années avant de pouvoir se trouver à disposition du public. Comme l'original de notre chanson, Ils sont maintenant accessibles sur la base Dastumedia.
Pour écouter la chanson et lire la suite :


C'est fou le nombre de jeunes filles qui s'endorment sous un arbre dans les chansons traditionnelles. Ce goût pour la sieste bucolique aurait une signification fort ancienne. Ecoutons ce que nous en dit Conrad Laforte (1) : « Autrefois dans les villages de France, il y avait un orme sur les places publiques, sous lequel avait lieu la justice seigneuriale, mais qui était aussi le rendez vous des amoureux. L'expression elle va dormir sous l'orme se disait d'une jeune fille qui allait faire l'amour ». Notre chanson débute sous un frêne, mais on peut supposer que la signification est identique. Il n'est d'ailleurs question que d'amour dans les vers qui suivent. Le sujet est abordé de façon innocente sous la forme traditionnelle des « rondes jeu ». Ce style de chant à danser a longtemps fait partie du répertoire des adultes avant d'être confiné au domaine enfantin. La danse a de tout temps été l'occasion de rencontres entre jeunes gens. Mais, cette forme particulière, tombée en désuétude, avait ses codes et ses interprétations. Avec le temps elle a évolué jusqu'à être intégrée dans le répertoire local de rondes chantées populaires. Ce qui en reste aujourd'hui ne permet pas toujours de se faire une idée précise de ce que pouvaient être ces rondes. L'ouvrage de Jean-Michel Guilcher « Rondes, branles, caroles, le chant dans la danse » en donne une étude détaillée (2).
Il est curieux de constater que, dans une chanson dont le but avoué est de mettre en relation des amoureux, le refrain soit aussi explicitement hostile au mariage :
Hé là pourquoi s'y marie t-on
que l'on est si bien étant garçon
Il nous paraît probable que le texte originel était nanti d'un autre refrain et que celui ci se soit inséré dans le processus d'évolution dont nous parlions précédemment. Ce n'est qu'une hypothèse mais cela paraît vraisemblable. La chanson a été, heureusement, mise en boite en 1949. Depuis cette date l'évolution a continué. Les pratiques actuelles ont tendance à ne retenir que les chansons directement exploitables dans le bal breton ou le fest noz. Celles qui étaient trop typées « rondes jeu » ont donc été écartées, même si quelques danseurs et musiciens ont tenté de redonner vie à ces pratiques.
Pas question de faire la fine bouche et savourons donc le charme désuet de ces rondes. Merci aux chercheuses des ATP pour avoir sauvé ces chansons...et nous avoir fait attendre si longtemps pour pouvoir en profiter ! Entre temps d'autres collecteurs sont allés à la rencontre des briérons porteurs de traditions. Outre Fernand Guériff, des gens comme Raphael Garcia ou Guy Belliot, entre autres, dont nous avons déjà pu reconnaître le travail, nous ont permis d'apprécier ce répertoire à sa juste valeur. Dans le même temps les pratiques artisanales des vanniers par exemple ont été répertoriées. Des images, des films se sont ajoutées à ces collectes. Ce qui nous permet de les mettre en valeur avec un ciné concert que nous vous invitons, encore une fois, à ne pas manquer.

notes
1 – Survivances médiévales dans la chanson folklorique – Conrad Laforte – Presses de l'Université de Laval (1981) page 230.
2 - « Rondes, branles, caroles, le chant dans la danse » - Jean-Michel Guilcher – Centre de recherche bretonne et celtique, Brest (2003)

interprètes : Roland Guillou et Jean-Louis Auneau
source : Pierre Lelièvre de Mayun en La Chapelle des Marais, enregistré le 28 juillet 1949 par les enquêtrices des ATP, Claudie Marcel-Dubois et Maguy Pichonnet-Andral. Document original disponible sur dastumedia
catalogue P. Coirault : non référencé – à rattacher au chapitre 72, chansons en dansant

Là-bas dessous un frêne, la belle s'est endormie

A son joli réveil elle n'a ni vu ni ouïe
Hé là pourquoi s'y marie t-on
que l'on est si bien filles et garçons
(variante : que l'on est si bien étant garçons)

A son joli réveil elle n'a ni vu ni ouïe

Que le doux rossignol que dans son chant il dit

Que les vieux et les vieilles iront en paradis

Les garçons et les filles mariés à leur plaisir

Il y en a dans la danse qui en ont grand envie

Mon voisin ma voisine, ma voisine que voici

J'la tiens par la main droite, je la vois qui rougit

N'ayez pas honte la belle, c'est ma chanson qui l'dit

C'n'est pas moi qui l'ai faite, mais c'est moi qui la dit


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