vendredi 15 septembre 2023

448 bis - Les demoiselles Amadou (suite)

 Qu'elles soient « Coquette et Papillon » ou « Topette et Carafon », les chanteuses des rues nantaises s 'octroient un rappel dans notre blog. Il y aurait sans doute encore beaucoup à dire sur les sœurs Amadou et leurs imitatrices du siècle suivant. C'est sur les diverses chansons qui leur ont été consacrées que nous allons un peu nous attarder. Non pas pour en faire des vedettes de la chanson populaire, mais parce que leur souvenir tenace le mérite bien.

Pour lire la suite :

illustration de Roger Cadet
pour l'ouvrage de B. de Parades
« Vent de galerne "
Dans son ouvrage « Vent de Galerne » publié en 1946, Bernard de Parades (1) avait inclus
une petite fantaisie en forme de théâtre populaire, intitulée « le Noël des ponts de Nantes ». Ces deux actes prennent quelques libertés avec la chronologie. Sous le pont maudit et celui de la Belle Croix, se retrouvent la plupart de nos « célébrités » des rues : Le père Zim-Zim et Gobe la lune, Réséda, Béhanzin (2)...auxquels viennent se joindre les deux sœurs « Amadou » Chéreau.
Point de chansons dans cet ouvrage ; c'est donc avec quelques autres textes glanés ici et là que nous allons compléter notre évocation. Le premier se chante sur le même timbre que la chanson publiée la semaine passée. Il raconte plus ou moins la même histoire en s'attardant un peu plus sur les déboires sentimentaux des deux vieilles filles :


Dans la ville de Nantes avez vous remarqué

Deux vieilles jeunes filles assez comiques

Parcourant les rues visitant les quartiers

Tout en jouant de la musique

Elles possèdent la même candeur

Ce qui fait voir que ce sont les deux sœurs

Aussi sont elles connues partout

Pour les demoiselles Amadou


Dans leur toilette elles ont un drôle de choix

Et sans se faire aucun scrupule

Elles portent chapeaux et robes de soie

Ce qui les rend bien ridicules

Elles font un vilain tintamarre,

Tout en jouant sur leur vieile guitare

Et par pitié on jette un sou

Aux deux demoiselles Amadou


L’aînée dit un jour à sa sœur Marie

« Écoute bien cette harangue,

Quand un séducteur vient vers toi ma chérie,

Baisse les yeux, mon petit ange ».

Fidèle aux conseils de sa sœur,

Cela lui donne un petit air rêveur

Ce qui fait plus d'un cœur jaloux

Des deux demoiselles Amadou


Sur les boulevards, on les voit qui s'en vont,

Se tournant par derrière, par derrière.

Regardant en l'air, pour voir si du balcon,

On ne leur jetterait quelque affaire.

Puis lorsqu'elles voient un galant,

Elles se mettent à chanter doucement.

Et par pitié on jette un sou

Aux deux demoiselles Amadou


On dit qu'elles ne veulent pas se marier,

Car elles détestent le ménage.

Malheur à celui qui oserait profaner

Deux vieilles filles aussi sages.

Il faudrait à ces cœurs mutins,

Ou un ange ou un séraphin,

Pour devenir l'heureux époux

des deux demoiselles Amadou


Le deuxième texte intéressant, a été publié en 1888 dans les « Souvenirs d'un vieux Nantais » de Léon Brunschwicg (3) sous le titre A deux sœurs artistes. En voici le dernier couplet:

Grâce à l'artiste aimé, vous êtes immortelles !

Qu'importe où vous avez tracé votre sillon !

Vous aurez triomphé de rivales plus belles,

Pauvres Coquette et Papillon.

Le texte intégral est consultable sur le site de la BnF, Gallica. L'auteur pioche dans ses souvenirs pour nous donner un aperçu que les cartes postales dessinées ont ignoré : les couleurs. « C'était un composé de nippes étranges, soie fripée, velours décati, indienne passée, dentelles en loques depuis le vert pomme jusqu'au jaune serin, qui excitait au passage le rire sans pitié de tous les gamins du Marchix. » Et pour l'ambiance sonore, il ajoute : « Et quelle voix ! De temps à autre Coquette s'arrêtait, inquiète, effarée comme une poule qui voit se jeter à l'eau une couvée de canetons ; Elle regardait de tous cotés et poussait quelques gloussements gutturaux, tandis que de ses doigts maigres elle raclait une guitare sans cordes ».

Enfin, plus près de nous, sur un blog intitulé « Au clair de ma plume » figurent quelques couplets écrits en 2017. Leur auteur indique qu'il s'agit d'une mazurka, mais là non plus rien ne nous permet d'en connaître la mélodie.

On n'a sans doute pas fini de faire le tour du sujet. Nous nous arrêterons là pour le moment, en remerciant au passage Laura Vazquez-Lopez pour ses précieux renseignements.

J.L. Auneau


notes

1 - Bernard de Parades (1921-2000) fondateur du cercle « Tréteau et Terroir » a beaucoup collecté en pays nantais. Une simple note ne peut suffire à détailler son œuvre de folkloriste. Dastum 44 s'est inspiré de ses travaux pour alimenter les recherches sur « Nantes la bien chantée ».

2 - Béhanzin, le clochard nantais (l'homme aux trois chapeaux) et non pas le roi du Dahomey a qui il devait son surnom.

3 – Léon Brunschwicg, journaliste au Phare de la Loire, avocat et écrivain. Dans Souvenirs d'un vieux nantais, (1888) pages 202 et suivantes. Consultable sur Gallica 


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