samedi 28 novembre 2015

129 - L’ivrogne et le pénitent

Les chansons dialoguées sont assez nombreuses dans la tradition : entre parents et enfants, mari et femme, amant et amante...Certaines sont très connues comme les répliques de Marion, le repas de Magloire (1), etc
Celle que nous vous proposons cette semaine est d'un genre plus restreint, celui des chansons qui proposent un véritable débat entre deux personnages. Dans ce cas, le jeu des réponses contradictoires se poursuit tout au long de la chanson, d'un vers à l'autre ou d'un couplet à l'autre. A quelques exceptions près le thème de la dispute contient un discours moralisateur où la tempérance joue un grand rôle. Mais les arguments développés ne sont jamais à sens unique et chaque parti peut y trouver son compte. Ce qui n'est pas le cas dans d'autres chansons en forme de dialogue – comme celle entre un ivrogne et sa femme (2) – où l'un des deux protagonistes finit par l'emporter. Pour l'heure, voici donc un débat contradictoire entre buveur et abstinent.
pour lire la suite et écouter la chanson:

D'après les études réalisées sur ce thème, il remonterait aux XV ou XVIème siècles, où le texte se serait figé dans sa forme actuelle. Sa source serait beaucoup plus ancienne puisque les débats chantés étaient déjà au répertoire des troubadours.
L'ivrogne et le pénitent a été retenu par Armand Guéraud et publié dans les « chants populaires du comté nantais et du bas Poitou »(3), mais sans indication d'origine et sans musique. Nous n'avons pas, dans les collectes réalisées en Loire-Atlantique, de version intégrale de la dispute entre l'ivrogne et le pénitent. Voilà pourquoi nos deux compères, enregistrés lors d'une veillée, ont choisi d'interpréter une version déjà publiée sur disque. Leur texte est celui chanté par Roland Brou et Charles Quimbert sur le CD « garçons sans souci » du trio BHQ. Les notes de la pochette précisent qu'il a été reconstruit à partir d'un texte québecois et d'un texte breton.
Si nous avions disposé d'une version complète de l'ivrogne et le pénitent, dans nos archives sonores de Loire-Atlantique, elle aurait mérité de figurer dans notre récent CD « chants des plaisirs de la table »(4). D'autres chansons dialoguées en forme de débat ont été répertoriées sur des sujets semblables : le dialogue de l'eau et du vin, carême et mardi-gras...où des objets, des concepts, sont personnifiés. Mais ces textes n'ont pas été retrouvés en pays nantais à ce jour.

Notes
1 – chanson n° 10 du CD « chants des plaisirs de la table », tout juste publié par Dastum 44
2 – écoutez « Ivrogne rentres-tu au logis » chanson n° 8 du CD « chants des plaisirs de la table », en vente pour une somme très modique
3 – page 468 dans le tome 2 des recueils compilés par Joseph Le Floch – éditions FAMDT (1995)
4 – C'est peut être un peu insistant, mais on ne rate pas une occasion d'en parler. Si vous saviez comme il est beau, vous vous précipiteriez pour l'acheter !

Interprètes : Philippe Goupil & Dominique Juteau
enregistrés lors d'une veillée à Vieillevigne – (44) le17 février 2006
catalogue P. Coirault : L’ivrogne et le pénitent (Le vin – N° 10701)
catalogue C. Laforte : Le pénitent et l’ivrogne (3-G-04)

L’ivrogne et le pénitent

Le soleil s’est levé, il ne fait plus si noir
Je suis un peu moins soul que j’étais hier au soir
Le vin charme la vie, buvons à perdre la raison

Qui es-tu toi qui va chantant ?
Qui es-tu toi qui soupire ?
Je suis un pénitent qui va pleurant sa vie
Et moi j’la pleure aussi
Ton destin est pieux
Je pleure lorsque le vin me sort par les deux yeux

J’enseigne à prier Dieu,
Et moi, j’enseigne à boire
De ce destin piteux tu t’en fais une gloire
Mais pourquoi sommes-nous fait
Pour mériter les cieux
Et moi pour les gagner, j’en bois autant que deux

Je ne bois que de l’eau,
C’est donc ça qui te rend blême
Je n’fais qu’un seul repas tout le long du Carême
Je n’en fait qu’un non plus
Tu fais donc ton devoir
Je commence le matin et je finis le soir

Je couche sur un gravât,
Et moi souvent dans la rue
Tout homme dans cet état doit être secouru-e
Doit-on craindre les dieux
C’est le devoir divin
J’entends quand je suis soul, qu’il faut céder au vin

Penses que tu dois mourir
Je vais mourir à table
De ce destin piteux tu t’en fais une fable
Je ne crains que la soif,
Tu dois craindre la mort
Comment la crainderais-je, quand je suis soul, je dors

Et quand tu seras mort,
Parle-moi d’autre chose
L’on déposera ton corps dans le fond d’une fosse
Hélas tu m’en a menti
Où le déposera-t-on
Dans le fond d’une cave au travers des flacons

Ton âme ira au feu,
J’essaierai de l’éteindre
Ce feux ne s’éteint pas, car il brûle sans cesse
J’emporterai du vin
Ce vin te brûlera
Mais non j’en boirai tant qu’il me rafraîchira

Adieu ivrogne, adieu,
Adieu vieil hypocrite
Tu t’éloignes de ton dieu pour suivre
Plus de cinq cents buveurs
Insensés comme toi
Peut-on les condamner s’ils boivent autant que moi.

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