dimanche 25 octobre 2026

514 - C'est un garçon de 18 ans

 Les chansons d'amour représentent les deux tiers du répertoire des chansons de tradition orale. Celles qui finissent bien constituent une faible minorité. On ne s'étonnera donc pas de trouver encore une fois un texte mélodramatique. Le thème peut vous en sembler familier. Une jeune fille délaissée par son amant, et qui découvre le motif de cet abandon en assistant à une messe. L'amant lui aurait menti ? Elle le croyait libéré d'obligations militaires. Lui semble avoir choisis une toute autre voie.

Pour écouter la chanson et lire la suite : 

Pierre et Françoise sont deux des prénoms les plus courants dans les chansons traditionnelles. Ils ne sont pas toujours associés dans la même chanson. On se souvient pourtant d'un dialogue entre une Françoise qui veut faire évader son amant, Pierre, trop confiant dans la justice de sons pays (1).

Le Pierre de notre chanson n'est pas prisonnier, si ce n'est de ses engagements vis à vis de l'Eglise. Car c'est bien ce que laisse entendre ce texte : le garçon célèbre une messe. C'est donc qu'il a choisi de consacrer sa vie à la religion quand Françoise imaginait déjà une liaison sérieuse avec le séducteur. Circonstance aggravante : le quatrième couplet laisse entendre que si la fille a déjà succombé aux avances du Pierrot, elle trouvera bien moyen de se consoler avec un autre. Tout particulièrement choquant sont ces deux vers :

Et il aura bien vos amours,

Aussi bien que moi-même.

Une manière de se défosser en laissant entendre que la pauvre abandonnée serait une fille facile.

L'épisode qui se déroule dans l'église nous rappelle un autre genre de malaise. Dans la chanson des « tristesnoces » une femme abandonnée assiste à la trahison de son amant qui se marie avec une autre. Elle tombe morte à la fin de la cérémonie (2)

Nous n'arrivons pas ici à de telles extrémités ; si ce n'est une forme de mort sociale pour celle qui préfère s'enfermer dans un couvent que de chercher à refaire sa vie. Son ressentiment se manifeste d'une manière peu catholique. Pas de pardon pour le séducteur ; il n'aura pas droit à ses prières.

Le texte de cette chanson, donné par Fernand Guériff, provient des collectes de Gustave Clétiez en pays guérandais dans la seconde moitié du 19è siècle. Cette collection de chansons dont nous avons déjà tiré quelques exemples, est l'une des principales sources dans ce secteur.

La numérotation des couplets reprend celle de G. Clétiez. Toutefois, les quatre premiers vers ne méritent pas le titre de « refrain » qui leur a été donné. Il s'agit plutôt d'un premier couplet auquel manque la première phrase mélodique telle qu'elle vient débuter les couplets suivants. Nous ne surprendrons pas les chanteurs et chanteuses qui ont déjà expérimenté le fait d'avoir des difficultés à retrouver l'air d'une chanson et se servent de l'air de la seconde partie pour enchainer la première. Peut-être faut-il voir dans cette habitude l'origine de ce début tronqué. Cependant cette construction mélodique apparaît dans d'autres chansons, notamment en Haute-Bretagne.

Ca ne rigole pas beaucoup dans ce type de chants. Est-ce le climat général ou le retour de l'automne qui nous poussent à la morosité ?

Revenez nous voir bientôt. Ca ira certainement mieux dans la prochaine chanson !

J-L. A.


Notes

1 – La geolière de Lyon – chanson n° 378 de juillet 2021 – version de Pierre et Françoise

2 - Qu'on selle et bride mon cheval – chanson n° 55 en mai 2014 – une version des tristes noces, où la belle utilise des robes de trois couleurs pour symboliser son malheur.


Interprète : Bruno Nourry

source :Gueriff 1 page 172 Clétiez 59 - Source : Le Trésor des Chansons Populaires Folkloriques fu Pays de Guérande, de Fernand Guériff, Tome 1, p.172. Chanson extraite du Fonds Clétiez (C59)


Refrain :

C'est un garçon de dix-huit ans,

En faisant son service,

Qu'a rencontré sur son chemin

Les amours d'une fille.


1-) La fille se mit en peine,

C'était de son cher amant.

Ell' n'était pas à une lieue

Qu'elle perdit courage

C'était de voir son bel amant

Auprès d'un ermitage.


2-) La bell' s'en va à la messe,

Le suit près d'un bénitier.

A entendu son bel amant

Qui chantait la grand-messe.

Elle est tombée évanouie

Au milieu de la messe.


3-) Hélas ! la pauvre fillette !

Personne la connaissait.

Personne ne connaissait

Cette pauvre fillette.

Rien que son cher amant Pierrot,

Après la messe dite.


4-) Eh ! Françoise, ma Françoise !

Retournez vous, va, chez vous.

Vous trouverez un autre amant,

Arrivé de la guerre.

Et il aura bien vos amours,

Aussi bien que moi-même.


5-) Mariée, je ne veux être,

Je veux aller au couvent,

Oui, je veux aller au couvent,

Je serai religieuse,

Je prierai Dieu pour mes parents.

Pas pour mon ami Pierre !

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